sabato

Le designer belge Christian Wijnants habille enfin les hommes

Après ses collections femme, Christian Wijnants s'adresse pour la première fois aux hommes avec une collection de pulls. ©rv

Après une petite cinquantaine de collections féminines, Christian Wijnants s'aventure dans le dressing des hommes avec une collection capsule de maille, une spécialité qui a fait son succès. "J'aime l'idée de la capsule et je voudrais en rester là. Du moins, pendant deux ans. Après, j'aurai peut-être envie de me lancer un nouveau défi."

Ding dong. Juste au moment où nous allions partir, la sonnette retentit. Les yeux de Christian Wijnants pétillent. "Quand DHL sonne à ma porte, c'est l'heure des cadeaux!" Surtout cette fois, car le designer anversois sait déjà ce qui se trouve dans le colis: les premières pièces de sa toute nouvelle collection homme. Avec un large sourire, il secoue la boîte: c'est sans doute son meilleur cadeau de Noël depuis des années.

En effet, après seize ans de collections femme, Wijnants (41 ans) s'offre un première ligne au masculin.

©rv

"Tout semble se passer comme prévu. La collection femme marche bien, la boutique tourne, la structure de l'entreprise fonctionne, le marché américain est en pleine croissance et nous avons beaucoup de visibilité. Je me suis dit qu'il était temps de me lancer une nouveau défi, histoire de sortir de ma zone de confort. Nous ne partons pas de zéro, parce que nous faisons une collection capsule maille, qui, depuis des années, est au coeur de notre collection. Nous sommes bons dans ce domaine, et nous sommes également reconnus pour cela. J'aime l'idée d'exceller dans une seule chose."

Nous rencontrons le designer anversois dans ses ateliers, à Anvers. Nous sommes le 24 décembre et il nous sert des pralines de Noël, seul indice de cette fête. Ici, c'est une journée de travail comme les autres. "Aujourd'hui, il n'y a personne. Un luxe! Cela me permet de bien avancer." Ce qui est nécessaire, car il lui reste beaucoup à faire avant de rejoindre son cercle familial, dans quelques heures.

©rv

Sa première collection homme ne sera pas en boutique avant l'automne, mais elle a été présentée aux acheteurs le week-end du 19 janvier, lors de la semaine de la mode homme à Paris. Au même moment, toujours à Paris, le Belge présentera sa collection pre-fall. Et un mois plus tard, ce sera le tour du défilé femme. "Les collections homme et pre-fall sont quasiment terminées, mais, pour la collection hiver, presque tout reste à faire. Je vais bientôt commencer à créer les tissus."

Si nous, nous sommes un peu stressés pour lui, le designer, lui, semble zen. Il s'accorde même une petite semaine en Espagne pour fêter le Nouvel An chez des amis. Après toutes ces années, s'est-il habitué aux contraintes de délai? Pas tout à fait, confie-t-il: "La collection hiver est deux fois plus stressante pour nous que celle d'été.

En raison du calendrier de la mode, nous n'avons que cinq mois pour la concrétiser, contre sept pour celle d'été, alors que l'hiver demande beaucoup plus de travail: chaque silhouette se compose de plusieurs pièces." Un stress qu'il cache cependant à merveille. Il parle calmement et prend tout son temps.

Ses ateliers ne sont pas non plus un capharnaüm: sa grande table de travail est (presque) conforme à l'empty desk policy. Dans un coin, il y a quelques papiers peints -des ébauches pour les impressions de textiles, expliquera-t-il- et le mur est garni de grands mood boards.

On y voit des peintures de l'artiste américaine Alice Neel, des imprimés de style ikat et de échantillons de tricot. C'est le mood board de sa première collection homme.

"Quand j'ai découvert les portraits d'Alice Neel, à Berlin, j'ai cru qu'il s'agissait d'une artiste contemporaine tellement son travail était rafraîchissant, mais elle est décédée en 1984. C'est cette atmosphère chaleureuse et cosy que j'ai voulu traduire dans la collection, ainsi que sa palette de couleurs. Cela me permet de me différencier des autres pulls pour homme. C'est chez Dries Van Noten que j'ai appris comment faire de bonnes combinaisons de couleurs, et surprenantes", témoigne Wijnants en nous montrant le mood board.

"Pour les motifs, je me suis inspiré des coussins en soie d'Ouzbékistan. J'adore l'impression graphique qu'est le procédé de tissage et de teinture ikat, car les lignes ne sont pas parfaitement droites. Je peins aussi tous les motifs des tissus à la main. Ça leur donne une grâce et une touche d'humanité."

Round knit sweaters

Outre la couleur et la coupe, pour Christian Wijnants la technique est également importante. Ainsi, plusieurs pulls de la collection homme sont tricotés à quatre aiguilles, une technique qui permet de réaliser une encolure ronde sans couture.

