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Carla Bruni: "J'aurais pu avoir une vraie vie d'ermite"

Carla Bruni revient sur le devant de la scène avec un album intituté "French Touch", comprenant des reprises de standards américains et anglais. ©Mathieu Zazzo.

Après avoir été au sommet sur le devant de la scène, tant celle de la mode que celle de la politique, Carla Bruni retrouve sa guitare. "J'ai toujours été assez libre comme Première dame. Mais je suis contente de ne plus l'être, parce que c'est quand même brutal et dangereux. Surtout pour mon homme." Pour la sortie de 'French Touch', son album de reprises de standards américains et anglais, la bellissima m'a reçue à Paris.

Interviewer Carla Bruni, c'est toujours un moment unique. Parce qu'elle est une personne rare qui a gardé une pointe d'accent italien et la grâce de celles qu'on peut écouter parler mezza voce. C'est un jour de canicule dans la capitale française. Carla me reçoit dans une suite du Le Roch Paris, un hôtel designé par son amie, la décoratrice Sarah Lavoine. À deux pas du Jardin des Tuileries et de sa grande roue. Elle porte un jean et un tee shirt blanc. Et zéro make-up. Elle me remercie d'être venue jusqu'à elle. Carla, je la connais depuis 'Quelqu'un m'a dit'. Cet album entièrement fait par elle qui l'avait propulsée, en 2002, au statut de chanteuse-auteur-compositeur. À l'époque, elle m'avait déjà reçue dans son appartement de Saint-Germain-des Prés. Et on avait bien accroché. Quand elle m'accueille aujourd'hui, elle me fait deux bises. C'est comme des retrouvailles de copines qui ne se seraient pas vues depuis un certain temps.

Nous, on était une équipe. On avait vingt-cinq ans, on avait des formes. Je n'arrive pas à m'identifier à une enfant maigre. Surtout pour acheter un produit de luxe, ou une crème anti-rides.
Carla Bruni

Experte en seconde chance
Tel un vrai caméléon, Carla Bruni a eu un destin extraordinaire à bien des égards. Il est loin le temps où l'on énumérait dans la presse (et pas uniquement la presse people) le nombre des hommes célèbres qu'elle avait fait succomber. Acteurs, chanteurs, philosophes... Jusqu'au Président de la République française, Nicolas Sarkozy auquel elle s'est unie en 2008. Depuis, Carla s'est assagie. Elle cite régulièrement "son mari" en interview. Sur l'album 'Little French Songs', paru en 2013, elle lui a même dédié une chanson, drôle et tendre, intitulée 'Mon Raymond'. Ce qui avait, bien sûr, été abondamment commenté à l'époque. Mais après coup, cela paraît bien anecdotique.

Elle ne regrette ni son passé de super modèle, ni celui, plus récent, de Première dame. "J'ai toujours été assez libre et tranquille comme Première dame. Et j'étais heureuse de voir mon mari à l'action. Mais je suis contente parce que c'est quand même brutal et dangereux, surtout pour mon homme. Donc, oui, je suis contente de ne plus être Première dame. C'est plus paisible aujourd'hui pour lui. Et construire une nouvelle vie, ce n'est pas donné à tout le monde. On est assez conscients de notre chance, lui et moi."

On peut ainsi dire que Carla est une experte en seconde chance. Elle a switché du mannequinat à la chanson presque en claquant des doigts. "Je saisis les opportunités de la vie. Je ne crains pas de vivre des choses différentes. En revanche, j'ai très peur de ne rien vivre. J'ai dû m'adapter, mais j'aime bien ça. Et puis, moi, je suis très solitaire, régulière donc, si je me laisse faire par ma nature, je resterais au même endroit et je ferais toute ma vie la même chose. Parce que j'aime faire la même chose. J'aime lire, écrire, dormir, réfléchir. Je n'aime pas tellement courir, aller, rencontrer. J'aurais très bien pu rester toute seule avec ma guitare. Je crois que j'aurais très bien pu avoir une vraie vie d'ermite."

Pour son nouvel album, 'French Touch', Carla Bruni s'est entouré de nul autre que du producteur David Foster, l'homme derrière les albums les plus vendus de Whitney Houston, Céline Dion et Madonna. ©Getty Images

Made in Hollywood
Pour 'French Touch', la chanteuse a eu rien de moins que David Foster comme producteur. David Foster, l'homme qui a façonné les albums les plus vendus de Whitney Houston, Céline Dion ou encore Madonna. Un tycoon made in Hollywood. Pour Carla, qui, jusque-là, optait pour la méthode artisanale plutôt faite maison, c'est un réel changement. "Pour David Foster, c'en était un également. Il n'arrêtait pas de répéter "J'ai l'impression de travailler avec une main liée dans le dos". Ce à quoi je répondais"'Et moi, j'ai le sentiment de travailler avec un grand orchestre tellement ces chansons sont produites". On a fait un chemin l'un vers l'autre", explique-t-elle.

La chanteuse et le producteur s'étaient rencontrés quelques temps plus tôt à Los Angeles. "Il était venu assister à l'un de mes concerts et, le lendemain, nous nous retrouvions à mon hôtel. Il m'avait dit: "J'adorerais produire un album avec toi. J'aime ta voix mais c'est très français. Pourrais-tu écrire en anglais?" Or, je n'arrive pas à écrire en anglais. C'est pour cela que j'avais adapté des poèmes en anglais sur l'un de mes précédents albums. Alors, il m'a proposé de faire un album de covers, de reprises." Des chansons qui ont fait danser son adolescence ou qu'elle a découvertes plus tard. Mais qu'elle a toutes choisies en fonction de ses goûts et souvenirs personnels.

À la française
Carla Bruni a énormément travaillé sa voix pour qu'elle gagne en ampleur. "Elle est beaucoup plus timbrée aussi que sur mes premiers disques. J'ai pensé qu'il valait mieux développer le chant que la guitare. Parce que même si j'apprends à faire un solo de guitare, cela ne changera pas mes compositions. Tandis qu'il y a des tonnes de merveilleux guitaristes qui peuvent me faire un solo."

L'album s'intitule 'French Touch' même s'il n'explore pas le terrain de l'électro et que Carla ne s'est pas transformée, pour l'occasion, en Daft Punk... "Le titre est venu comme ça parce que l'on entend, dans ces chansons, que je ne suis ni Anglaise, ni Américaine. Il est difficile de changer son accent. Je pense que lorsque je chante en anglais, j'ai un petit accent français. J'ai pris une coach qui m'a suggéré de garder mon accent parce qu'il a son charme. Je me suis dit que je ferais ces chansons si américaines à la manière française." Bien sûr, cet album n'est pas destiné uniquement au marché français ou francophone. Peut-être a-t-elle pensé au marché américain? "Et pourquoi pas au marché chinois?", répond-t-elle du tac au tac.

Même si elle reprend 'Miss You' des Rolling Stones, 'Highway To Hell' d'AC/DC ou 'A Perfect Day' de Lou Reed, Carla leur donne son sens (et son essence) à elle. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ses goûts sont extrêmement éclectiques. Alors, que n'aime-t-elle pas du tout en musique? "Il y a des chansons de r'n'b américain que je n'arrive pas à retenir. C'est comme si elles n'avaient pas de mélodies. C'est peut-être ça que je n'aime pas tellement. Des chansons qui n'entrent nulle part en moi. Moi, j'aime les chansons que l'on peut chanter."

©Mathieu Zazzo

Quand c'est indiscutable
Sur la pochette de 'French Touch', Carla porte un chapeau, un peu à la manière de Carly Simon. Je le lui fait remarquer et elle se met aussitôt à me chanter 'You're So Vain'... "J'adore cette chanson. Elle aurait pu être sur l'album, mais on avait une limite d'espace. Ce chapeau fait années 70. 'French Touch' est aussi lié à l'élégance française", précise-t-elle. Dans la vidéo de 'Miss You', on peut voir Carla danser. "Jean-Baptiste Mondino, qui réalise le clip, voulait des mouvements très lents sur la voix et non sur le tempo de la chanson. Donc, toute la vidéo est faite avec des mouvements comme du tai-chi, incroyablement lents. La chorégraphe et moi avons beaucoup travaillé. Cela donne un clip hypnotique fait par ce génie de Mondino."

Pour ses qualités de danseuse, on ne peut pas dire que Carla parte à la pêche aux compliments. "Je suis une danseuse un peu comme tout le monde. Moi, j'aime les danseurs naturels comme Michael Jackson, Prince, Jagger, Tina Turner. Je n'aime pas la gymnastique comme ils font, là. J'aime les gens qui sont indiscutables quand ils dansent."

Carla n'a pas complètement coupé les ponts avec la sphère fashion. "Je vais encore à des défilés. Je suis restée proche de pas mal de couturiers et de mannequins de mon époque." Elle se lance dans le name dropping en égrénant les prénoms de toutes ces gloires des catwalks qui sont ses copines: Naomi, Linda, Farida, Eva. "Moi, j'aime beaucoup la phrase de Karl Lagerfeld qui dit: "La mode, ce n'est pas moral, ce n'est pas amoral. C'est pour remonter le moral." C'est pile ça."

Tops et followers
La ressemblance entre Carla et Bella Hadid, la top égérie Dior d'aujourd'hui, les a frappées toutes les deux quand elles se sont rencontrées dans un avion. L'ironie veut que Bella soit la belle-fille de David Foster. Mais entre les super modèles des eighties et celles d'aujourd'hui, il y a tout de même pas mal de différences. "Nous, on était une team. On était très différentes. On avait des formes. On avait de la poitrine, des hanches. On avait toutes vingt-cinq ans. Aucune n'en avait quatorze ou seize, à part Kate Moss qui commençait. C'était fort différent pour l'identification. Moi, je n'arrive pas à m'identifier à une enfant maigre. Surtout pour acheter un produit de luxe. Ou une crème antirides."

Depuis un an, on peut suivre Carla sur Instagram. On la suit en répétition, en vacances en Corse ou au cours de danse de sa petite fille Giulia. "Les réseaux sociaux, c'est un truc de jeunes. Il y a des nanas qui n'ont rien fait et qui ont cinquante millions d'abonnés. C'est sidérant!". Nul doute qu'à la sortie de 'French Touch', le compte Instagram de Carla Bruni gagne des followers...
Carla Bruni, "French Touch", Universal Music, dès le 6 octobre.

 

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