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Fifty and fabulous: l'ère des supermodels n'est pas finie

Cindy Crawford, Stephanie Seymour, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Linda Evangelista et Christy Turlington faisant la couverture du magazine Vanity Fair en septembre 2008. ©Mario Testino

Naomi, Helena, Cindy, Claudia, Linda et Christy étaient des légendes vivantes dans les années 80 et 90. Aujourd’hui, ces supermodels restent les visages les plus recherchés de la mode.

Tous ceux qui ont assisté au défilé Balmain en février dernier ont dégainé leur smartphone quand Helena Christensen, 51 ans, est apparue sur le catwalk. Le retour du "supermodel" sur un podium a suscité un silence stupéfait suivi d'applaudissements nourris. Si on y assistait à cet instant, c’était la photo à ne pas rater. 

De même l'apparition des supermodels Naomi, Cindy, Claudia, Helena et Carla Bruni, lors de la présentation de la collection printemps-été 2017 de Versace, avait provoqué, elle aussi, une standing ovation. Devenue virale, la scène avait offert à la maison de couture italienne une exposition maximale... et gratuite.

L'attitude glamour de ces mannequins était intacte malgré le passage du temps.

Personnalité et notoriété

L’essor de la photographie de mode date des années 1930. À l’époque, les mannequins qui faisaient la couverture des magazines étaient inconnus du grand public et ce métier était plus considéré comme une performance qu’une activité professionnelle guidée par une vision stratégique de sa carrière.

Ces jeunes beautés se retiraient vers 28 ans pour faire place à d’autres, plus jeunes, car l’univers de la mode est un ogre avide de chair fraîche et de nouveaux visages. Ces nouveaux visages devenaient à leur tour des grands noms, avant de tirer leur révérence et de tomber dans l’oubli. Après leurs années de gloire, ces mannequins plus âgés n’étaient plus demandés par les photographes et couturiers.

La beauté et le glamour sont plus une question d’attitude que d’âge.

Aujourd’hui, même si être belle au superlatif est toujours la raison d’être de tout mannequin, la définition de la beauté dans l’univers de la mode n’exclut plus les femmes mûres: la personnalité et la notoriété sont au moins aussi importantes que la peau lisse. Comme si les maisons de mode avaient réalisé que des femmes de tous âges achètent leurs produits.

Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen défilant pour Versace en septembre 2017. ©Getty Images

Vieillir avec classe

Les top-modèles des années 90, qui ont atteint aujourd'hui la cinquantaine, ont changé la donne, sans doute définitivement. Elles appartiennent à la première génération de mannequins travaillant depuis trente ans. Et elles n’ont pas l’intention de prendre leur retraite.

Naomi Campbell a soufflé ses 50 ans bougies le 22 mai dernier, en plein confinement. Elle a célébré l’événement sur Instagram avec ses 9 millions d’abonnés. Après quoi, elle a annoncé une nouvelle campagne pour les cosmétiques Pat McGrath Labs, et publié des images de son dernier shooting pour Valentino où on la voit juste vêtue d’un sac à main.

"Jamais je ne me suis sentie aussi heureuse qu’aujourd’hui, jamais je n’ai eu autant confiance en moi."
Claudia Schiffer

Il y a une semaine, le 25 août, c’était au tour de Claudia Schiffer de fêter ses 50 ans, en toute intimité, chez elle, dans l’Oxfordshire. "Pour moi, l’âge est quelque chose qu’il faut célébrer, et même vénérer. Je suis très heureuse d’avoir cinquante ans, car jamais je ne me suis sentie aussi heureuse qu’aujourd’hui, jamais je n’ai eu autant confiance en moi. Je n’essaie pas de paraître plus jeune que mon âge ni de me sentir plus jeune: je profite juste de l’instant présent."

Cindy Crawford, 54 ans, reçoit des offres aussi intéressantes que celles de sa fille de 18 ans, la top Kaia Gerber. Helena Christensen, Linda Evangelista, 55 ans, et Christy Turlington Burns, 51 ans, sont toujours demandées pour faire la couverture des magazines.

Le 25 août dernier, Claudia Schiffer fêtait ses 50 ans. ©Camera Press / Andrew Woffinden

L'apogée dans les années 90

La célébrité des supermodels atteint son apogée dans les années 90, quand les défilés de mode et les campagnes publicitaires deviennent partie intégrante de la pop culture. Ces femmes n’étaient pas seulement les stars des catwalks: elles étaient des célébrités mondiales, et elles gagnaient des fortunes.

