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Guy Bourdin, Martin Parr et Vik Muniz jouent avec la nourriture

‘Double Mona Lisa, After Warhol, (Peanut Butter + Jelly)’, Vik Muniz, 1999. ©Vik Muniz VAGA NY Courtesy Sikkema Jenkins Co

Depuis que l’appareil photo existe, nous immortalisons nos aliments. L’exposition ‘Feast for the Eyes’, au Foam Fotografiemuseum à Amsterdam, révèle cette obsession pour la nourriture. Étonnamment, nous dédaignons aujourd’hui ce que nous trouvions appétissant il y a 40 ans.

"No photos please!" Le chef franco-britannique Michel Roux, des restaurants triplement étoilés Le Gavroche à Londres et The Waterside Inn à Bray, en a soupé de voir ses clients debout sur leur chaise pour prendre la parfaite #instafoodphoto. Au grand dam de la génération Instagram, il a été jusqu’à afficher une pancarte pour l’interdire.

Et Roux n’est pas le seul: d’autres établissements étoilés, comme Chef’s Table et Momofuku Koweerden (tous deux à New York) les interdisent aussi.

‘Spam (Cut in Two)’, Ed Ruscha, 1961. ©Ed Ruscha / Courtesy of the artist and Gagosian Gallery

Pourtant, photographier son assiette n’est pas un phénomène nouveau. Depuis que l’appareil photo existe, nous prenons des photos de nourriture. D’ailleurs, sur une des premières photographies, prise en 1832, on voit une table dressée, ce qui se passe de commentaire. Par contre, ce qui a changé, c’est ce que nous trouvons beau et bon.

Et c’est justement l’objet de l’exposition ‘Feast for the Eyes’ présentée au Foam, le musée de la photographie d’Amsterdam. En voyant les plats qui faisaient saliver les gens il y a quarante ans, on peut se demander si nous ‘mangions ça’.

Fourrure et plumes

La photographie culinaire n’est pas un phénomène récent. Depuis que l’appareil photo existe, nous photographions ce qu’il y a dans notre assiette.

La nourriture est un besoin fondamental et nécessaire. Sans alimentation, on est mort. Elle est à l’origine de guerres mais aussi de paix: on l partage des repas avec sa famille et ses proches, à des moments spéciaux, dans des endroits particuliers... Elle est aussi très photogénique: certaines assiettes ressemblent à des natures mortes de grands artistes.

Ce n’est donc pas un hasard si le premier thème de l’exposition est consacré aux premières photographies alimentaires, qui s’inspiraient des natures mortes de la peinture du XVIIème siècle - des tables magnifiquement dressées, d’opulentes matières comme la fourrure et les plumes et des produits de luxe comme le turbot et les citrons. L’objectif était de mettre les aliments en valeur de manière alléchante pour étaler sa richesse.

Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que la photographie, y compris culinaire, est devenue un genre à part entière. L’arrivée de la photographie couleur, qui a suivi peu après, a marqué un tournant dans ce domaine. En 1915, les premières photographies et revues commerciales ont fait leur apparition. Les plats étaient photographiés de haut en bas et occupaient toute la page.

‘Clementines’, Daniel Gordon, 2011. ©Daniel Gordon / Courtesy of the artist and James Fuentes Gallery, New York

Un peu comme le food porn aujourd’hui, hit des réseaux sociaux. Les photos de nourriture sont dans l’esprit du temps. Elles donnent un aperçu du mode de vie, de la culture et de la nation. Elles parlent de faim ou d’abondance. Le deuxième thème de l’exposition, ‘Around the Table’, est axé sur les rituels entourant la nourriture et l’identité culturelle des photographies.

#fishy #donut #divers #thingsarequeer’, Joseph Maida, 2015 ©Joseph Maida

Parallèlement à cette exposition, Foam présente ‘Playing with food’, un thème traité de manière beaucoup plus ludique. Le travail du photographe de mode français Guy Bourdin ou de l’artiste new-yorkais Joseph Maida est très éloigné de la peinture des débuts de la photographie. Les manipulations numériques apportent aussi davantage d’épaisseur et d’humour dans les images.

‘New Brighton, England’, Martin Parr, 1983-85. ©©Martin Parr / Magnum Photos

Photographiez ce que vous voulez: les hot-dogs suant sous des températures estivales à New Brighton comme le photographe documentaire britannique Martin Parr ou les poissons décapités dans des donuts roses comme Maida. Tout est photogénique, sauf chez le chef Michel Roux.

L’exposition est accompagnée d’un livre de Susan Bright & Denise Wolff, aux éditions Aperture, 55 euros. ‘Feast for the Eyes - The Story of Food in Photography’, jusqu’au 3 mars, Foam Fotografiemuseum à Amsterdam


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