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Deux ex-rédactrices de Vogue deviennent votre personal stylist

Lucinda Chambers (à gauche) et Serena Hood ont quitté la rédaction de Vogue pour fonder leur site de shopping fashion, Collagerie. ©Kensington Leverne

Lucinda Chambers et Serena Hood étaient l’une en face de l’autre à la rédaction du british Vogue. Aujourd’hui, elles sont côte-à-côte pour lancer Collagerie, un site de shopping mode et home, high street et high fashion.

Le nouveau site de vente en ligne Collagerie a pour slogan ‘The one thing over everything’. ©rv

L’espace de coworking Soho Works White City n’est peut-être pas la rédaction de Vogue, mais il y règne une ambiance moins “hot-desking sur laptop” (comme pourrait le suggérer le stéréotype d’un espace de coworking) et plus “start-up sérieuse ayant l’intention de faire bouger les lignes”. On y trouve des œuvres de Rachel Whiteread, des chaises Pierre Jeanneret et une palette de couleurs sophistiquées. Bref, il est tout à fait approprié à la plateforme à partir de laquelle deux ex-rédactrices de mode du British Vogue ont conçu leur nouveau projet.

Cette semaine, le nouveau site Collagerie rejoint l’univers de l’e-tail sous le slogan ‘The one thing over everything’. Surfant sur l’état d’esprit actuel “acheter moins, acheter mieux”, le site écume ce qui est disponible sur Internet pour proposer une sélection des meilleurs achats du moment. En fin de compte, le succès de Collagerie dépendra du goût de ses deux fondatrices, Lucinda Chambers, 58 ans, ex-directrice mode, et Serena Hood, 36 ans, rédactrice de mode.

Chaque pièce sélectionnée a été vue, discutée, désirée et approuvée par le duo. Autrement dit, il s’agit de leur wish-list du moment. Leur catalogue couvrira le segment du luxe, le high street et toutes les marques intermédiaires: des pièces de Ganni et Cos côtoieront Oka, Maison Bengal et Loewe.

"Nous vous préparons le terrain", sourit Lucinda. "Nous vous montrerons où et comment faire du shopping, comment styler une pièce, ce qu’il faut chercher. Nous espérons réhabiliter le plaisir et la joie de faire du shopping et de s’habiller." Serena ajoute: "Nous vous montrerons aussi comment piocher dans les tendances. Notre devise est “doux, modéré, extrême”."

De voisines à associées

Légende de l’industrie de la mode, Lucinda a travaillé pendant 36 ans pour les éditions Condé Nast, où elle est devenue directrice mode. Cofondatrice du label culte Colville, elle a toujours prôné une garde-robe high/low fashion. Également consultante en design pour Marni et Prada, elle a conseillé H&M, River Island et Warehouse en matière de high street fashion.

Serena Hood (à gauche) et Lucinda Chambers ont un style très différent mais fonctionnent avec le même credo: faire des bons achats que l’on garde longtemps. ©Kensington Leverne

Quant à Serena, elle a fait ses premières armes chez Marc Jacobs et Armani. Les deux femmes se sont rencontrées chez Vogue, où, pendant près de cinq ans, elles étaient assises l’une en face de l’autre: Lucinda en charge de la production des shootings et Serena jouant la cheville ouvrière entre la publicité et la rédaction.

"Après avoir quitté Vogue, nous avons rattrapé le temps perdu dans la cuisine de Lucinda", raconte Serena. "C’est là que l’idée a germé. Nous discutions du fait qu’il y avait tellement de femmes qui nous disaient qu’elles étaient envahies par trop de mode. Nous ne cherchions pas à créer une entreprise, mais à réfléchir à ce qui manquait."

"Nous cherchons à la place de nos clientes. On leur montre où et comment faire du shopping et quels sont les éléments dont il faut tenir compte."

"La quantité de produits disponibles peut être écrasante: trop de choix tue le choix. Aussi, scroller sans fin rend la navigation difficile, prend beaucoup de temps et n’est pas très inspirant", ajoute Lucinda. "La mode peut avoir un effet transformateur, ce qui peut être très réconfortant, comme le sentiment de vouloir vraiment ressembler à ça. Notre idée est née de l’envie de vouloir nous aussi utiliser notre site pour faire notre shopping."

