sabato

DJs à succès la nuit, entrepreneurs le jour

©Pablo Delfos

Le dernier single 'Self Control' du duo belge de DJs Hermanos Inglesos est un hit au Mexique, il a été écouté plus de 2 millions de fois sur Spotify. Pourtant, une tournée n'est pas prévue: les frères Cedric et Didier Engels gèrent leurs entreprises respectives à plein temps. Ils ont néanmoins réussi à libérer un peu de temps pour notre spécial hommes, pour créer une playlist à écouter le weekend. Ils ont ainsi demandé, entre autres, au marchand d'art Boris Vervoordt, au chanteur Max Colombie ou l'architecte Vincent Van Duysen de choisir un morceau en harmonie avec l'ambiance du magazine.

Playlist: The Sound of Sabato

Didier Engels - CEO Engels Châssis & Portes:

Otis Redding - Everybody Makes a Mistake

Gabriel Rios - Chanteur/musicien:

Faces - Debris

Pieterjan Bouten - CEO Showpad:

Oasis - Live Forever

Steven Borgerhoff - Producteur/éditeur:

The Divine Comedy - Our Mutual Friend

Vincent Van Duysen - Architecte:

David Bowie - Heroes

Roundhouse - Sound Agency:

Etta James - A Sunday Kinda Love

Max Colombie - Oscar & The Wolf:

Disney Characters (Jungle Boek) - Helder Water Bij De Bron

Cedric Engels - Fondateur Roundhouse:

The Velvet Underground - Sunday Morning

Pieter Mulier - Designer chez Dior:

Miles Davis - Bof ascenseur pour l’echafaud

Dave Martijn - Goose:

Beach House - Levitation

Hannes Van Severen - Artiste:

Nico - Chelsea Girls

John Roan - Arsenal:

The Durutti Column - Requiem Again

Boris Vervoordt - Marchand d'art:

Jacqueline du Pre / Edward Elgar - Cello Concerto in E minor, opus 85

Alexander Saverys - CEO CMB:

Harold van Lennep - Liberation

Bart Demey - Producteur de musique/Nid & Sancy:

Aphex Twin - #3

Interviewer les frères Engels en stéréo? "Sounds like a good ID", nous répond Cedric par e-mail. C’est d’ailleurs le slogan de sa start-up, Roundhouse. Cedric (28 ans) conçoit des identités sonores pour les entreprises. Musique pour vidéos en ligne, bandes son, voice-overs, musiques d’attente, jingles et autres sonneries pour Coolblue, Napoleon Games, Matexi et Showpad. Et aussi pour ce Sabato spécial hommes et pour Engels Châssis & Portes, l’entreprise de ses frères aînés Didier (38 ans) et Christophe (41 ans). Ce dernier est peut-être le plus intelligent et le plus discret des trois. Il ne voulait absolument pas participer aux prises de vues. Et il ne fait pas non plus partie d’Hermanos Inglesos, le duo de DJ formé par Cedric et Didier depuis 2001.

"Mais ça ne change rien: entre nous trois, il y a une dynamique très particulière. En tant que frères, nous formons un parfait mix de compétences et de caractères totalement différents. Voilà pourquoi nous siégeons à nos conseils d’administration et conseils consultatifs mutuels. Nous faisons des projets d’investissement ensemble. Et nous sommes même actionnaires dans nos entreprises respectives."

Ce qui serait un risque désastre dans de nombreuses entreprises familiales. Surtout lorsque la troisième génération est à la barre, comme c’est le cas chez Engels Châssis & Portes. 
Didier Engels: “Notre père est décédé prématurément, en 2007. J’avais 29 ans, Christophe 32 et Cedric 19. Nous avons alors décidé de reprendre l’entreprise familiale fondée en 1945 par notre grand-père. Cedric était encore étudiant; par contre, Christophe et moi étions prêts à le faire.” 

Une décision difficile, car à ce moment-là, vous auriez tout aussi bien pu percer au niveau international avec votre projet DJ Hermanos Inglesos. Le business plan était prêt et les deals de tournée affluaient.
Cedric Engels: “Quand j’avais 18 ans, Didier et moi comptions nous lancer. Nous voulions tout laisser tomber pour mener une vie de musiciens et DJ. C’était notre rêve.”

