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Le circuit le plus aristocratique de Grande-Bretagne lance une collection de mode

Goodwood et Connolly présentent une collaboration capsule ©rv

Quand on associe la marque qui a fourni le cuir des selleries à Bentley, Rolls-Royce et autres Maserati au légendaire Festival of Speed de Goodwood, on obtient une collection de vêtements et d’accessoires en édition limitée, inspirée par cette icône de la course automobile.

Le terme ‘collab’ - la collaboration entre deux marques - se trouve en bonne place dans le vocabulaire des clichés marketing. Il est souvent utilisé quand un label réputé, mais qui n’est plus de première jeunesse, décide de se rajeunir en recourant aux services de labels branchés, à l’instar de l’américain Supreme ou du japonais A Bathing Ape. Et le tour est joué: les ados s’arrachent ce label qui, hier encore, était totalement has been.

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Pourtant, ce plan marketing peut dévier de cette trajectoire classique et nouer des alliances moins évidentes, comme la récente collaboration entre Goodwood et Connolly. Le premier est un vaste domaine situé dans le parc national des South Downs, près de la côte sud-est de l’Angleterre. C’est là que réside celui qui organise chaque année l’un des événements automobiles les plus célèbres du monde, le Festival of Speed. Et le second, Connolly, est une charmante boutique de Clifford Street, dans le quartier londonien de Mayfair.

Chacun à leur manière, ces deux entités envisagent l’automobile non comme un produit, mais en tant qu’objet culturel. Et tous deux sont dirigés par un obsédé du détail, fan de création et, surtout, charismatique: Charles March, 11e duc de Richmond et propriétaire de Goodwood, et Isabel Ettedgui, veuve de Joseph, une légende de la mode british. C’est lui qui a relancé le label Connolly, fournisseur de sellerie de constructeurs tels que Rolls-Royce, Bentley, Ferrari, Maserati et Aston Martin, de sa fondation en 1878 au début des années 1990.

Charles March, 11e duc de Richmond, avec Isabel Ettedgui, propriétaire de Connolly. ©Jamie McGregor Smith

Garden party géante

Le Festival of Speed de Goodwood a été organisé pour la première fois en 1993. Au départ, cet événement avait tout de la garden party géante où quelques voitures de course gravissaient la colline pour mettre de l’ambiance. Les visiteurs venaient y pique-niquer et s’installaient le long du circuit comme au bord d’un terrain de polo. Aujourd’hui, le Festival of Speed est un événement mondial très fréquenté.

En fait, ce sont des vêtements de travail destinés à ceux qui ne travaillent pas!

En 1995, deux ans après sa première édition, Ettedgui a convaincu Connolly - tanneur et maroquinier, fournisseur de la reine d’Angleterre et des plus belles marques automobiles - d’ouvrir une boutique de luxe au cœur de Londres, dans un bâtiment rénové par la décoratrice française Andrée Putman.

Cette boutique allait devenir une référence dans le monde de l’élégance automobile. "Autrefois, j’y passais souvent", se souvient le duc. "J’achetais tous les modèles de chaussures qu’ils avaient! Je pense qu’à l’époque, c’était le seul endroit de Londres où l’on pouvait trouver des chaussures spécialement conçues pour la conduite. C’était extraordinaire!" Quand Connolly a rouvert ses portes sur Clifford Street, il y a quelques années, le duc a été un des premiers clients à y revenir. "J’adore ces articles, et mes fils aussi."

Stanley Kubrick

Les souvenirs d’Ettedgui au sujet du duc remontent encore plus loin dans le temps, bien avant qu’il ne soit question de Connolly ou du Festival of Speed. En l’occurrence, aux années 1980, quand il s’appelait encore Lord Settrington.

Charles était un irrésistible photographe et Isabel, une jeune collaboratrice du magazine The World of Interiors. Comme tout un chacun, elle était tombée sous le charme de son élégance, mais c’est avant tout son sens du détail qui l’a impressionnée.

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"Il avait travaillé pour le réalisateur Stanley Kubrick. Rien n’échappait à son regard", se souvient-elle. "Ce qu’il a fait de Goodwood est tout simplement fantastique. Il est remarquable qu’un événement aussi connu dans le monde puisse avoir des standards esthétiques aussi élevés."

Autre chose à propos du duc? "Il fait partie de notre clientèle. Récemment, il est venu chercher une veste pour son fils. Il achète aussi des écharpes, des tricots. Des pièces classiques..."

Leur collaboration n’a rien du coup marketing. "Ni l’un ni l’autre n’avions déjà établi ce genre de collaboration" souligne Ettedgui. "Nous nous sommes rencontrés dans la boutique et avons engagé la conversation. Et puis, nous avons pensé que ce serait une bonne idée de faire quelque chose ensemble. Et voilà, nous l’avons fait!"

Ce quelque chose est une collection capsule inspirée du héros automobile du duc: son grand-père Freddie Settrington, futur 9e duc de Richmond.

