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Le fournisseur de maille de Balenciaga et Burberry lance sa propre marque

Rues désolées, maisons aux volets clos et chemins de terre sinueux: dans ce coin de la campagne espagnole, on s'attend à des haciendas et des oliviers, des sentiers de montagne et des cafés où le temps a suspendu son vol, mais certainement pas à de la mode du plus haut niveau. Pourtant, c'est dans cet endroit oublié, au fond d'une impasse, que l'on trouve les plus beaux cachemires Balenciaga.

En effet, c'est ici qu'est installé Parrillu's, un atelier de maille haut de gamme. Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez sûrement ses clients: en plus de Balenciaga, il y a Burberry, Marni, Carven et notre compatriote Sophie D'Hoore. Tous ont trouvé le chemin de ce petit village à une bonne heure de route de Barcelone."

"Bienvenue à La Llacuna!" Un Espagnol tout sourire nous accueille à bras ouverts. C'est Josep Puig Romeu, deuxième génération de l'entreprise familiale. Il nous emmène à l'intérieur pour une rapide visite, rythmée par un débit de parole impressionnant. Il nous montre d'énormes machines à laver à commande numérique, "Le lavage constitue une partie essentielle du processus de production", et des publicités Burberry vintage, "Nous avons beaucoup travaillé pour cette marque de luxe britannique avant qu'elle ne délocalise sa production en Chine." Il y a aussi un bon nombre d'ordinateurs. "Nous dessinons nos modèles grâce à des programmes 3D qui, ensuite, guident les tricoteuses."

La marque espagnole Bielo ne suit pas les tendances mais expérimente, à chaque saison, les couleurs, coupes, textures, techniques de tricotage et fils.

À l'étage, Carola, son épouse qui fait également partie de l'entreprise, élabore le planning de la production. "Actuellement, nous réalisons des échantillons pour Carven et ça doit aller vite! Nous sommes des producteurs, mais, en réalité, nous traitons une grande partie de la conception car les maisons de mode ne nous remettent qu'un croquis. Il faut donc effectuer le travail de recherche, comme combiner différents fils ou chercher de nouvelles façons de tricoter une pièce. Nous déterminons en grande partie l'aspect du produit final."

Aujourd'hui, à La Llacuna, on ne tricote plus seulement pour des maisons de mode étrangères, mais aussi pour Bielo, le label homme que Puig Romeu a lancé en 2015. Luxe, qualité et superbe finition garantis. Ne vous attendez pas à des basiques insipides: si le confort est la priorité, Bielo ne recule pas devant les 'fashion statements'.

De manière subtile ou non, la collection jongle avec virtuosité avec les couleurs, coupes, textures, techniques de tricotage et fils.

Cette collection pour homme au look androgyne séduit également les femmes. Pour le moment, chaque collection propose quelques modèles pour elles, mais il n'y a pas encore de ligne complète. "Cela fait des années que nous rêvons d'avoir notre label à nous. En fait, c'est même depuis que j'ai rejoint l'entreprise. De ce point de vue, je suis différent de mon père: c'est un entrepreneur et il en est pleinement satisfait. Je suis plutôt un esthète, je recherche les défis créatifs", précise Puig Romeu. "Le fait d'avoir un atelier est un atout majeur pour mon label. Je passe des heures à faire des essais, jusqu'à obtenir l'effet recherché. Pour moi, c'est un laboratoire."

Ce que la collection illustre parfaitement. Les pièces qui sont normalement réalisées en tissus tissés, comme un polo en piqué de coton ou un blouson, sont d'abord réalisées en maille. "C'est dans les techniques de tricotage que je trouve l'inspiration pour ma collection et non dans les tendances. Je me tiens à l'écart de la mode: je préfère suivre mes idées, plus intemporelles, plus personnelles."

Boules de naphtaline
L'atelier est aussi un avantage en termes de prix, ce qui permet à Bielo d'offrir une qualité supérieure pour le même prix de détail. Puig Romeu nous emmène dans le stock rempli de bobines du sol au plafond: nous ne savons plus où donner de la tête tellement il y a de couleurs, toutes plus belles les unes que les autres. Ces fils valent une petite fortune, et c'est pour cela que le stock est considéré comme la salle du trésor de l'entreprise. Pour le protéger et empêcher les mites de grignoter ces précieuses bobines, il flotte dans l'air une odeur de naphtaline.

Dans un flot ininterrompu de paroles, Puig Romeu nous présente les plus beaux fils de cachemire, soie, mohair, alpaga et laine mérinos qu'il trouve en Italie, mais aussi au Japon. "Les différences de qualité sont énormes. Touchez donc cette maille, c'est le meilleur cachemire que l'on puisse trouver! Beaucoup de marques me disent de prendre un cachemire moins cher, mais moi, je trouve que c'est dommage. Avec Bielo, je peux choisir le meilleur."

