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Le powercouple de la haute couture

En 2014, Ralph & Russo, formé par le couple d'Australiens Tamara Ralph & Michael Russo, a marqué l’histoire de la haute couture en devenant la première marque britannique à être invitée à présenter sa collection lors de Fashion Week de Paris.

Beyoncé en est folle, tout comme Gwyneth Paltrow. Angelina Jolie arborait le label pour son audience chez the Queen. Partie d'une seule machine à coudre, la maison de mode britannique Ralph & Russo gagne en aura dans la sphère très sélect de la haute couture. Leur nouvelle collection a été présentée le 25 janvier dernier à Paris, lors de la Fashion Week.

Un sombre bloc de bureaux au coeur de Londres. Personne n'imaginerait qu'ici, au 22ème étage, est établie l'une des plus grandes maisons de mode du moment. Il faut dire que l'histoire de Ralph & Russo est tout sauf classique. En janvier 2014, c'était la première fois qu'une maison de mode britannique était jugée digne de présenter sa collection lors de la Fashion Week de Paris. Dans quelques jours, elle sera une nouvelle fois de la partie.

©Toby Coulson / The Telegraph

Ralph & Russo fait référence aux noms des deux fondateurs du label couture, Tamara Ralph, directrice artistique, et Michael Russo, son partenaire d'affaires et compagnon. Alors que d'autres maisons de haute couture sont actives depuis plusieurs décennies, Ralph & Russo, un couple d'Australiens, se sont lancés avec une machine à coudre et une planche à repasser il y a dix ans à peine. Aujourd'hui, ils comptent plus de 600 clientes.

Pas étonnant que seules les très grandes stars arborent leurs créations: Angelina Jolie portait une robe du duo lorsqu'elle a été faite Dame Commandeur et Beyoncé s'est trémoussée en Ralph & Russo pendant sa tournée. On connaît également la robe rose asymétrique dans laquelle Gwyneth Paltrow est apparue l'an dernier lors de la cérémonie des Oscars et la robe de mariée noire de la chanteuse britannique Cheryl Cole.

Formule magique
En 2013, Tamara Ralph et Michael Russo figuraient déjà dans le magazine américain Fortune sur la liste des 40 entrepreneurs de moins de 40 ans. À côté de pointures telles que Mark Zuckerberg ou les dirigeants de Twitter et Airbnb, ils étaient les seuls représentants du monde de la mode. Et leurs affaires marchent plutôt bien. Le label Ralph & Russo se développe au rythme impressionnant de 400% par an et neuf chiffres ont été nécessaires pour exprimer la valeur de l'entreprise lorsque le milliardaire John Caudwell, qui a fait fortune grâce à la téléphonie mobile, a acheté 7% des actions l'an dernier.

Nous faisons beaucoup de robes pour les mariages royaux. Sur ce marché, nous sommes les plus grands.
Michael Russo

Quelle est leur formule magique? C'est ce que nous nous demandons en traversant leur atelier en admirant une époustouflante vue panoramique sur Londres: les jardins de Buckingham Palace, la Tamise, le London Eye et bien au-delà. "C'était vraiment sympa de regarder les feux d'artifice du Nouvel An d'ici", déclare Russo, 35 ans à peine, avec un enthousiasme juvénile. Grâce à ses relations et, surtout, son compte en banque, Russo pourrait aller admirer des feux d'artifice quand et où il veut, dans des contrées certainement plus exotique si le coeur lui en disait. Mais Londres lui convient très bien, affirme-t-il.

Ralph et Russo possèdent une courtoisie qui semble venir d'un autre âge, mais correspond à merveille au monde dans lequel ils évoluent. Russo marche à côté de Ralph, très gracieuse dans sa blouse blanche et sa jupe noir jais, la main passée autour de sa taille fine, la tête tournée vers elle tandis qu'elle parle.

Tamara Ralph, 33 ans, une blonde discrète aux traits fins, s'avère plus silencieuse que le bavard Russo, mais plus prompte à riposter avec humour. Son domaine, c'est l'atelier. Alors que Russo semble impressionné par la complexité de chaque nouvelle création, Ralph reste modeste, avec la grâce qui lui est propre. Les créations sont magnifiques, mais elle les juge le plus souvent "assez jolies". Dans leurs salons où ils reçoivent leurs clientes, répartis sur sept étages à Mayfair, elle me montre une robe de mariée ayant nécessité pas moins de 600 mètres de tulle qu'elle trouve "pas mal".

La finale du défilé Printemps-Été 2016 à Paris. ©Getty Images

De Dubaï à la Russie
Plus d'une centaine de femmes travaillent dans l'atelier. Brodeuses, essayeuses, créatrices, spécialistes de la toile, du velours ou de la soie, elles viennent du monde entier et sont les meilleures dans leur métier. À titre de comparaison, septante personnes travaillent dans les ateliers de Chanel. "Celles qui viennent travailler ici sont souvent surprises quand elles voient comme c'est grand", ajoute fièrement Russo. Mais cet espace est nécessaire.

En ce moment, pas moins de 150 robes sont en production. Certaines sont des commandes privées de la dernière collection pour des clientes de Dubaï, de Russie ou de Grèce. D'autres sont destinées au prochain défilé haute couture qui se déroulera à Paris dans quelques jours. La création la plus ordinaire, une robe de velours noir à manches longues luxueuse et raffinée est la classe à l'état pur. D'autres créations demandent plus de tissu que cent robes de marques de confection.

