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Expo photo: des grands photographes enterrent le mâle alpha

Thomas Dworzak, Taliban portrait. Kandahar, Afghanistan. 2002. ©Collection T. Dworzak / Magnum Photos

Que signifie "être un homme" en cette époque de #MeToo, des vêtements ‘gender neutral’ et de ‘OK boomer’? Une exposition de photographies au Barbican Centre à Londres tente une réponse.

Les temps sont durs pour la virilité à l’ancienne. ‘Toxic masculinity’ est un concept bien établi depuis #MeToo. ‘OK boomer’ cloue le bec des dirigeants mondiaux. Gillette a envoyé balader le dieu Ken rasé de près.

Que ce soit une bonne chose ou non, en 2020, la façon d’être un homme est plus que jamais scrutée et analysée. Pharrell Williams pose en robe Valentino pour la couverture du magazine GQ. Harry Styles se pavane en blouse à volants au Gala du Met. Oui, les nouvelles interprétations de la virilité gagnent du terrain.

Et, comme l’illustre le Barbican Centre à Londres, il ne s’agit pas d’une mode deplus. En effet, une exposition présente le travail de plus de cinquante photographes qui, tous, enterrent le mâle pur porc à l’ancienne. Des années 1960 à nos jours, de l’underground au mainstream.

"Suite à ce que  #MeToo a dénoncé, cette expo ne pouvait être plus pertinente", déclare Alona Pardona, commissaire de ‘Masculinities: Liberation through Photography’. "En même temps, la crise de l’image classique de l’homme couvait depuis la révolution sexuelle. À travers l’objectif de jeunes photographes et de noms établis, nous esquissons une image plus nuancée de ces codes."

John Coplans, Self-Portrait (Frieze No. 2, Four Panels), 1994. ©The John Coplans Trust, Tate: Presented by the American Fund for the Tate Gallery 2001

Hommes-objets

John Coplans propose une parfaite entrée en matière: bourrelets blancs, poils pubiens clairsemés et fesses molles trônent sur le mur, grandeur nature. Ces autoportraits représentent le corps vieillissant qui se dégrade, renvoyant également à l’éphémère. Une première image comme un coup de gueule, révélateur du défilé à venir de personnages vulnérables, fluides et complexes.

Bombes de testostérone et culturistes? Dans l’atelier de Robert Mapplethorpe, ils se déshabillent pour devenir des hommes-objets, synonymes de plaisir homoérotique. Talibans sans foi ni loi? Thomas Dworzak les montre portant la couronne à fleurs d’une Cicciolina, les yeux soulignés de khôl. Rudes cowboys du Far West? Devant l’objectif de Sam Contis, ils sont tendres et harmonieux, à deux doigts d’un Brokeback Mountain. Toreros héroïques au Portugal? Rineke Dijkstra les immortalise épuisés et anéantis par la mise à mort. Ironiques et iconiques, ces images donnent à réfléchir.

Dans ‘Le Deuxième Sexe’, Simone de Beauvoir écrivait ‘On ne naît pas femme: on le devient’. Ce n’est pas un hasard si cette citation figure dans le catalogue de l’exposition: avec ce clin d’œil, le Barbican entend libérer ‘le premier sexe’ de cette construction sociétale en miroir. Qu’il s’agisse de sexualité, de race, de classe, de sexe ou de patriarcat. Nous vous souhaitons d’ores et déjà une agréable crise d’identité!

‘Masculinities: Liberation through Photography’, jusqu’au 17 mai, Barbican Centre à Londres. Projections et performances. 

Peter Hujar, Orgasmic Man (I), 1969. ©1987 The Peter Hujar Archive LLC; Courtesy Pace/MacGill Gallery, New York and Fraenkel Gallery, San Francisco

Peter Hujar

Beaucoup de grands photographes ont eu une vie exceptionnelle, et c’est aussi le cas de Peter Hujar. Dans les années 1970, il est aux premières loges de la scène underground new-yorkaise et a pour amis Andy Warhol et Susan Sontag. Beaucoup de personnages extravagants ont posé devant son objectif, comme les hommes qui se rencontraient sur ce que l’on appelait le ‘sex pier’, soit Christopher Street à New York.

Rineke Dijkstra, Forte da Casa, Portugal, 20 Mai 2000. ©Courtesy the artist and Marian Goodman Gallery, London

Rineke Dijkstra

 À peine sortis de l’arène, costumes scintillants déchirés et visages tachés de sang, les toreros portugais regardent droit dans l’objectif de la photographe néerlandaise. Elle met l’accent sur la camaraderie réelle qui unit les ‘forcados’, en opposition à la rivalité qu’ils doivent afficher pendant la corrida.

Adi Nes, ‘Soldiers’, 1999.  ©Courtesy Adi Nes and Praz-Delavallade Paris, Los Angeles

Adi Nes

L’Israélien remet en question un des stéréotypes les plus ancrés de son pays natal: celui du soldat viril solide comme un roc. Le photographe gay s’est infiltré dans une compagnie d’infanterie, où il a observé le lien qui unit les jeunes soldats.

Thomas Dworzak, Taliban portrait. Kandahar, Afghanistan. 2002. ©Collection T. Dworzak / Magnum Photos

Thomas Dworzak

Dans les arrière-salles des studios de photographes abandonnés d’Afghanistan, le reporter de guerre a fait une étrange découverte: des images clandestines de talibans maquillés comme des camions volés, main dans la main, devant un fond au néon, décoré d’armes et de fleurs, comme une image de Pierre et Gilles.

Sam Contis Untitled (Neck), 2015 ©Sam Contis

Sam Contis

Pour la série ‘Deep Springs’, le photographe a infiltré pendant quatre ans un ranch ‘male only’ de la Sierra Nevada, en Californie. Ses images sont émaillées de références aux cow-boys des westerns classiques, tout en illustrant le lien pacifique qui unit l’homme et la nature. 

 

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