Didier Engels: «Nous aurions pu dire, en enfants gâtés: 'Nous ne voulons pas de cette entreprise ennuyeuse, nous voulons voyager dans le monde entier en tant que DJ, c’est beaucoup plus cool.' Mais nous ne sommes pas comme ça." ©Pablo Delfos

Didier: “Mais papa est tombé malade. Nous aurions pu dire: “Nous ne voulons pas de cette entreprise ennuyeuse, nous voulons voyager en tant que DJ, c’est beaucoup plus cool”, mais nous ne sommes pas comme ça. Oui, la reprise de cette société a été un frein, cependant, nous ne l’avons pas ressentie comme un devoir, plutôt comme une vertu. Je ne consacre pas d’énergie aux regrets. En raison de cette décision, j’ai eu beaucoup d’opportunités plus intéressantes que de voyager 100.000 miles par an et de me transformer en noctambule.”

Cedric: “J’apprécie énormément que mes frères aient fait honneur à la famille. J’étais à l’époque trop jeune et trop innocent.”

Didier: “Si j’avais été le plus jeune, c’est moi qui dirigerais Roundhouse. Et Cedric ferait des châssis et des portes comme notre père. Je ne suis pas jaloux de lui. Nous sommes actionnaires les uns des autres. Cedric crée donc indirectement de la valeur pour nous.”

Quand elle vient de vos frères, la critique est-elle sévère au sein du conseil d’administration?
Cedric: “Oui. Même si je reçois souvent des compliments, cela peut être hard. Et ça me stresse énormément, même si leurs questions me stimulent.”

Didier: “Pourquoi prends-tu cette décision? Qu’en est-il des chiffres? Pourquoi ce problème n’est-il pas encore résolu? Est-ce que tu réalises tes objectifs? Cedric doit nous rendre des comptes. Ce n’est pas parce qu’il est notre frère que nous ne pouvons pas le mettre sur le gril, non?”

Cedric: “J’ai tendance à reporter cette réunion quand je sais qu’il y a des choses plus urgentes. Mauvaise idée! Ce ne sont pas seulement mes frères, mais aussi mes conseillers: je dois les prendre au sérieux. Et je dois aussi être bien préparé. Peut-être ai-je tout de même un certain esprit de compétition vis-à-vis d’eux?”

Les frères Didier et Cedric Engels. ©Pablo Delfos

Feriez-vous des affaires différemment sans interférences?
Cedric: “Roundhouse serait dirigé de manière beaucoup plus, euh…, organique. Moins structurée, plus au jour le jour, sans plan directeur. Grâce à mes frères, je surveille mieux mes chiffres, la marge brute et l’EBITDA. J’ai dû apprendre, mon cerveau n’est pas structuré de cette manière. J’ai étudié le droit, avec une spécialisation dans le droit d’auteur et ce savoir juridique n’est pas inutile. Au niveau des affaires et du marketing, Christophe et Didier sont beaucoup plus forts. Par contre, j’ai un plan directeur. Quant à savoir où je serai dans dix ans (que ce soit en nageant, en volant ou en trébuchant), je n’en suis pas encore là.”

Didier: “Notre esprit d’entreprise a des points communs: nous n’entreprenons pas pour gagner beaucoup d’argent, mais pour créer de la valeur. Nous avons la chance d’avoir hérité d’une entreprise florissante et nous voulons qu’elle le reste. Notre objectif n’est pas de nous enrichir vite fait, mais de laisser un patrimoine à nos enfants.”

Pour le moment, tous les voyants sont au vert: Roundhouse a quatre ans, emploie six personnes et a été bénéficiaire au bout de deux ans. Engels Châssis & Portes n’était pas exactement une start-up, mais elle a été entièrement restructurée pour devenir un atelier de production de 150 personnes doublé d’une chaîne de franchise comptant douze magasins.

Didier: “Papa est décédé en 2007, mais l’entreprise a connu une renaissance en 2009. Nous l’avons entièrement restructurée et mis en place un réseau de magasins. Depuis lors, le chiffre d’affaires a augmenté de 50%. Entretemps, nous sommes entrés dans une phase d’acquisitions pour augmenter nos volumes. L’année dernière, nous avons acheté une entreprise spécialisée dans les châssis en aluminium. Et si vous voulez un scoop, nous venons de reprendre une société  qui fournit des portes et fenêtres aux menuisiers, Ramagroup.”

Cedric Engels: "Il ne faut pas attendre de fête d'adieu au Sportpaleis de la part de Hermanos Inglesos. Nous ne sommes pas K3. Nous laissons tout simplement la musique venir à nous." ©Pablo Delfos

Où est l’esprit de compétition, Cedric? Quel est votre scoop?
Cedric: “Je vais me marier.”