Après des études à Eton et Oxford, il est allé en apprentissage chez Bentley avant de se lancer dans une carrière de pilote automobile. "J’étais très proche de lui, il comptait beaucoup pour moi", confie le duc. "Mon grand-père n’était pas seulement ingénieur et pilote de course: il avait aussi le goût du design. Il aimait les petites voitures intelligemment conçues. D’ailleurs, il conduisait toujours des bolides légers. Au volant de sa petite MG, il courait sur circuit contre des Bentley et les battait à plate couture! Il était aussi un excellent peintre et un super photographe. J’avais dix ans à peine quand il m’a donné mon premier agrandisseur, et j’ai toujours son équipement de chambre noire."

Dandy

Freddie Settrington était un passionné de photographie et de préparation de voitures de course. "Pour chaque tirage photographique, il notait les spécificités techniques en détail: ouverture, agrandissement, etc.", précise Charles March. Mais le 9e duc de Richmond a laissé bien plus d’informations que les détails techniques de ses tirages photo: il a également relaté sa vie par écrit dans toutes sortes de carnets.

Ces derniers ont, bien entendu, été consultés lors de la mise en route de la collection Goodwood X Connolly. "Nous avons étudié tous les albums photo et les archives du grand-père de Charles", précise Ettedgui. "Le T-shirt que nous avons fait affiche les signaux qu’il avait peints à la main pour le stand. Nous avons également produit des chaussettes pour la course. L’idée est de rendre la collection accessible avec un premier prix raisonnable."

Ettedgui explique également qu’elle a été inspirée par la façon dont Freddie Settrington nouait autour du cou son foulard en soie. "Oui, à l’époque, les pilotes étaient plutôt dandy. Cette collab’ est donc une combinaison très réussie de pratique et de chic, à l’image des voitures qu’ils pilotaient!"

Goodwood et Connolly placent la barre très haut: la maille est tricotée en Écosse, la soie vient de Côme, le coton, ainsi que les blousons aviateur et les combinaisons, d’Italie. ©Motoring Picture Library / Alamy

Combinaison

La collection, disponible sur www.mrporter.com notamment, compte aussi un blouson aviateur. En effet, Settrington a construit et piloté des avions. Il y a aussi une veste de moto, conçue d’après celle que portait le duc quand il fonçait dans les rues de Londres. Tant Charles March qu’Isabel Ettedgui soulignent que leur collection n’est pas purement nostalgique. "Mon grand-père ne regardait jamais dans le rétroviseur: il était progressiste", affirme March.

"Il ne voyait pas l’intérêt de se plonger dans le passé pour revivre le soi-disant bon vieux temps. Ce qui est intéressant dans notre collaboration, c’est qu’elle combine le meilleur de l’héritage de Goodwood et de l’époque pionnière du sport automobile dans un contexte et un style contemporains. Bien que la collection ne soit pas nécessairement destinée à ceux qui parcourent des longues distances ou qui pratiquent la course, tous les articles ont cet esprit Goodwood."

Ettedgui intervient, souriante: "C’est bien plus qu’une simple collection d’archive: c’est une manière d’exposer ce trésor." Elle nous montre les boutons en caoutchouc des combinaisons, spécialement conçus pour ne pas rayer la peinture de la carrosserie. "Les combinaisons sont très pratiques, comme doivent l’être les vêtements de travail." Pourtant, ces vêtements de travail sont destinés à des personnes qui ne travaillent pas!

"Tout est élégant et très bien fait: la maille est tricotée en Écosse, la soie vient de Côme et le coton ainsi que les blousons aviateur et les combinaisons sont made in Italy."

La combinaison à porter pour se balader dans le paddock ainsi que le blouson aviateur en cuir de cerf souple comme du cachemire sont deux modèles irrésistibles.

Bon goût

La collection capsule Goodwood X Connolly n’est pas seulement luxueuse par son design, sa fabrication et ses matières: elle est aussi une forme de luxe pour Goodwood. Ce domaine accueille chaque année des centaines de milliers de visiteurs et peut compter sur les sponsors les plus généreux - Rolex, Mastercard ou IWC - et Rolls-Royce y a établi son quartier général. L’éventuel succès financier de cette collab’ avec Connolly est donc (quasi) négligeable pour Goodwood.

"Il s’agit d’une petite collection capsule", déclare le duc. "Bien sûr, l’objectif est d’aller plus loin. En fait, l’idée a germé spontanément. Nous avons juste pensé que cela pourrait être la collaboration parfaite entre deux marques faites l’une pour l’autre. Cette collection est une belle combinaison de labels et de familles."

Isabel Ettedgui est du même avis. "En fait, nous avons juste produit une série limitée: nous attendons de voir les réactions. Si nous constatons qu’elle a du succès, nous pourrions peut-être aller plus loin."

Si Ettedgui reste très vague quant à ses ambitions commerciales, elle est parfaitement claire au sujet de ce qui a motivé ce partenariat: "Charles a très bon goût."

Elle marque une pause, illumine son regard sérieux d’un sourire, puis déclare: "Je ne pourrais d’ailleurs jamais faire une collection avec quelqu’un qui n’a pas bon goût", déclare-t-elle, frissonnant à cette idée. 

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