Le lancement de leur entreprise, planifié depuis 18 mois, a été aussi excitant que stressant. Cependant, elles ont été encouragées par tous les conseils bienveillants dispensés par leurs amis, familles et ex-collègues.

Lucinda attribue à sa mère -une personnalité fortement résiliente qui a commencé l’école des beaux-arts à l’âge qu’elle a aujourd’hui et qui a publié dix livres-, le mérite de l’avoir inspirée à se lancer dans cette nouvelle aventure à ce stade de sa carrière. "Elle n’a pas peur de se lancer dans une nouvelle aventure et je suppose que c’est comme ça que j’ai avancé dans la vie."

Il y a dix-huit mois, Lucinda fonde son label de mode, Colville (avec Molly Molloy et Kristin Forss, deux designers avec lesquelles elle avait collaboré chez Marni). Et, il y a un an, elle a donné naissance à sa deuxième fille, ce qui représente aussi un emploi à temps plein.

©Kensington Leverne

Le chic et le look

Il est difficile de ne pas être frappé par la grande différence entre les deux femmes. Ce n’est pas seulement une question d’âge ni d’origine (Serena est américaine et Lucinda est britannique), mais aussi de style. La première arbore un chic glossy des beaux quartiers, en robe à fleurs et talons, sac à main d’une grande maison. Le jour de notre rencontre, elle porte une robe en soie Zara, des bottes Jimmy Choo et un sac Louis Vuitton.

©rv

L’arrivée de Lucinda, par contre, est généralement synonyme de feu d’artifice d’imprimés et de couleurs soutenu par un joyeux bling-bling de bijoux. Aujourd’hui, elle arbore une robe H&M à imprimé géométrique portée devant-derrière sur un pantalon Arket, des chaussures Carvela et un sac acheté en Colombie il y a 15 ans. Elles espèrent que c’est cette différence de style qui donnera de la crédibilité à leur projet.

"Je pense que Serena est très féminine alors que je suis plutôt garçon manqué. Du moins, c’est comme ça que je nous vois!", s’exclame Lucinda. "Bien sûr, Serena a aussi la moitié de mon âge. Je me dis parfois que je devrais m’habiller en conséquence..." Le pense-t-elle vraiment? "Bon, c’est vrai, pas tout à fait", répond-elle en souriant. "Pourtant, je suis toujours intriguée par ses choix car elle fait partie d’une génération différente de la mienne. Je suis curieuse de savoir ce qu’elle aime, ce qu’elle a envie de porter."

Y a-t-il parfois des recoupements? Des goûts communs et des envies partagées? "Eh bien, nous adorons les couleurs, les imprimés et, bien sûr, les boucles d’oreilles! Et nous sommes toutes les deux obsédées par les articles pour la maison."

Sac à main blanc

À propos de leur dynamique de travail, Serena déclare qu’elle ne produira aucun des shootings, mais qu’il ne faut pas pour autant en déduire que Lucinda serait la créatrice et qu’elle superviserait l’aspect commercial. "Nous sommes toutes les deux à fond dans tout", précise Lucinda, tandis que Serena acquiesce. Lucinda poursuit: "J’ai lu quelque chose l’autre jour qui me semble intéressant: quand un architecte construit une maison, il doit savoir comment en ont été réalisées les fondations."

Alors, qu’ont-elles appris sur le shopping pendant leurs années Vogue? Serena n’est pas une serial shoppeuse: elle n’achète que si elle y pense toujours après une nuit de sommeil. Lucinda préfère se limiter à ce qu’elle aime plutôt que ce qui est à la mode, bien qu’il soit difficile à définir.

Elle ajoute: "Mon test. C’est répondre à la question suivante: est-ce que je le porterai encore quand j’aurai 70 ans?" Elle se souvient avoir été émue le jour où elle a acheté un sac à main blanc, il y a dix ans. "Malgré toutes ces années, c’est la pièce la plus pratique de ma garde-robe. J’en ai vraiment eu pour mon argent. Ce sont des pièces comme celle-là que nous choisirons pour Collagerie."

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