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De Claude François à Keith Haring: souvenirs nostalgiques de Knokke

Le casino de Knokke en 1928, conçu par Léon Stynen. ©Collectie Vlaams Architectuurinstituut

Vous saviez que Josephine Baker adorait les gaufres de Marie Siska? Et que Keith Haring a passé l'été au casino? Au nom du bon vieil été au bord de la mer, quelques souvenirs surprenants de Knokke.

Été 1951: La "première ratée" de Charles Aznavour

Hélas, il n’y a aucune image de la première"‘performance" de Charles Aznavour à Knokke en juillet 1951: cela n’a duré que le temps d’une chanson. ©Roger Viollet via Getty Images

Les 27 et 28 juillet 1951, la grande dame de la chanson française, Édith Piaf, se produit au casino de Knokke, considéré à l’époque comme le Monte-Carlo de la côte belge. Une carte de visite qui ouvre des portes! La chanteuse demande à Charles Aznavour, encore inconnu, d’assurer la première partie.

Mais ce choix n’est pas du goût de Gustaaf Nellens, le directeur du casino. Pendant la première chanson d’Aznavour, il se précipite dans la loge de Piaf et lui dit qu’il n’y en aura pas de deuxième: "Ce type a la voix de quelqu’un qui regarde la mort dans les yeux!", s’exclame Nellens. "Sa voix est enrouée comme s’il avait trop chanté, alors qu’il ne fait que commencer!"

L’artiste "à la voix de quelqu’un qui regarde la mort dans les yeux" décède en 2018, après avoir vendu pas moins de 190 millions de disques durant sa carrière.

Été 1961: Josephine Baker chez Marie Siska

Ce jour de l’été 1961, Joséphine Baker laisse chez elle ses célèbres tenues de scène pour emmener ses douze enfants adoptifs chez Marie Siska. Après une carrière à Broadway et aux Folies Bergères, la danseuse, chanteuse et actrice américaine se marie avec un Français et s’installe définitivement en France en 1937. Le couple s’installe au château des Milandes en Dordogne, ce qui n’empêche pas l’artiste de poursuivre son combat en faveur des droits des Afro-Américains aux États-Unis, au grand agacement des autorités américaines.

Joséphine Baker avec l’un de ses enfants adoptifs, dans le jardin de Marie Siska, et l’hôtesse Georgette.

"Lorsqu’elle est arrivée ici pour la première fois, tout le monde est tombé sous le charme de sa ‘tribu arc-en-ciel’", raconte Stefan Dossche, propriétaire de la plus célèbre enseigne de gaufres de Belgique. "Après une fausse couche en 1941, elle a adopté des enfants des quatre coins du monde. Et comme mes parents avaient lu qu’après une nouvelle rupture amoureuse, elle connaissait des difficultés financières, ma mère lui a offert le dîner, à elle et à ses douze enfants."

Ce geste l’a fort touchée. "Elle a étreint ma mère, l’a embrassée et lui a murmuré à l’oreille: "En Amérique, on me mettrait en prison pour avoir embrassé une blanche." Joséphine Baker est décédée en 1975. Quarante-cinq ans plus tard, l’égalité entre Blancs et Noirs n’est toujours pas acquise aux États-Unis.

1977: des huées pour Claude François

Un an avant son tragique décès en 1978, Claude François, le chanteur et  bourreau des cœurs français, arrive au casino de Knokke pour un spectacle à guichets fermés. Dans l’après-midi, l’équipe de ce temple du jeu et du divertissement décharge trois camions de cinq tonnes contenant le matériel de spectacle de l’artiste et le met en place.

Claude François a fait patienter le public de Knokke jusqu’à 23 heures avant de monter sur scène. ©Getty Images

Le public est prêt, mais, à 22h30, la vedette refuse toujours de monter sur scène. Staf Knop, programmateur du casino, entre dans sa loge et prie Cloclo, qui n’a pas encore revêtu sa tenue de lumière, de ne pas faire attendre son public plus longtemps. Ce dernier lui répond: "Laissez-les chauffer un peu."

Knop craint que le public chic de Knokke ne soit bousculé (on entend déjà des huées), mais il a aussi une autre raison, plus pratique, d’inciter Cloclo à se dépêcher: il est convenu que l’équipe qui a assuré l’installation du matériel puisse rentrer chez elle à minuit.

À 23 heures, Claude François monte enfin sur scène. "Ce que nous avons vécu ce soir-là était sans précédent", écrira plus tard Knop dans son livre "I remember". "En un rien de temps, il avait conquis la salle. Et à la fin du spectacle, à une heure et demie du matin, il a été ovationné pendant plusieurs minutes."

Le rideau tombé, le chanteur et ses danseuses, les Claudettes, ont un sérieux problème: comme l’équipe du casino est partie à minuit comme prévu, la vedette et son entourage doivent charger les camions. Cela va prendre du temps, jusqu’à l’aube.

Cloclo disparaîtra moins d’un an plus tard, électrocuté en changeant une ampoule alors qu’il prenait son bain.

1987: Keith Haring se sent chez lui

"Summer 87" a été l’été où tout a changé. Du moins à Knokke-le-Zoute. Lorsqu’on a conseillé à Roger Nellens, knokkois d’origine, artiste, collectionneur d’art et, à l’époque, organisateur des expositions du Casino de Knokke, d’inviter pendant la haute saison l’artiste new-yorkais Keith Haring (1958-1990), personne ne pouvait imaginer que les conséquences seraient aussi radicales, profondes et permanentes.

Keith Haring a passé l'été 1987 à Knokke.

Tout d’abord, pour Haring lui-même, pour qui Knokke était devenu le seul endroit où, selon ses propres dires, il se sentait "chez lui". Mais aussi pour tous ceux qui l’ont côtoyé durant cet été.

Grâce au journal de l’artiste disparu, Sabato a retracé minutieusement les "vacances d’été" de Haring. Nous avons rencontré les principaux protagonistes de l’époque, ses amis et connaissances, mais aussi sa galeriste et même son médecin. Qu’en est-il ressorti? L'article sur la reconstitution de l'été de Keith Haring à Knokke est à lire ici.

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