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Kaat Debo, directrice du MoMu d’Anvers: “Une belle expo peut me nourrir pendant des semaines”

Au dîner de ses rêves, Kaat Debo, la directrice du Musée de la Mode d’Anvers, inviterait ses deux grands-mères décédées trop tôt. ©Alexander D'Hiet

Kaat Debo, la directrice du Musée de la Mode d’Anvers (MoMu), sur ce qui la fait se lever de sa chaise: les côtes du sud de la Grande-Bretagne, une belle expo et... la fracture sociale.

Quelle est la chaise de votre vie?

Un canapé de la collection de mobilier d’Ann Demeulemeester pour Serax, conçue avec son époux, Patrick Robyn. Il est installé à l’entrée de nos bureaux. Les visiteurs peuvent s’y installer pour patienter, mais notre équipe l’utilise aussi comme salle de réunion informelle. Je trouve que la convivialité, c’est extrêmement important. Dans cette création, Ann Demeulemeester combine la discipline épurée d’un classique du design moderniste avec des matières et des couleurs chaleureuses.

Kaat Debo

  • Directrice du Musée de la Mode d’Anvers.
  • Les 8 et 9 octobre, le MoMu fête sa réouverture.

Ce jeu de contrastes se retrouve dans ses collections de mode. Qu’il s’agisse de mode, de céramique, de luminaires ou de mobilier, l’univers de Demeulemeester et Robyn est axé sur l’épure et le renouvèlement du savoir-faire. Je suis heureuse que nous puissions montrer comment les designers sortent de leur domaine, et avec succès.

Savez-vous rester assise?

Depuis plus de 15 ans, j’ai une prof de yoga fantastique. Elle a aussi un goût musical extraordinaire, ce qui rend ses cours encore plus agréables. Pour moi, le yoga est le meilleur moyen d’équilibrer le corps et l’esprit: à plusieurs reprises, il m’a aidée à traverser des périodes mouvementées et stressantes.

“Il est grand temps de faire quelque chose pour combler les failles de notre système social et initier un vrai changement.”
Kaat Debo
Directrice du Musée de la Mode d’Anvers

Qu’est-ce qui vous a fait tomber de votre chaise récemment?

La beauté spectaculaire des côtes du sud de la Grande-Bretagne, l’été dernier. Malheureusement, il y a dans ce pays une différence de classes sociales très marquée, que l’on perçoit dans d’innombrables petites et de grandes choses. La crise actuelle risque de nous plonger, nous aussi, dans une société de classes aussi dure. Il est grand temps de faire quelque chose pour combler les failles de notre système social et initier un vrai changement. Le cynisme ne nous y aidera pas: il faudra plutôt compter sur la collaboration, l’audace et la créativité.

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

Ce serait un dîner en famille, car ce sont toujours les plus agréables. J’inviterais mes deux grands-mères que j’ai malheureusement connues bien trop brièvement, ainsi que mes filles. Ma grand-mère paternelle dirigeait une entreprise textile en Flandre occidentale et ma grand-mère maternelle tenait un café populaire en Campine. Deux femmes fortes dotées d’une grande sagesse. Je serais surtout curieuse d’entendre les questions qu’elles poseraient à mes filles, et ce que mes filles leur répondraient. J’aimerais également savoir si elles partageraient le même sens de l’humour.

©Alexander D'Hiet

Biographie d’une chaise

Ann Demeulemeester et Patrick Robyn signent ce canapé issu de leur première collection de mobilier pour Serax, qui sera présentée à l’automne. Le couple a déjà collaboré avec ce label pour de la vaisselle, des verres, des couverts et des luminaires. Grâce à son élégant dossier, ce canapé peut également faire office d’îlot. L’ensemble du MoMu est décoré de mobilier signé Ann Demeulemeester: des canapés aux chaises, en passant par les bancs et les tables.

Qu’est-ce qui vous fait vous lever de votre chaise?

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’aime les musées. Une belle expo peut me nourrir pendant des semaines. Et si je peux repartir avec le catalogue, je suis comblée!

À qui offririez-vous une chaire?

À Yvon Chouinard, le fondateur du label Patagonia. Il vient de faire don de son entreprise à une organisation à but non lucratif qui se consacre à la conservation de la nature, dans le but de faire de la Terre son unique actionnaire. Une fois les investissements nécessaires à l’expansion de l’entreprise faits, tous les bénéfices seront versés à ce trust.

Depuis des années, Chouinard cherche à faire une interprétation différente du capitalisme. Très tôt, il a décidé de verser une partie de ses bénéfices à la lutte contre le changement climatique, mais aujourd’hui, il s’est rendu compte que ce n’était pas suffisant. Il a déclaré: “There were no good options available, so we created our own”. Ce genre d’intellectuels, d’entrepreneurs et d’acteurs sont nécessaires pour opérer un véritable changement qui permettra d’améliorer notre façon d’envisager et de vivre cette transition.

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