Elles incarnaient le glamour, une coupe de champagne à la main dès le matin et, la journée terminée, elles se rendaient dans des soirées très exclusives. Elles apparaissaient dans des films et des clips, et avaient à leur bras des stars du show business. Ces supermodels n’étaient plus seulement un visage sur la couverture d’un magazine: elles étaient une personnalité que l’on interviewe pour ce même magazine.

"Il y avait même quelqu’un qui surveillait ma lingerie, sinon on me l’aurait volée!"
Claudia Schiffer

En 1990, Linda Evangelista déclarait, mi-ironique, mi-sérieuse: "Je ne me lève pas pour moins de 10.000 dollars." L’ancien agent de Naomi Campbell, Carole White, affirmait que ce n’étaient pas 10.000, mais plutôt un peu plus de... 300.000 dollars!

Ces mannequins ont amassé des sommes folles et conclu des partenariats avec les plus grandes maisons de mode et de cosmétiques, comme Chanel et Revlon, mais aussi d’autres annonceurs, comme Pepsi. En 1999, le magazine économique américain Forbes établissait, pour la première fois, le top 100 des célébrités, dans lequel on retrouvait Claudia Schiffer, Cindy Crawford, Christy Turlington, Niki Taylor et Kate Moss.

Claudia Schiffer se souvient qu’à l’époque, ses fans étaient aussi envahissants que ceux des Backstreet Boys. "C’était de la folie. Comme si j’étais une rock star. Je ne pouvais même pas sortir de ma voiture, je devais être entourée de gardes du corps à chaque défilé. Il y avait même quelqu’un qui surveillait ma lingerie, sinon on me l’aurait volée!"

Naomi Campbell défilant dans un body léopard Azzedine Alaïa en 1991. ©Getty Images

Des super pouvoirs

L’attrait des supermodels était sans doute également dû au fait qu’elles formaient un groupe. Chacune avait sa propre carrière, mais elles étaient très proches. Le nom de Claudia Schiffer était associé à Guess Jeans et Chanel, celui de Naomi Campbell était synonyme d’Azzedine Alaïa et Yves Saint Laurent, et Christy Turlington incarnait Calvin Klein. Cela ne les empêchait pas de se retrouve, le temps d’un shooting pour Vogue, d’une campagne pour Versace ou même d’un clip. "Freedom" ou "Too Funky" de George Michael restent des clips cultes aujourd’hui encore.

"Nous nous soutenions mutuellement en tant que famille."
Helena Christensen

Le lien d’amitié qu’elles avaient les rendait sympathiques, mais aussi incontournables: les réalisateurs et les photographes respectaient leur pouvoir en tant que collectif. "Nous étions toutes issues de milieux différents, mais nous travaillions toutes très dur. Nous étions également très proches, nous nous soutenions mutuellement", déclare Christensen. "Non pas en tant qu’individus, mais en tant que famille."

Schiffer acquiesce. Et sourit. "Nous faisions la couverture de tous les magazines, nous participions à toutes les campagnes. C’est ainsi que nous avons acquis une emprise sans précédent sur nos carrières. Bien sûr, nous pouvions être des concurrentes, mais nous entretenions une relation très amicale."

"Nous nous souciions les unes des autres et n’hésitions pas à monter au créneau s’il le fallait: si l’une de nous faisait une mauvaise expérience, nous nous appelions pour en parler. Nous trouvions qu’ensemble, nous étions fortes et que, ce pouvoir, nous devions en faire usage si quelque chose d’inacceptable se produisait. Nous pouvions changer les choses."

Linda Evangelista dans le célèbre clip de la chanson "Too Funky" de George Michael.

Une deuxième carrière

Tout en poursuivant leur carrière de modèle pendant plus de trente ans, ces femmes se sont également illustrées dans le monde des affaires. Bien avant l’arrivée des influenceurs, elles étaient déjà des as de la publicité. Certains de leurs projets n'ont pas eu le succès escompté, comme la chaîne internationale de restaurants Fashion Cafe, fondée en 1995, qui a rapidement périclité.

