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"Je ne porte pas les banquiers dans mon cœur"

©© Dan Burn-Forti/Corbis Outline

Son nom n’a rien de particulier: plusieurs milliers de Britanniques portent le même. Par contre, son histoire l’est beaucoup moins. Le créateur de mode Paul Smith, promu chevalier, diffuse son label de mode dans 67 pays. À la fin du mois, l'exposition "Hello, my name is Paul Smith" ouvrira ses portes au Musée de la mode de Hasselt. "Je n'ai jamais dû emprunter de l'argent, mais je vis modestement. Je n'ai pas de jet privé."

Le siège de la société Paul Smith n’est pas un temple du style. Ses collaborateurs ont des bureaux en bois qui rappellent les bancs d'école, serrés les uns contre les autres. Il y a des boîtes et du bazar partout - contre les murs, sur les armoires et à même le sol. La pièce dont dispose Sir Paul Smith pour les réunions et les interviews n’est pas différente: elle est pleine à craquer d’objets hétéroclites, j’ai même vu un maillot d’Eddy Merckx et une figurine de Tintin.

Sir Paul a la réputation d'être très accessible: avec un peu de chance, vous le trouverez le samedi dans sa boutique de Mayfair, à l'angle d’Albemarle et de Stafford Street. Il est le fondateur éponyme et l’actionnaire principal du label et se considère comme la boussole des vingt designers en chef qui travaillent avec lui. Par contre, il ne dessine jamais. "Je ne sais pas dessiner. Et je n’ai jamais su. Je montre à mes collaborateurs ce que je veux en épinglant des pièces de tissu. Un peu plus large ici, l'épaule un peu autrement là. J’ai quitté l'école à quinze ans. Je n’ai jamais suivi de véritable formation de mode contrairement à mon épouse, Pauline. Elle m’a tout appris. Je voulais gagner ma vie, tout simplement. Je n’aurais jamais imaginé avoir une marque de mode. Les gens qui ont vu mon expo m’ont dit qu'ils avaient surtout été étonnés par mes débuts très modestes et la petite taille de ma première boutique."

Talent en héritage

Paul Smiths kantoor, volgestouwd met spullen.

Le premier "Paul Smith Clothes for Men", Byard Lane à Nottingham, mesurait trois mètres sur trois. La boutique a été reconstituée pour l'expo "Hello, my name is Paul Smith" présentée au Musée du Design à Londres. L’expo vient d’ailleurs d’entamer un voyage autour du monde, avec une première halte au Musée de la Mode de Hasselt. "J’ai ouvert ma première boutique en 1970. Je proposais à l’époque beaucoup de vestes en velours. Très dandy. Parfait pour les groupes de rock et les acteurs. Dix ans plus tard, Pauline et moi étions prêts à ouvrir une boutique à Londres. C’est alors que le marché boursier s’est effondré. Les banquiers de l’époque étaient des vieux messieurs en costume traditionnel à bande violette. Avec le crash, toute cette génération a disparu, remplacée par des hommes plus jeunes qui cherchaient un nouvel uniforme sans trop s’écarter de la tradition. À l’époque, si vous portiez une cravate de couleur, vous étiez soupçonné d’être bizarre. J’ai donc imaginé un costume très classique avec juste un petit twist comme la doublure en tissu imprimé ou une boutonnière de couleur. Très subtil. Et c’est ainsi que je suis devenu le fournisseur des nouveaux uniformes des banquiers."

Cette nouvelle génération a fait de Paul Smith son fashion gourou. Un choix étrange vu que cet amour n’était pas réciproque. Et ne l’est toujours pas: Paul Smith n’aime pas trop les banquiers. "C’est eux qui m’ont choisi. Entre le krach de 1982 et la crise financière de 2008, le monde financier s’est mal comporté. Il y avait beaucoup de cupidité et de mensonges. En fait, je pense que nous sommes à nouveau proches de la situation de 2008. Beaucoup de marques, grandes ou moins grandes, ne sont pas au top de leur forme. En ce qui nous concerne, nous n’avons heureusement jamais dû emprunter d'argent. Pauline et moi vivons assez modestement. Nous ne possédons pas de jet privé, ne voyageons pas en première classe, ne dépendons pas de hedge funds... Nous avons réinjecté notre argent dans l'entreprise. La crise financière ne nous a pas directement affectés."

Retrouvez l'interview complète de Sir Paul Smith dans le Sabato de ce samedi.

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