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Le Lady Dior: un it-bag toujours inspirant

Lady Dior Toile Grise ©Pol Baril

La nouvelle édition de sacs à main ‘Dior Art Lady’ a été présentée à Art Miami le mois dernier. L’art et la manière de faire du sac chouchou de Lady Di une source d’inspiration  exclusive pour les artistes.

Chaque femme a son avis sur la question: certaines le préfèrent robuste et un brin volumineux, d’autres plutôt petit et frivole. Une chose est sûre: Gianfranco Ferré a conçu le sien pour en faire un chouchou. Précisons qu’il s’agit ici de sac à main… L’Italien, alors directeur artistique chez Dior, a conçu le premier sac pour la collection haute couture, en 1995.

Malgré cet entourage privilégié, il n’aurait jamais osé rêver d’une telle fan pour son sac. Pour le motif du cuir, Ferré a choisi le cannage, un classique du répertoire Dior, imaginé par Christian Dior lui-même comme un clin d’œil à l’assise des chaises Napoléon III sur lesquelles prenaient place ses invités lors des défilés de mode, au 30 avenue Montaigne à Paris.

Il suffit de googler ‘princesse Diana’ et ‘Dior’ pour constater l’importance de la relation.

La création de Ferré évoquait un minuscule sac de shopping: un corps carré minimaliste, des poignées semi-circulaires et quatre ‘charms’ reprenant les lettres D I O R. Mais, comme s’il savait déjà que ce petit bijou était promis à un glorieux avenir, il le baptisa ‘Le Chouchou’.

©Pol Baril

Nouvel it-bag

Lady Dior ©Johan Braun

Automne 1995. Une commande de dernière minute pour le Palais de l’Élysée arrive chez Dior. Les Chirac vont recevoir Diana Spencer, qui se rend à Paris pour l’inauguration d’une exposition consacrée à Cézanne. Comme les invités de haut rang sont toujours accueillis comme il se doit, et d’autant plus la Princesse de Galles, Bernadette Chirac, alors première dame, a l’idée de passer commande d’un sac à main chez Dior à son intention.

Les ateliers de la Maison s’exécutent en un temps record. Le Chouchou, dont seul le prototype a été présenté, fait sa première apparition mondiale au bras de la femme la plus observée de l’époque. Une première qui marque le début d’une belle histoire: bientôt, la princesse Diana est repérée aux quatre coins du monde avec, à son bras, différentes versions de ce sac. En effet, il lui plait tellement qu’elle a commandé l’assortiment complet.

Il suffit de googler ‘princesse Diana’ et ‘Dior’ pour constater l’importance de la relation: on peut voir Diana au Gala du Met à New York, dans une slip dress de John Galliano, successeur de Ferré chez Dior, ce petit sac à la main. On trouve également un cliché sur lequel elle apparaît avec ce sac, un petit garçon dans les bras. Sur d’autres photos, entourée de militaires, elle se dirige vers un hélicoptère avec pour seul bagage à main... ce sac. Les boutiques Dior sont dévalisées: un nouvel it-bag est né.

Sex and the City

Het ontwerp van Raqib Shaw ©JOAN BRAUN

Depuis lors, ce sac à main n’a plus quitté la collection permanente de Dior. Il est disponible en trois tailles, à partir de 2.700 euros. Suite à l’accident qui coûta la vie à Lady Di, ‘Le Chouchou’ est rebaptisé ‘Lady Dior’, en hommage à son élégante marraine. Ensuite, une autre bonne fée se penche sur le berceau du sac: Maria Grazia Chiuri qui, depuis 2016, est la directrice artistique de la Maison de luxe, et c’est une première.

Tant pour les femmes que pour les chiffres (d’affaires), l’Italienne connaît mieux que quiconque l’importance d’un bon sac à main. En effet, la maroquinerie constitue depuis longtemps le pilier de l’industrie de la mode, où la popularité des sacs de designers au (Moyen-)Orient garantit la majorité des revenus.

À propos de la dame de fer Margaret Thatcher, première femme à exercer les fonctions de Premier ministre au Royaume-Uni, de 1979 à 1990, on déclarait parfois avec dédain que son sac était sa ‘weapon of choice’. Pour Maria Grazia Chiuri, cette arme a bâti sa réputation: c’est elle qui a créé le sac Baguette pour Fendi, devenu mondialement célèbre au bras de Carrie Bradshaw dans ‘Sex and The City’.

Les studs qui ornent les accessoires de Valentino, et font désormais partie de l’ADN, sont également sortis de son imagination. Si sa première collection Dior a d’abord été remarquée pour les slogans ‘We should all be feminists’, ce sont les sacs à main qui ont volé la vedette dans les boutiques et sur de nombreux fils Instagram.