Par contre, d’autres ont bien marché, comme le partenariat entre Kate Moss (46 ans, dernière venue au club des supermodèles) et Topshop en 2007. Helena Christensen a cofondé, quant à elle, le magazine "Nylon" en 1999. "Nous avons trouvé un moyen d’évoluer pour enrichir nos esprits et nos vies. En fondant une famille, mais aussi en profitant d’autres opportunités professionnelles découlant de notre carrière", explique Christensen. Comme une deuxième carrière en somme.

"Si je devais faire la guerre de Troie, Claudia serait mon Hélène", a dit un jour Karl Lagerfeld. ©Getty Images

Claudia Schiffer combine son activité de mannequin avec des projets de collaboration avec le label de mode britannique Être Cécile et le producteur de céramique portugais Bordallo Pinheiro. Elle est également l’égérie de la nouvelle montre J12 de Chanel.

"Être pertinente n’a jamais été une obsession pour moi", déclare-t-elle. "Je n’ai jamais aspiré à être sous le feu des projecteurs. Mon mari est aussi comme ça. J’aime ce que je fais, mais je tiens à ma vie privée et j’ai beaucoup de chance de pouvoir me consacrer à des collaborations que je trouve passionnantes. Le monde de la mode n’a pas changé fondamentalement."

L'impact des réseaux sociaux

"Par contre, il s’est considérablement développé. Il y a beaucoup plus de collections, tout va plus vite et les réseaux sociaux sont devenus très importants: c’est un média de marketing parfait pour la mode et les cosmétiques, mais aussi un moyen très efficace de gérer son image et la manière de l’exposer. On le voit très bien avec les top-modèles d’aujourd’hui."

"Plus personne n’avait d’yeux pour les actrices, car c’était les top-modèles qui offraient beauté éblouissante et glamour absolu."
Derek Blasberg
Journaliste et ami de Naomi Campbell

"Ce que je trouvais extraordinaire dans les années 90, c’est qu’on ne ressentait pas cette pression de devoir tout partager avec tout le monde. On pouvait parfaitement avoir une vie privée et, ainsi, créer un peu de mystère. Cette ligne de démarcation claire entre public et privé me manque. Même si j’aime bien partager mes moments mode sur Instagram."

Quand l’ère des réseaux sociaux a commencé, au début des années 2010, une nouvelle génération de mannequins Instagirls (Gigi Hadid, Kendall Jenner, Karlie Kloss) est apparue. Cette rencontre entre glamour et monde numérique leur a permis de décrocher des contrats encore plus juteux, car leurs followers constituent un groupe prêt à être ciblé par la communication publicitaire. 

Helena Christensen a créé la surprise en février dernier en défilant, à 51 ans, pour Balmain. ©Getty Images

Leur arrivée a changé les règles du jeu et créé de nouvelles personnalités "bankables". Certains noms des années 90 ont disparu, mais un petit groupe de super-modèles s’est parfaitement adapté à cette nouvelle donne, profitant de l’occasion pour renforcer leur notoriété.

"Les supermodèles sont arrivés à une époque où la mode était à la mode", explique Derek Blasberg, journaliste, ami de longue date de Campbell, Turlington et Crawford, et aujourd’hui responsable de la mode chez  YouTube. "Plus personne n’avait d’yeux pour les actrices, car c’était les top-modèles qui offraient beauté éblouissante et glamour absolu."

Au printemps dernier, il a convaincu Naomi Campbell de lancer une chaîne YouTube pour diffuser son propre message et, bien sûr, partager avec ses fans des moments de sa vie, comme ses courses dans un magasin de la chaîne de supermarchés bio Whole Foods ou sa routine de voyage, qui commence par désinfecter sa place en première classe.

Tout cela avec un sens de l’humour ravageur, ce qui a permis à la belle de toucher un nouveau public représentant plus de 10 millions de clics. Sans oublier les centaines de milliers d’Instagrameurs accro à @the90ssupermodels.

Les supermodels ont vieilli avec grâce. Les soirées légendaires et les petits déjeuners au champagne ont depuis longtemps fait place au yoga et au quinoa. Demandez à l'une d'elles le secret de sa beauté éternelle, et elle vous parlera de wellness, de crèmes bio (Claudia ne jure que par Bamford) et de litres... d’eau. Mais elle ajoutera aussi que la beauté et le glamour sont plus une question d’attitude que d’âge. 

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