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"L'accessoire est le seul segment en croissance dans le secteur de la mode"

Donovan Tjon, ex-designer chez Tom Ford et Roberto Cavalli, lance son label. ©rv

Donovan Tjon a passé une dizaine d’années dans les studios de création de Tom Ford, Roberto Cavalli et Marc Jacobs. Grâce à la plateforme de crowdfunding Kickstarter, il vient de lancer sa première ligne de sacs, YNGR.

Quand le créateur de mode Tom Ford vous demande, lors d’un entretien d’embauche, où vous voulez être dans dix ans, que faut-il lui répondre? Donovan Tjon (33 ans), néerlandais d’origine et belge d’adoption après ses études à l’Académie de la mode d’Anvers, a répondu sans détour: “Je veux avoir ma propre marque”. Ce qui n’est pas très stratégique, pourrait-on penser. Quand on recrute un designer, ce n’est pas pour le voir partir quelques années plus tard…

N’empêche, il a décroché le job. Et, aujourd’hui, il a concrétisé son vœu: il a fondé sa propre marque, YNGR.

©rv

Le look de ces sacs est urbain, avec des détails bien sentis comme les fermetures à encliquetage style ceintures de sécurité. Le mot clé de la collection, c’est “polyvalence”, déclare le designer. "Un sac à dos permet d’aller du bureau à un vernissage, sans passer par la case maison. C’est une réponse à l’évolution du mode de vie et à la mobilité.

Avant, on se déplaçait en voiture, mais ce n’est plus le cas: on combine scooter électrique, vélo et transports publics. Ce n’est pas un hasard si la demande de sacs à dos explose: comme il faut emporter ses affaires tout au long de la journée, un sac qui soit à la fois pratique et beau est nécessaire. En ce qui nous concerne, nous allons partout en vélo."

Quand il dit “nous”, Donovan Tjon fait allusion à son ami Jan Pirenne (33 ans), deuxième pilier de YNGR. C’est principalement sur lui que repose l’organisation, la logistique et l’aspect financier, secteurs indispensables à tout business qui se respecte. C’est également cet architecte de formation qui lui a suggéré l’idée de lancer la marque via une campagne de crowdfunding.

"Dans l’univers de la mode, ce mode opératoire n’est pas encore très courant, mais il a de nombreux avantages: il fait office d’étude de marché, permet d’éviter la surproduction et le préfinancement et d’obtenir un feed-back direct de sa clientèle", détaille-t-il, lors de notre rencontre, dans son appartement minimaliste d’Anvers.

Kick de départ

Les fondateurs de YNGR, Jan Pirenne et Donovan Tjon. ©rv

Les deux associés ont lancé leur campagne sur Kickstarter à la fin du mois d’avril 2019. Six semaines plus tard, ils avaient récolté près de 12.000 euros, bien plus que les 8.500 espérés. Les 66 personnes qui avaient acheté en prévente un sac (avec une réduction substantielle) l’ont déjà reçu. Quant à ceux qui viennent de découvrir YNGR, la toute nouvelle boutique en ligne leur propose les quatre articles vendus sur Kickstarter: un sac à dos, un sac en bandoulière, une housse pour ordinateur portable et un porte-clés.

"Par conviction écologique, nous n’utilisons que du cuir recyclé fabriqué à partir de chutes de cuir, qui sont ensuite broyées en fines fibres et pressées avec du latex pour former un nouveau matériau de haute qualité, sur lequel on imprime la texture du cuir." Une matière à la fois belle et écologique, c’est aussi ça qui est moderne.

Accessoires essentiels

Donovan Tjon a vécu sur l’île antillaise de Saint-Martin jusqu’à l’âge de 18 ans, et l’a quittée pour étudier l’architecture dans la ville néerlandaise de Delft, mais n’a pas terminé son cursus. Après un bref passage par la prestigieuse école d’art Parsons à Paris, il s’est inscrit à l’Académie de la mode d’Anvers, où il a décroché son diplôme en 2010.

"Nous n’utilisons que du cuir recyclé ultra qualitatif, sur lequel on imprime la texture du cuir."

"Pendant mes études, je rêvais d’avoir ma propre marque, mais je voulais d’abord acquérir de l’expérience avant de me lancer. Un peu par hasard, je me suis retrouvé chez Roberto Cavalli à Florence, en 2011. Cette marque est célèbre pour ses imprimés un peu too much, mais travailler pour elle était vraiment génial: un immense atelier et une manufacture d’impression sur soie, c’est le rêve pour un designer!

Quand j’ai eu l’opportunité de travailler pour Tom Ford, en 2014, je suis parti à Londres. C’est lui qui m’a donné envie d’entrer dans le secteur de la mode. C’est surtout son passage chez Gucci qui m’avait impressionné. Tom est une personne extraordinaire, qui connaît bien la nature humaine. Mais quand il s’est lancé dans les collections ‘see now-buy now’, je suis resté sur ma faim en tant que designer senior, car je devais attendre beaucoup trop longtemps avant de pouvoir montrer mon travail.

De plus, en 2016, j’ai eu envie d’aller à Paris, où j’ai travaillé pendant un an et demi pour Marc Jacobs, jusqu’à l’automne 2018. Cette expérience professionnelle m’a permis d’acquérir le savoir-faire nécessaire pour ma marque."

Le sac à dos est un sac “vie facile” qui permet de passer du boulot au resto: c’est l’accessoire qui correspond le mieux au mode de vie contemporain. ©rv

Pourquoi Tjon a-t-il choisi de créé une marque d’accessoires et non une ligne de vêtements, un domaine dans lequel il a davantage d’expérience? "Les sacs à main sont moins saisonniers et plus faciles à vendre en ligne, notamment parce qu’il ne faut pas se soucier des tailles. De plus, le marché des accessoires est le seul segment dans la mode qui continue à connaître un important développement. D’un point de vue économique, c’est donc une décision plus intelligente." 

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