Le département de broderie emploie trente artisans, la plupart parlant français. Une équipe créative dessine des motifs détaillés. Un peu plus loin, avec du fil d'argent et d'or, des milliers de cristaux Swarovski, de minuscules perles, des plumes peintes à la main et d'innombrables petites fleurs identiques en dentelle, les brodeuses réalisent toutes sortes de merveilles.

Chaque création représente une quantité impressionnante d'heures de travail. Pour une seule robe, pas moins de six semaines et soixante "petites mains" sont nécessaires. Ralph sait exactement à quel stade se trouve chacune des robes en production. De la première coupe au dernier point, elle tient à tout suivre dans les moindres détails. "Les couturières n'aiment pas me voir arriver parce qu'elles savent déjà que je vais leur faire l'une ou l'autre remarque ", plaisante-t-elle. "La haute couture, c'est autant ce que l'on ne voit pas que ce que l'on voit."

Tamara Ralph & Michael Russo viennent saluer les invités à la fin de leur défilé, lors de la Fashion Week de Paris le 25 janvier dernier. ©Getty Images

Un 'Body' pour chaque cliente
De l'autre côté de l'atelier, six femmes sont en train de monter des mannequins. Chaque nouvelle cliente a son propre 'body', réalisé spécialement pour elle. Pour chaque cliente, pas moins de 35 mesures sont prises, car la réplique doit être précise, au millimètre près. Nous voyons beaucoup de corps sveltes, mais aussi certains plus ronds. "Nous habillons toutes les silhouettes", souligne Ralph. "Certaines clientes ont plus d'un 'body' afin que nous puissions voir comment évolue leur taille au fil des mois." Nous avons devant nous celui de Gwyneth Paltrow, magnifié par une robe que nous ne sommes pas autorisés à décrire.

Les clientes commandent généralement des robes des collections qui ont été présentées à Paris. Elles peuvent ensuite les faire modifier légèrement, mais Ralph & Russo ne réalise qu'une seule version de chaque création par pays pour assurer l'exclusivité. "Tout le monde ne peut pas se permettre nos modèles", déclare Ralph, qui n'a pas peur des euphémismes. "Pourtant, nous recevons des centaines de demandes par semaine."

Il faut au moins six semaines avant qu'une commande ne soit achevée, mais certaines clientes ne peuvent pas attendre aussi longtemps. Ralph & Russo a donc modernisé le modèle haute couture en ouvrant quelques boutiques, notamment chez Harrods à Londres. Pour celles qui sont pressées, les robes peuvent être rapidement mises à mesure. Ce service représente 50% du chiffre d'affaires.

Difficile d’évaluer la quantité de travail que nécessite chaque vêtement, mais chacune des pièces montre tout le savoir-faire de la jeune maison britannique et de ses petites mains. ©Toby Coulson / The Telegraph

Les 50% restants se développent comme jamais auparavant. Avec six cents robes couture par an, le label se rapproche progressivement de Chanel. Les robes de mariée sont les plus nombreuses. "Nous faisons beaucoup de robes pour les mariages royaux étrangers", explique Russo. "Sur ce marché, nous sommes les plus grands." Mais le marché des vêtements pour enfant est en plein essor également. "Notre plus jeune cliente est un bébé", ajoute Ralph.

Tamara Ralph a toujours su qu'elle était destinée au monde de la haute couture. Sa mère et sa grand-mère réalisaient déjà des robes pour les dames de la haute société de Sydney et Tamara n'avait que dix ans lorsqu'elle a commencé à coudre. "La mode, il n'y avait que cela qui comptait. Quand je rentrais de l'école, je m'installais directement derrière ma machine à coudre."

À quinze ans, elle a déjà ses premières clientes, des femmes de la haute société ou du monde des affaires de Sydney. Pourtant, son père veut qu'elle étudie la finance. "Il m'a fallu du temps pour le convaincre. Maintenant, il pense que j'ai fait le meilleur choix possible", ajoute Tamara Ralph en souriant finement.

Aller simple
Elle a rencontré Michael Russo, alors conseiller financier, en 2003, lors de son premier jour de vacances à Londres. C'est le début d'une relation longue distance, jusqu'au jour où, un an plus tard, Russo l'appelle pour lui annoncer qu'il lui a réservé un vol pour Londres. Un aller simple, bien entendu. "La semaine suivante, je bouclais mes valises et je partais m'installer en Europe. Quand je suis arrivée, je lui ai dit 'Bon, maintenant que je suis ici, qu'est-ce que je fais?'. Il m'a répondu qu'il y avait déjà réfléchi et qu'il avait acheté une machine à coudre."

Ralph & Russo Couture Spring Summer 2016 Paris

Dans ses valises, Ralph avait apporté une petite collection de robes qu'elle a vendue à un associé de Russo. Celui-ci en a parlé à ses amis, puis tout est allé très vite. "Je pense qu'au début, nous avons investi environ 200 livres", se souvient Russo. "Nous vendions une robe et, avec cet argent, nous achetions du nouveau tissu ou une table."

Aujourd'hui, Ralph & Russo est une entreprise qui pèse plusieurs millions, mais ce n'est que le début. "Nous avons le label et le prestige, nous pouvons développer d'autres produits", commente Russo. "Lifestyle, accessoires, confection... Là, nous pourrons parler de big business. Il ne faut pas aller trop vite."

© The Telegraph

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