Depuis lors, Chiuri a remis Dior en selle dans le domaine du sac à main, notamment en relançant le Saddle Bag et les modèles en toile monogrammée. Tant avec des créations propres, comme le Montaigne 30, qu’en donnant carte blanche à d’autres -créateurs de mode ou artistes- pour réinterpréter les classiques Dior.

Lady Dior Toile Grise ©Pol Baril

Fabricage en Italie

De 3D-parelmotieven van de Zuid-Afrikaanse kunstenaar Athi-Patra Ruga ©Emma Ledoyen

À Scandicci, une petite ville faussement tranquille des environs de Florence qui fait partie des centres historiques de la culture italienne et de la maroquinerie, on en sait quelque chose: derrière les portes grises d’un hangar, des artisans en blouse blanche déambulent entre les machines high-tech - même si leurs mains restent leurs outils les plus précieux.

"Chaque prototype de sac qui fait son apparition sur le catwalk voit le jour à Florence. Après l’approbation de la signora Chiuri, il est mis en production sur d’autres sites italiens, dont Naples. Un sac à main standard peut être fabriqué mécaniquement, mais le travail manuel est une règle d’or pour les prototypes. J’étudie actuellement si les maillons de la bandoulière peuvent être fabriqués en or véritable, un matériau plus fragile", détaille Valentina, responsable R&D.

Chaque prototype de sac qui fait son apparition sur le catwalk voit le jour à Florence.

Laura est une artisane de 29 ans qui, pour l’occasion (c’est la première fois que Dior ouvre les portes de ses ateliers), révèle quelques secrets du Lady Dior. D’un geste sûr, elle découpe les 144 pièces de cuir, les moule sur une forme en chêne, ce qu’elle considère comme "la partie la plus importante du processus" , et colle le cuir souple sur les poignées renforcées.

C’est ici également qu’arrivent les sacs usés ou endommagés pour une cure de jouvence. En deux ans seulement, Laura est passée du statut d’infirmière en premiers soins à celui d’artisane à part entière, sachant fabriquer un sac de A à Z. Curieusement, elle reste muette lorsque nous lui demandons combien d’heures de travail nécessite un tel sac. "Everybody wants our secrets", répond Valentina à sa place. "Gucci et Balenciaga ont des ateliers dans la même rue."

Ce qui implique un autre défi. L’essor du secteur des sacs à main est un atout de taille, mais nécessite des mains pour les fabriquer. Or, à part quelques fous, qui rêve aujourd’hui d’une carrière dans la maroquinerie? Afin de s’assurer un réservoir de main-d’œuvre, la maison-mère, LVMH, a lancé sa propre école, en collaboration avec Polimoda, une école de mode réputée de Florence. Les élèves passent la moitié du temps sur les bancs de l’école et l’autre derrière les plans de travail en marbre de la manufacture.

Lady Art Dior 

Het ontwerp van de Franse kunstenares Marguerite Humeau ©VALENTIN HENNEQUIN

Ce qui est nécessaire, car, surtout pour les créations spéciales, la fabrication d’un sac à main est comparable à l’architecture. Stefania, qui travaille chez Dior depuis plus de douze ans, confie: "Les broderies, les variétés de cuirs, les pierres ornementales... Tous ces éléments ont une influence sur la façon dont un sac est assemblé."

Comme celui de la collection croisière avec des broderies africaines: même le fil à broder a une influence sur le processus de fabrication. Sans parler des sacs Lady Art Dior que Chiuri a créés il y a quatre ans. Depuis lors, de jeunes artistes émergents, choisis par Dior, ont chaque année carte blanche pour laisser libre cours à leur créativité. Des défis que relèveront les artisans de Florence.

Everybody wants our secrets. Gucci et Balenciaga ont des ateliers dans la même rue.

La nouvelle collection Lady Art Dior, disponible uniquement en ligne, se compose de sacs ornés de motifs 3D en perles brodées, comme ceux de l’artiste sud-africain Athi-Patra Ruga. L’artiste indo-britannique Raqib Shaw a, quant à lui, imprimé les sacs, et la française Marguerite Humeau a imaginé une version ondulée. Reçoivent-ils parfois des propositions impossibles à réaliser?

"Bien sûr", répond Stefania en souriant. "Pour Humeau, nous avons trouvé la solution grâce à une imprimante 3D." Et qu’en est-il si quelqu’un demande quelque chose de réellement impossible? "Ici, nous disons rarement non. Nous cherchons un compromis."

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