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Une bib' de fringues

Le rêve de Veerle Spaepen et Emelie Vervecken, fondatrices des ReBelles d’Anvers, est que leur initiative trouve un écho international. "Voyager sans valises et louer des vêtements dans la bibliothèque à vêtements locale, ce serait génial!"

Elles rêvent d'une bibliothèque de vêtements à l'échelle mondiale. "Le concept ne peut que plaire: on peut désormais porter des pièces de créateurs sans fâcher son banquier", explique Veerle Spaepen. Avec Emelie Vervecken, elle est la force motrice derrière Les ReBelles d'Anvers, la première 'bibliothèque de mode' de Belgique qui ouvre le 22 avril.

C'est la première fois depuis des mois qu'elles boivent un verre ensemble, affirement-elles. Veerle a donné naissance à son premier enfant, une petite fille, il y a trois semaines et, ces neuf derniers mois, elles n'ont eu que des réunions "sobres". Mais, des réunions, elles en ont eu! C'est somme toute logique lorsqu'on veut lancer un projet comme le leur: une boutique anversoise qui proposera dès le 22 avril des vêtements à la vente et à la location. En réalité, c'est un violon d'Ingres qui a pris de l'ampleur, car elles ont toutes les deux un autre emploi à plein temps: Veerle Spaepen travaille chez Plan C, une asbl qui se consacre à la gestion de matériaux durables, et Emelie Vervecken possède une agence de talents pour l'industrie du cinéma. C'est Veerle qui a eu l'idée de la boutique: "Avec le Flanders Fashion Institute, j'ai mis sur pied un projet qui s'appelait 'Fashion Flows' et qui portait sur la façon de faire de la mode circulaire ou durable. Une bibliothèque de vêtements était une idée qui me plaisait. J'ai expliqué le concept à Emelie et nous nous sommes dit: essayons, mais en vrai!"

Les ReBelles d’Anvers ont l’ambition d’être plus qu’une simple bibliothèque de mode, avec des vêtements de jeunes talents belges. "Nous nous rebellons contre la fast fashion".

Pas de Dries Van Noten
Pouvoir porter des pièces de créateurs sans fâcher son banquier, tel est l'objectif principal des ReBelles d'Anvers. Avec un abonnement (50 euros par mois, ou 120 euros pour trois mois) ou une carte de dix (également à 120 euros), les clients des ReBelles d'Anvers ont accès aux collections, qui, outre des valeurs établies, mettent à l'honneur des designers belges débutants tels que Doriane de Overeem, Eline Van Ree et Red Juliet. Les vêtements devront être restitués au bout de 14 jours maximum, après quoi ils partiront au nettoyage à sec avant de se retrouver à nouveau à disposition. "90% des pièces que nous proposons viennent de créateurs belges. Quand nous l'annonçons, les gens s'imaginent directement qu'il s'agit de pièces signées Dries Van Noten, Tim Van Steenbergen et tous les autres noms connus, alors qu'au contraire, nous souhaitons présenter la nouvelle génération. Nous sommes très fières des talents que nous avons ici et qui sont encore sous-estimés. Il est temps de les découvrir."

La boutique propose ainsi une savant mélange de pièces neuves et de pièces vintage, un choix délibéré. "Nous avons une philosophie 'no waste': nous ne voulons pas que quelque chose soit spécialement mis en production pour nous. Les vêtements que nous proposons doivent être fabriqués de manière durable et pouvoir durer longtemps. C'est ça, la qualité. Tout sauf de la fast fashion."

Spaepen et Vervecken ont notamment conclu des accords avec des créateurs. "Ce que nous proposons, cela peut aussi bien être des pièces qui ont servi à la presse que des pièces de la saison précédente, des excédents de stock ou des pièces de la nouvelle collection."

En outre, le duo veut être plus qu'une simple bibliothèque de vêtements de mode. "Les pièces de créateurs que nous proposons à la locaton seront également mises en vente. Et nous tenons aussi à ce que Les ReBelles d'Anvers soient un lieu de rencontre. Avec nos 'Confashions', nous voulons offrir un regard sur le fonctionnement de l'univers de la mode. Nous inviterons des designers, des journalistes, des blogueurs, des gens qui travaillent autour de la mode. Nous allons organiser des ateliers et des présentations de livres, le programme est d'ailleurs encore loin d'être définitif."

Coup de tête
Il y a quelques années, LXP, une initiative similaire mais haut de gamme, avait déjà vu le jour à Anvers. Cependant, cette boutique où l'on pouvait louer une robe de soirée Balmain, des escarpins Nina Ricci ou une pochette Marc Jacobs a mis la clé sous la porte. Cela ne les a-t-elles pas effrayées? "C'est vrai, on nous pose régulièrement la question. Mais, la location était limitée à un week-end, alors que chez nous, c'est deux semaines. Les consommateurs 'next generation' sont à la recherche d'alternatives et l'économie du partage est désormais bien plus ancrée dans l'esprit des gens aujourd'hui qu'à l'époque: Airbnb, Cambio,... on s'est habitué à pouvoir tout partager."

Malgré ces voyants au vert, les deux Anversoises restent prudentes. "Comme cela ne s'est encore jamais fait en Belgique, nous ne savons pas ce dont les fashionistas ont réellement besoin. C'est pourquoi nous allons tester le concept pendant trois mois. Cette phase de test est importante: nous voulons montrer aux investisseurs potentiels que nous y avons réfléchi sérieusement et que nous y consacrons tout notre temps. Nous ne nous sommes pas lancées dans cette aventure sur un coup de tête: nous ne sommes pas deux fillettes qui veulent jouer à la marchande!" (Rires)

Rebelles positives
Leur rêve ultime? Pouvoir voyager sans valises et louer des vêtements dans une bibliothèque à vêtements de leur destination, tout simplement. "Ce serait génial! À Anvers, on pourrait choisir parmi des vêtements de créateurs anversois et, ailleurs, de créateurs locaux. Du reste, nous avons déjà reçu des demandes pour un 'ReBelles de Bruxelles' et un 'ReBelles de Gand', mais ce sont des projets à long terme. À court terme, nous voulons développer un volet en ligne, afin de pouvoir toucher des gens hors de la périphérie anversoise."

Et elles veulent atteindre un large public. "Dans notre esprit, il s'agit de consommateurs en quête de valeur ajoutée. Nous, en fait! (Rires) Des gens qui ont un peu d'argent à dépenser et sont ouverts à de nouveaux labels. Nous aurons probablement plus de mal à convaincre les plus de 50 ans." Dernière question: d'où vient leur nom? "Nous nous rebellons contre le système existant de la fast fashion, mais de manière positive, en proposant une alternative. Mais il y a aussi un jeu de mots sur 're-belle', être belle à nouveau. Nous y avons réfléchi, vous savez!"

50 euros pour un mois, 120 pour 3 mois (ou pour 10 emprunts). Un emprunt unique revient à 35 euros. www.lesReBellesdanvers.be

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