sabato

Les perles, arme blanche de Kamala Harris

©Studio-Renee Bouchard

La vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, a fait des perles son bijou signature. Un "power statement" qui est bien plus qu’un simple parti pris fashion.

Toute femme de pouvoir le sait: sa tenue fait (malheureusement) couler autant d’encre que son boulot. Sa solution? Utiliser ses tenues pour faire passer des messages.

Les bijoux, en particulier, sont un excellent véhicule. Lors de la visite d’État de Donald Trump, la reine Elizabeth II portait une broche que lui avait offerte son prédécesseur, Barack Obama. Pour souligner son identité dans un univers très masculin, la doyenne de la Cour Suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg (la célèbre ‘RBG’, décédée l’année dernière), portait des bijoux et des cols sur sa stricte robe noire.

Cependant, rares sont celles qui l'ont aussi bien compris que la nouvelle vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris. Depuis sa première apparition auprès de Joe Biden, elle a choisi de porter des perles lors de pratiquement toutes ses apparitions publiques.

©Shutterstock

Ces "Power Pearls" ont même déclenché un mouvement sur les réseaux sociaux: la veille de son investiture, le hashtag #chucksandpearls (Converse et perles) s’est propagé dans le monde entier, mettant en valeur le style de Kamala Harris: les perles et les sneakers Converse.

Le groupe Facebook United by pearls, qui compte près d’un demi-million de membres, avait appelé à porter des perles le jour de son investiture. Ainsi, lors de la cérémonie, qui s’est déroulée le mois dernier, impossible de passer à côté d’une cascade de perles: hormis Harris, la première dame Jill Biden portait une robe au col brodé de perles, tandis que Jennifer Lopez avait combiné son costume Chanel blanc avec de grandes boucles d’oreilles en perles, deux bracelets en perles et une ceinture en nacre.

Signification personnelle

N’est-il pas paradoxal que les perles soient une valeur sûre de la première vice-présidente de couleur, née d’une mère indienne et d’un père jamaïcain?

N’est-il pas paradoxal que les perles soient une valeur sûre de la première vice-présidente de couleur, née d’une mère indienne et d’un père jamaïcain? Pendant des décennies, perles fines, tailleur strict et coupe de cheveux soignée ont été l’uniforme des conservatrices: on peut citer Nancy Reagan, Barbara Bush ou la Première ministre britannique Margaret Thatcher. Alors, pourquoi les voit-on aujourd’hui sur la représentante de la diversité au sein de l’administration Biden, plutôt censée attirer la sympathie des électeurs libéraux?

Ce qui ne passe jamais inaperçu lors des sorties officielles de Kamala Harris: ses colliers de perles aux messages subliminaux. ©Belga Image

Les perles de Harris ont aussi et avant tout une signification plus personnelle, car sa prédilection pour cette parure remonte à l’enfance. Dans ses mémoires, qu’elle a rédigé en 2019, elle raconte qu’un certain Howard, mentor de sa mère, lui avait offert un collier de perles du Japon. "Depuis lors, les perles font partie de mes bijoux préférés", écrit-elle.

Mais il y a une autre raison: Harris a étudié l’économie et les sciences politiques à la célèbre Université Howard, où elle était membre de la sororité Alpha Kappa Alpha, une société universitaire féminine (tout comme la militante des droits civiques Rosa Parks, l’écrivaine Toni Morrison et la chanteuse Ella Fitzgerald). Lors de l’initiation, chaque membre reçoit une broche ornée de vingt perles, en référence aux fondatrices de la sororité, appelées les "Twenty Pearls". Sur la photo de sa remise de diplôme, en 1986, Harris porte un collier de perles blanches avec des boucles d’oreilles assorties.

Andy Warhol

Le collier de perles que Harris a choisi pour la cérémonie d’investiture est symbolique aussi. Il a été conçu par le designer portoricain basé à New York, Wilfredo Rosado, ex-ami et muse d’Andy Warhol et ex-directeur de la mode de Giorgio Armani. Il a lancé sa propre ligne de bijoux de luxe, il y a dix ans et l’année dernière, il a présenté W.Rosado, une collection contemporaine de bijoux personnalisés où chaque perle est incrustée d’un symbole ou d’une lettre en or ou en pierre précieuse.

Les perles font aussi le lien avec Michelle Obama. ©Shutterstock

Pour la Vice-présidente, Rosado a créé un bijou en perles dans lequel il a fusionné l’idée de force et de féminité: en combinant des perles et des diamants à des maillons elliptiques en or jaune, comme un clin d’œil aux grosses chaînes des artistes hip-hop. Un concept de bijou à mille lieux des perles portées autrefois par les femmes de pouvoir donc. D’ailleurs, Rihanna, ASAP Rocky, Pharrell Williams et Harry Styles sont aujourd’hui régulièrement repérés avec des perles.

Les perles font aussi le lien avec une autre power lady américaine. Il y a quelques années, Rosado avait réalisé une paire de boucles d’oreilles en perles et diamants pour Michelle Obama qui, en tant que première dame, n’avait pas pu accepter le cadeau. Barack Obama, très gentleman, en a profité pour les offrir à son épouse pour son anniversaire. Il avait visiblement bien compris le message de Coco Chanel: "Une femme a besoin de cordes et de cordes de perles."

Les perles à boire de Cléopatre

C’est à Cléopâtre que revient l’idée de transformer les perles en arme fatale. Pour étaler la richesse de l’Égypte à la face du général romain Marc Antoine, elle le met au défi d’organiser le banquet le plus fastueux. Les mises en bouche étaient assez ordinaires, ce qui a fait croire au Romain qu’il gagnerait facilement. Mais quand vint la suite, une coupe de vinaigre, il se figea quand il vit Cléopâtre enlever une de ses boucles d’oreille en perles pour la plonger dans le vinaigre. La perle se dissout immédiatement. Cléopâtre vide alors la coupe d’un trait et Marc Antoine dut s’avouer vaincu: l’Égypte était bien plus riche que Rome.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité