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Chair(wo)man | Pierre Degand: “J’adore habiller les gens, mais aussi les meubles”

Pour Pierre Degand, le vêtement représente une forme de respect. Il conseille de s’habiller en tenant compte de sa silhouette et de se choisir un style personnel plutôt que de copier un look. ©Alexander D'Hiet

Qu’est-ce qui fait se lever de son fauteuil Pierre Degand, fondateur de la boutique de vêtements de luxe pour homme Maison Degand? Une Aston Martin et un dîner étoilé en tongs.

Quelle est la chaise de votre vie?

“Un jour, j’ai chiné deux fauteuils vintage Flexform. Ils étaient en piteux état, mais le modèle était superbe. Je les ai donc fait regarnir avec un tissu doré. Cela m’a coûté plus cher que les fauteuils proprement dits, mais je suis toujours prêt à mettre la main au portefeuille pour cela: j’adore habiller les gens, mais aussi les meubles.”

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

“Sans hésiter, Steve McQueen, parce qu’il était un acteur complet à tous les niveaux. Dans tous les rôles qu’il a joués, il était incomparable. Dans les années 70, il portait des chukka boots, un chino beige et un T-shirt blanc, un look resté contemporain.”

Pierre Degand

  • Fondateur et inspirateur de la boutique Maison Degand à Bruxelles.
  • Compte parmi ses clients des têtes couronnées comme Philippe, Albert II et Willem-Alexander.

“D’autres acteurs charismatiques et bien habillés, comme Humphrey Bogart, Cary Grant ou Gary Cooper, seraient également les bienvenus. Ou encore Winston Churchill, Hergé et Ian Fleming, l’auteur des James Bond. Dans un documentaire sur Sean Connery, j’ai entendu l’acteur parler de la genèse de cette série: Fleming était aussi élégant que le célèbre personnage qu’il a imaginé.”

Qu’est-ce qui vous a fait tomber de votre chaise récemment?

“Un de mes amis m’a invité à une présentation de voitures à la Villa d’Este, en Italie. J’ai réservé une table au restaurant de l’hôtel, avec vue sur le fantastique jardin. Je portais un élégant blazer avec une belle pochette, mais un membre du personnel s’est approché avec un plateau couvert de cravates. J’ai cru que c’était une blague: il n’y avait que des modèles vieillots et usés qui ne me convenaient pas et n’allaient pas avec ma tenue. J’ai signalé à la direction que cela me dérangeait de devoir porter quelque chose de moche, que je n’avais pas choisi moi-même. S’ils m’avaient donné une belle cravate assortie, avec le logo de la Villa d’Este, cela aurait été parfait. J’aurais même été prêt à l’acheter s’il fallait.”

©Alexander D'Hiet

Restez-vous facilement assis?

“J’ai un bureau, mais je ne m’assieds jamais vraiment sur ma chaise, car je suis tout le temps occupé. Le siège sur lequel je préfère m’asseoir, c’est celui de mon Aston Martin. Je considère cet ancêtre comme une œuvre d’art. Quand il fait beau, j’aime aller faire un tour dans les Ardennes. Le jour de mon anniversaire, j’ai participé à un rallye Télévie. J’ai pu emmener quelques enfants faire un tour dans mon Aston Martin. J’ai été ravi qu’ils s’amusent autant.”

Sur quelle chaise aimeriez-vous vous asseoir pendant une journée?

“Je dirais sur celle du général Dwight Eisenhower ou celle du président américain John Fitzgerald Kennedy, des hommes qui ont marqué l’histoire du XXe siècle. JFK fait partie de la catégorie des Steve McQueen de ce monde: c’était un politicien, un homme talentueux avec une tonne de charisme et toujours élégamment vêtu. Même pendant son temps libre, sur son bateau, il portait toujours le parfait bermuda, le bon polo, des chaussures bien choisies et une montre assortie. Chez lui, le style était inné: il n’avait pas besoin de conseillers.”

Biographie d’une chaise

Le designer milanais Franz T. Sartori (1927-2000) – son nom complet est Teodoro Antonio Franz Sartori – a conçu ce fauteuil pour Flexform dans les années 70. Bien que relativement rare, ce modèle est le plus courant de sa main. Hormis des miroirs, on ne trouve pratiquement plus rien de Sartori sur le marché du vintage.

Ce modèle n’est plus en production: une paire de ces fauteuils revient facilement à 6.000 euros en fonction de l’état et du matériau. Dans la même série, il y a également des canapés à deux et trois places.

Sartori était un designer primé, mais aussi un sculpteur reconnu au niveau local. Quelques-unes de ses sculptures se trouvent dans les parcs publics italiens, mais on n’en trouve pratiquement aucune sur le marché.

Qu’est-ce qui vous tomber de votre chaise?

“Le manque d’originalité et de classe chez les gens. Certains me montrent parfois une photo sur leur smartphone et demandent à être habillés exactement de la même manière, alors qu’ils n’ont absolument pas le même physique ni le même look. Au lieu de copier le look de quelqu’un, voilà ce que je recommande toujours: habillez-vous en fonction de votre silhouette et portez quelque chose qui vous va bien. Le vêtement est la première forme de respect, tant pour vous-même que pour ceux qui vous accompagnent. Si un homme veut se marier en baskets et T-shirt blanc, ce n’est pas respectueux envers son épouse, qui tient précisément à être plus élégante que jamais, ce jour-là.”

“‘Évolue avec ton temps’, me dit-on parfois, mais je ne suis pas d’accord. Peu de gens s’habillent encore de nos jours, même pour aller à l’opéra ou au théâtre. Je trouve cela irrespectueux. Cet été, je suis allé au Domaine Les Crayères à Reims, au restaurant deux étoiles Le Parc du chef Philippe Mille. À la table voisine, il y avait une dame bien habillée, mais son mari était en bermuda, T-shirt et tongs. Le lendemain, au petit déjeuner, il portait exactement la même tenue. J’ai mentionné à la direction que l’hôtel était paradisiaque, mais qu’ils devraient imposer un code vestimentaire pour le restaurant, par respect et courtoisie envers les autres clients. Je trouve aussi que c’est une question d’éducation. C’est comme dire merci lorsqu’une voiture ou un cycliste s’arrête pour vous laisser traverser. Si ce genre de classe, de politesse élémentaire, disparaît, que restera-t-il?”

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