Giorgio Armani: "Des limites? Je n'en ai pas!"

Il Maestro n'est pas prêt de prendre sa retraite: Giorgio Armani célèbre les 40 ans de son empire avec un musée... "Des limites? Je n'en ai pas!" Et sûrement pas celles qu'impose l'âge: à bientôt 81 ans, l'éminence grise du monde de la mode lance aussi une nouvelle ligne femme et devient l'ambassadeur de l'Exposition universelle de Milan.

Il conduit le cabriolet Mercedes qu'il a dessiné lui-même, mais, il y a 40 ans, Giorgio Armani a dû se séparer de sa Coccinelle pour financer sa première collection homme. Un premier essai. Aujourd'hui, Giorgio Armani incarne la réussite de l'entrepreneuriat italien et sa fortune est estimée à plus de 7 milliards d'euros selon Forbes. Même au coeur de la tempête de la crise (courant 2013), son empire a réalisé un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. La société du 'Il Maestro' emploie environ 6.700 personnes à travers le monde dans plus de 2.400 boutiques (mode, accessoires, cosmétiques, chocolat et meubles) et des restaurants. "Je vois cela comme l'étape suivante la plus logique", commente le couturier. "Mes limites? Je n'en ai pas: si une idée est bonne, j'essaye de la concrétiser."

7 milliards
Sa fortune est estimée à plus de 7 milliards d'euros
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Perfectionniste notoire
Par contre, il n'avait pas encore de musée: un manque réparé dès la semaine prochaine, puisqu'Armani inaugure Silos, son musée personnel, installé dans une ancienne chocolaterie du quartier de Porta Genova, à Milan. Aujourd'hui, tout label de mode qui se respecte possède sa fondation ou collabore avec des artistes trendy sur des collections capsules. Toutefois, Silos ne sera pas consacré aux arts plastiques: il présentera des dessins d'archives et des créations d'Armani. Ce temple accueillera également des expositions temporaires ainsi que le siège de l'entreprise. Armani, qui le qualifie de sa 'version personnelle de la Tate Gallery', a déjà investi 50 millions d'euros dans le projet. Le musée a été conçu par l'architecte japonais Tadao Ando, qui a réaménagé le Teatro adjacent... appartenant également au couturier. "Ce ne sera pas un musée au sens traditionnel du terme, ni un monument érigé à ma gloire. En exposant mes collections, je donne au public l'opportunité de jeter un coup d'oeil dans les coulisses de mon processus créatif."

Mon héritier? Si je choisis un créateur connu, il aura son propre style. Et si c'est quelqu'un de mon staff, ce sera encore plus Armani qu'Armani.
Giorgio Armani

Giorgio Armani n'a pas de temps à consacrer à la littérature, la musique ou l'art: ce qui l'intéresse, c'est le travail. Ce perfectionniste tient fermement les rênes de son entreprise en tant que PDG et actionnaire unique. Aucune décision n'est prise sans son aval. Pour l'ouverture du Teatro, il a lui-même vérifié l'assise et la vue des 558 sièges. Pauline Denyer, épouse de Paul Smith, a un jour raconté qu'elle l'avait vu donner un coup de balai sur le trottoir de sa boutique.

Synonyme de son entreprise, Armani ne semble pas s'arrêter là: il célèbre son quarantième anniversaire dans la mode, devient ambassadeur de l'Exposition universelle de Milan et y présente un défilé grandiose, lance un sac à main anniversaire (Le Sac 11) et une collection tartan. En juin suivra une collection New Normal, entièrement conçue sur base de pièces classiques.

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Une question se fait de plus en plus pressante: qui sera l'héritier? Cette succession est loin d'être assurée, même au sein de son équipe. "Si je choisis un créateur connu, il aura son propre style", déclarait-il au New York Times. "Et si c'est quelqu'un de mon staff, ce sera encore plus Armani qu'Armani. Que faire?" Il passera sans doute le flambeau à un groupe que l'on appelle I Fedeli, soit 'les fidèles', dans lequel on trouve notamment ses deux nièces, Silvana et Roberta Armani, son neveu, Andrea Camerana, et son ami, Pantaleo Dell'Orco, responsable du bureau de style de l'homme.

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Giorgio Armani inaugure son musée à Milan dans quelques jours. Le Silos ne sera pas consacré aux arts plastiques, mais à ses dessins d'archives et ses créations.
©Giorgio Armani

Anciens parachutes
Qu'entend-on par 'style Armani'? Une sobriété chic toute en coupes souples et palette de tons neutres. Le créateur porte d'ailleurs au quotidien ce qu'il appelle son uniforme marine: "Cette tenue est devenue mon symbole. C'est pragmatique, discret et focalise l'attention sur ce qui compte. C'est ce que j'essaye de faire: des lignes épurées et une élégante sobriété."