Il n'y a que la maille qui m'aille Christian Wijnants aime l'idée d'une collection capsule pour les pièces de maille qu'il a imaginées pour les hommes. Une collection permanente pourrait voir le jour dans deux ans, si le designer se lance un nouveau défi. ©rv

"Dès leur sortie de la machine, les pulls sont prêts à être portés", sourit le designer, dont la célébrité aux États-Unis est justement due à ces 'round knit sweaters'. "Les coutures peuvent se déchirer ou se défaire, surtout pour les modèles à encolure étroite.

Ces pulls sont comme une seconde peau, la coupe épouse les formes du corps. Ce sont des pulls confortables dans lesquels on a envie de vivre. Pour moi, les vêtements doivent être esthétiques, pas cool. La sensation et la poésie sont pour moi plus importantes que le concept à l'origine. C'est peut-être une approche classique, mais beaucoup de personnes sont à la recherche de quelque chose de beau. Voilà: mes vêtements doivent émouvoir."

Pour être tout à fait précis, cette incursion dans le dressing des hommes a déjà eu lieu, mais en catimini. En effet, il y a huit ans, il avait créé et produit un pull pièce unique qu'il avait réservé à ses amis. Coïncidence, c'est celui qu'il porte aujourd'hui. "C'est un de mes pulls préférés: il me va comme un gant et il est toujours aussi beau après toutes ces années. C'est cela qui m'a donné envie de continuer à le travailler. D'autant plus que de nombreux clients sont également demandeurs."

Le triomphe de la mi-saison

Il a aussi réalisé une nouvelle version de son premier pull homme en jacquard avec une impression 3D ton sur ton.

Il a créé 45 pulls en tout, soit 8 modèles différents déclinés dans une variété de motifs et de fils, comme l'alpaga et la laine mérinos. "Nous avons des clients dans le monde entier: mon marché se situe pour un tiers en Asie, un tiers en Amérique et un tiers en Europe.

Il était temps de relever un nouveau défi. Et de sortir de ma zone de confort.

Mon assortiment doit être suffisamment large pour chaque climat. Il y a donc des tricots épais et des tricots fins. C'est pourquoi les collections mi-saison ont autant de succès: ce sont des pièces que l'on peut porter au bureau tous les jours, vu que les locaux professionnels sont climatisés. C'est beaucoup plus polyvalent qu'une robe d'été ou qu'un manteau d'hiver." Et, en matière de mi-saison, avec la météo belge, nos créateurs ont une longueur d'avance.

Pour que la collection soit prête, Christian Wijnants travaille avec différents producteurs, au Japon et en Espagne entre autres. "En trois mois, plus d'une cinquantaine d'articles doivent être mis au point et produits, ce qui est impossible quand on ne travaille qu'avec un seul producteur. Surtout qu'une foule de choses doivent être faites à la dernière minute."

C'est en 2014 qu'il a commencé ces collections intermédiaires, qui comblent les lacunes entre les traditionnelles présentations été et hiver. Et ce, grâce à Christian Cigrang, propriétaire de Cobelfret, un des plus grands groupes de transport maritime du pays, qui a investi en 2013 un million d'euros dans BEN, l'asbl de Christian Wijnants, en échange de 50 % des actions. Le créateur conserve sa liberté artistique.

En 2017, Cigrang a ajouté un million d'euros, pour que le webshop puisse être en ligne, la boutique d'Anvers, inaugurée et un pop-up à Hong Kong ouvert.

Nouveau défi

"Nous avions quelques difficultés à financer notre croissance, et étions à la recherche d'un investisseur. Ce n'est pas facile de collaborer avec une banque, pas toujours prête à prendre des risques. Je comprends, la mode n'est pas une vallée de roses. Loes, mon bras droit, a rencontré Christian par hasard, un samedi soir, chez des amis. Le lundi matin, il était dans mon bureau", sourit-il. Outre l'apport financier, Cigrang fournit des conseils marketing.

"C'est rassurant de ne plus avoir à prendre seul des décisions importantes. J'ai beaucoup de respect pour ce qu'il fait."

Le designer peut le consulter en matière de stratégie, mais quand il s'agit de mode, il reste à la barre. Chaque année, il faut usiner quatre collections femme, deux collections homme, une collection de souliers et d'accessoires. Comment parvient-il à tout boucler? "Nous avons dix temps plein, des stagiaires et des free-lance.

Et cette année, deux collaborateurs permanents viendront étoffer l'équipe. Va-t-il développer la collection homme? "J'aime l'idée de la capsule et je voudrais en rester là. Du moins, pendant deux ans. Après, j'aurai peut-être envie de me lancer un nouveau défi."

La collection homme de Christian Wijnants, disponible en boutique à partir du mois d'août prochain. 

Lire également

Publicité
Publicité