Au départ, la marque s'appelait Biel.lo, d'après le surnom local de la famille. Très vite, il a été simplifié en Bielo. "Mon père a fondé Bielo il y a de nombreuses années, quand le grand magasin espagnol El Corte Inglés lui a demandé de faire une collection femme très commerciale. Il l'a faite mais a arrêté au bout de deux saisons. C'était totalement différent de ce que fait Bielo aujourd'hui, mais je trouvais que garder ce nom était un bel hommage à mon père."

Sa version de Bielo est meilleure que celle de son père. Puig Romeu en est à sa sixième collection. Après les grands magasins (Merci à Paris, Dover Street Market à Tokyo et La Garçonne à New York), il est également pour la première fois disponible en Belgique, chez Orlanda, une nouvelle boutique à Bruxelles.

Une affaire de famille
Bien que rêvant d'une carrière dans la mode, Puig Romeu a d'abord étudié l'informatique. Une formation qui est venue à point nommé lorsqu'il est entré dans l'entreprise, à 19 ans. Le tricotage est assisté par ordinateur et il est programmeur. "Le tricot semble être une technique simple, mais elle ne l'est pas à ce niveau de qualité. En général, il faut compter une vingtaine d'années pour maîtriser le métier de 'technicien tricot'; moi, j'y suis parvenu en dix ans, en travaillant 15 heures par jour et sept jours sur sept! Demandez donc à Carola: elle a passé des soirées à m'attendre." Carola sourit et acquiesce. Imperturbable, son mari poursuit. "C'était difficile, mais nécessaire. J'utilise tous les jours cette expérience et ce savoir-faire."

Les parents de Puig Romeu ont fondé l'atelier de tricotage Parrillu's en 1986. Bien que, depuis, le fils ait repris l'entreprise, ils sont tous les jours sur place. La soeur de Puig Romeu y travaille également. Et c'est son cousin qui est venu nous chercher à l'aéroport. En plus de l'atelier et des bureaux, le domaine accueille la maison parentale ainsi que celle de la famille de Puig Romeu. Le midi, sa mère cuisine pour tout le monde. Notre estomac commence à réclamer son dû quand Puig Romeu et Carola nous emmènent au restaurant dans un 4x4 poussiéreux. Tant pis, on goûtera la cuisine familiale un autre jour...

Nous sommes en Espagne, un pays où, même dans un village de 800 habitants, il y a plusieurs restaurants. Nous nous attablons chez 'Ca l'Americano', une adresse où le couple a ses habitudes. À côté du plat de cabillaud, apparaît sur la table une bouteille de vin avec une étiquette portant le nom de 'Puig Romeu'. En plus du reste, l'entreprise familiale produit aussi du vin.

"Mon père a commencé en 1999. Il a planté 15 hectares de vignes et engagé un oenologue. Deux ans plus tard, nous avions nos premières vendanges. Depuis, nous faisons du rouge, du blanc et du pétillant sous le nom de Biel.lo. Avec 30.000 bouteilles, c'est une petite production. C'est comme nos tricots: nous faisons environ 150.000 pièces par an. Je n'ai pas l'ambition de me développer davantage en tant que viticulteur, au contraire de Bielo. J'y crois dur comme fer et je m'y consacre à fond."

"Nous sommes des producteurs, mais, en réalité, nous traitons une grande partie de la conception car les maisons de mode ne nous remettent qu'un croquis. Il faut donc effectuer le travail de recherche. Nous déterminons en grande partie l'aspect du produit final", explique Josep Puig Romeu.

Grande lessive
Avant de partir, jetons un oeil dans l'atelier où, en rangées serrées, vingt machines tricotent 24 heures sur 24. Deux techniciens en blanc circulent pour surveiller le bon déroulement des opérations. Depuis le tout début, ils travaillent avec des machines à tricoter japonaises Shima Seiki, extrêmement chères, mais imbattables en termes de qualité et de précision.

Un tricot informe sort d'une des machines: c'est un pull, nous explique Puig Romeu. Il le met sur une balance. "Nous vérifions la quantité de laine, ce qui détermine son prix. Touchez-le donc! C'est du cachemire, avant lavage. Avouez que c'est loin d'être aussi doux que ce que l'on pourrait croire. Peu de gens le savent, mais le lavage est une étape indispensable dans le processus de production. Nous avons des machines à laver informatisées, pour que le programme soit parfait en termes de vitesse, de durée et de température."

Le cousin de Puig Romeu arrive: il est temps de partir. Nous lui demandons s'il n'envisage pas d'aller vivre dans un endroit plus trendy. "Au début, être loin de tout était un inconvénient. Quand mon père a commencé, les coursiers de DHL ne trouvaient pas notre entreprise. Nous devions aller les chercher au village! Maintenant, tout le monde sait où nous trouver. Je ne voudrais jamais partir d'ici. J'ai une vue sur les montagnes et, ici, nous avons beaucoup d'espace. Nous faisons notre vin, notre huile d'olive, nous avons des poules et cultivons nos tomates. Bien sûr, il y a le rythme de la mode, mais, ici, nous vivons au rythme de la nature."
À partir de 202,50 euros, en exclusivité chez Orlanda, rue François Stroobant 45-47, 1050 Bruxelles, www.orlanda.store, http://bielo.co

 

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