Ce minimalisme, Armani l'associe à la simplicité de ses origines. Il est né au sein d'une famille de la classe moyenne dans la ville de Piacenza. Après la guerre, la mère de Giorgio se débrouille seule: elle coud les vêtements de la famille dans de vieux uniformes militaires et d'anciens parachutes. "Elle faisait des T-shirts et des shorts de sport et nous avions belle allure", se souvient le créateur. "Mon amour pour la sobriété et la discrétion est lié à ce souvenir."

Après l'école secondaire, il entame des études de médecine à l'Université de Milan, où son élégance fait sensation. "J'ai choisi la médecine après avoir lu 'La Citadelle', un livre de AJ Cronin. Dès la deuxième année, j'ai compris que ce livre avait beau être magnifique, ce ne serait pas ma vie." Après son service militaire, il se lance dans la photographie. "Je photographiais ma soeur Rosanna qui jouait les modèles. C'est ainsi que j'ai été en contact pour la première fois avec le monde de la mode." Son premier job, étalagiste pour La Rinascente -l'équivalent du Printemps- à Milan, lui permet de gravir les échelons jusqu'à devenir acheteur pour le département mode homme.

Nous avons vendu tout ce que nous avions pour acheter un bureau et deux lampes.

En 1964, il fait ses débuts chez Cerruti où, du sur mesure à la production, il apprend les bases du métier qui sera le sien. Et un beau jour, il rencontre Sergio Galeotti, un acheteur de mode pour homme qui va changer la sa vie. Il l'encourage à quitter Cerruti et, ensemble, ils ouvrent, sur le Corso Venezia, une petite agence où Armani est consultant de mode free-lance pour Zegna, Ungaro ou Loewe. Cinq ans plus tard, en 1975, ils franchissent le pas et fondent leur propre label. Giorgio Armani crée et Sergio Galeotti s'occupe du reste.

Ils seront inséparables jusqu'au décès de Galeotti, en 1985. "Nous avons vendu tout ce que nous avions pour acheter un bureau et deux lampes", raconte Armani dans sa biographie. "Nous avions deux pièces: un bureau pour Sergio et un atelier pour moi. Je pouvais l'entendre parler aux acheteurs et il m'entendait jurer devant ma planche à dessin. Une époque merveilleuse."

La mode, c'est une évolution, pas une révolution, telle est la devise d'Armani, qui base ses créations sur la mode classique de sa jeunesse avec une coupe moderne. Rien d'avant-gardiste, juste la tendance de l'époque. Et ça plaît. Avisé en matière de mode comme de marketing, il sait ce qui marche. Il est ainsi l'un des premiers à utiliser les panneaux publicitaires géants à Milan et, en 1976, il fait paraître ses annonces sur la quatrième de couverture de L'Uomo Vogue, ce qui attire le regard de Fred Pressman, propriétaire du célèbre Barneys de New York, qui s'empresse de l'appeler pour passer commande: "À l'époque, je n'avais aucune idée de qui était ce Giorgio Armani."

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Giorgio Armani est toujours le couturier le plus célèbre d’Italie. Forbes évalue sa fortune à plus de 7 milliards.
©Giorgio Armani Archive

Red carpet
La réputation internationale d'Armani grandit et, en 1980, un deuxième coup de fil va modifier le cours de sa carrière: Paul Schrader, réalisateur et fan d'Armani lui demande de créer les costumes pour John Travolta qui doit tenir le premier rôle dans American Gigolo. Le couturier accepte sur le champ. Par la suite, Travolta est remplacé par Richard Gere, alors inconnu: le couturier retouche tous les costumes mais l'acteur les porte si bien que ce film marque le début de sa romance entre Hollywood. Romance qui se poursuit encore aujourd'hui, au point que l'on dit de lui que c'est "l'homme qui a appris à Hollywood à s'habiller". Autres acteurs à son tableau de chasse: Christian Bale dans 'American Psycho' ou Leonardo DiCaprio dans 'Le Loup de Wall Street'.

Les actrices ne sont pas en reste: en 1978, Diane Keaton a accepté l'Oscar de la meilleure actrice pour 'Annie Hall' en veste Armani et, quatorze ans plus tard, Jodie Foster a suivi son exemple pour 'Le Silence des Agneaux'. Armani est synonyme de subtilité, mais aussi de red carpet, même si ce ne sont pas les robes 'grand soir' qui ont bâti sa réputation. "Je crois que j'ai pu apporter ma contribution autant à l'homme qu'à la femme, en montrant que les propriétés liées au genre pouvaient être réinterprétées."

Autre moment de gloire: en 1982, Giorgio Armani est le premier créateur de mode à poser sur la couverture du Time Magazine depuis 40 ans. Il croise Andy Warhol et celui-ci réalise son portrait. Dans une interview, l'Italien évoque des souvenirs de sa rencontre avec l'artiste: "Il était si modeste. Il pensait que son succès sur le plan commercial ne faisait pas de lui un grand artiste. Et c'est aussi ma façon de voir les choses en tant que créateur de mode. Je n'ai jamais pensé à créer juste pour le plaisir de créer. Pour moi, il est important que les gens aiment porter mes vêtements."

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