Félicitations. Et Didier animera la soirée sans doute?
Cedric: “Oui, bien sûr, j’ai fait la même pour Didier. Dès qu’il y a une soirée, je ne peux pas m’en empêcher!”

Didier: “Les Hermanos Inglesos font moins de tournées aujourd’hui, même si nous adorons encore en faire. Si nous n’étions pas frères, nous aurions splitté depuis longtemps. Nous sommes devenus plus sélectifs car nous sommes tous deux engagés dans notre entreprise. Ce n’est pas comme si on nous demandait de venir jouer de 8 à 9 heures, hein!”.

Cedric: “Le matin, peut-être.”

Didier: “En ce moment, notre dernier single est un hit au Mexique et ‘Self Control’ a déjà été streamé plus de 2 millions de fois sur Spotify.”

Cedric: “Je pensais que notre mère avait fait appel à une ‘click farm’, mais non, les chiffres sont exacts.”

Didier: “Nous pourrions profiter de ce petit succès pour partir en tournée en Amérique du Sud. Mais nous ne pouvons pas être absents pendant un mois.”

Êtes-vous si indispensables?
Cedric: “Je ne veux pas abandonner le navire comme ça. Il s’agit de dire non et de se concentrer.”

Didier: “C’est une question de choix. Nous avons la chance de diriger une entreprise dont nous pouvons vivre. Les missions de DJ sont des petits extras.”

Cedric: “Il ne faut pas s’attendre à ce que les Hermanos Inglesos fassent une fête d’adieu au Sportpaleis. Nous laissons la musique venir à nous.”

©Pablo Delfos

Votre père était un travailleur acharné, comme vous, mais il n’a jamais pu profiter de ses ‘vieux jours’. Dans quelle mesure cela vous a-t-il changés?
Didier: “Il n’était jamais à la maison avant 20 heures. C’était un homme très dynamique qui voulait rester jeune de corps et d’esprit.”

Cedric: “Notre maman mérite aussi un hommage. Elle travaillait dans l’entreprise, élevait trois garçons et, comme elle était fille unique, elle s’occupait aussi de sa mère.”

Didier: “Papa avait l’énorme désavantage d’être seul. Il n’avait ni frères ni sœurs pour l’aider dans l’entreprise. Le stress l’a probablement rendu malade. Son équilibre entre vie privée et travail n’était pas bon. À cet égard, il n’était pas un modèle. Nous voulons nous y prendre différemment.”

Didier, avoir une entreprise florissante, trois jeunes enfants et une femme ambitieuse, Tiany Kiriloff, co-fondatrice de la plateforme de mode Belmodo, c’est tout sauf évident, non?
Didier: “Ça peut paraître étrange, mais nous avons organisé notre vie de famille de manière professionnelle. Au sens propre du terme, parce que nous avons passé des annonces et organisé des entretiens d’embauche pour un poste d’aide à domicile. Résultat: nous avons embauché une perle. Grâce à elle, Tiany et moi pouvons mieux combiner nos obligations et notre famille. Quand je rentre à la maison, je ne sais pas toujours si Tiany sera là et vice-versa, mais ça marche très bien. Ce qui est sacré, par contre, ce sont nos vacances. Ce family time est à marquer d’une pierre blanche important dans notre agenda. J’ai même un skateboard sur lequel je peux monter une poussette. C’est super!”

Cedric: “Je ne pourrais pas vivre comme ça. Mon amie et moi, nous sommes très attachés l’un à l’autre. Par contre, je dois encore apprendre à déconnecter quand je rentre à la maison.”

Didier: “La pression, c’est un état d’esprit. Quand les gens me disent: “Je n’ai pas encore eu le temps”, je réponds toujours: “Si, tu as eu le temps, mais ce n’était pas une priorité pour toi”. Pour moi, les amis sont une priorité absolue. Nous formons une bande d’amis qui, tout en étant entrepreneurs se soucient de la qualité de vie. Lorsque nous nous voyons, il n’y a jamais de smartphone sur la table. Nous partageons la même passion pour l’alimentation saine, le respect de la nature et la philosophie du Less is more.”

C’est aussi valable pour la valise de Tiany?
Didier: “Vous seriez étonné! Quand nous partons en voyage, quelques T-shirts lui suffisent. Une question de priorités, sans doute?”

www.roundhouse.be
www.engelsnv.be
www.hermanosinglesos.com

 

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