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La première grande rétrospective pour la photographe belge de l'agence Magnum Martine Franck

Piscine conçue par Alain Capeillères, Le Brusc, été 1976. ©Martine Franck / Magnum Photos

Martine Franck n'était pas simplement la dernière épouse du célèbre photographe Henri Cartier-Bresson. Elle était avant tout militante et une photographe belge hors pair, dont l'expression artistique en faisait un "regard" d'une sensibilité exceptionnelle. La Fondation de son "monument de mari" lui consacre une rétrospective pour sa réouverture.

Le talent, c'est généralement inné. Certes, il peut être travaillé, décuplé, sublimé. Et puis, il y a le facteur chance. Car Martine Franck (1938-2012) aurait très bien pu ne pas devenir Martine Franck. "La photographie est apparue par hasard dans ma vie. J'ai obtenu un visa pour la Chine et mon cousin m'a prêté son Leica en me disant que j'avais beaucoup de chance et qu'il fallait que je rapporte des images", confie-t-elle en 2007. "Je suis partie sans idée préconçue. Lorsque j'ai entrepris ce voyage en Orient, j'ignorais que je deviendrais photographe."

Quartier de Byker, Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni, 1977. ©Martine Franck / Magnum Photos

Née à Anvers au sein d'une famille de collectionneurs, élevée aux États-Unis et en Grande Bretagne, la férue de sculpture qu'est Martine Franck étudie l'histoire de l'art à Madrid et Paris avant de devenir une figure incontournable de la photographie européenne du XXe siècle, à son retour de ce voyage initiatique en Extrême-Orient. Ses portraits d'artistes et d'écrivains paraissent alors dans les pages de Life, Fortune, New York Times et Vogue.

Elle n'est donc pas une novice quand elle épouse, en 1970, "L'Œil du Siècle" de trente ans son aîné, Henri Cartier-Bresson, fondateur de la célèbre agence Magnum Photos avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger.

Elle participe à la création des agences Vu et Viva avant de devenir la première femme à intégrer l'agence Magnum en 1983. Elle entreprend de nombreux reportages pour des causes humanitaires, sur les peuples opprimés dans le monde et les déçus du développement de l'Occident.

Elle se penche sur les sujets à caractère social dans une volonté de témoignage de la réalité, loin du voyeurisme. En noir et blanc, elle capture des moments avec une densité particulière, un sens de l'espace et un cadrage toujours exacts. "Mon principal désir est de présenter des images qui incitent à la réflexion. Mais tout ne se photographie pas, il y a des moments de souffrance, où la déchéance humaine vous étreint et vous arrête."

Le pèlerinage de San Isidro, Musée du Prado, Madrid, 1993. ©Martine Franck / Magnum Photos

Si elle est habituée dès l'enfance aux horizons lointains, c'est à Paris qu'elle revient toujours. Un sujet tout trouvé pour la Fondation Henri Cartier-Bresson qui rouvre ses portes au coeur de la capitale française, 79 rue des Archives, dans le Marais.

Cette grande rétrospective, composée d'épreuves photographiques, de livres et de documents issus du fonds de la Fondation, rend justice à l'oeuvre de cette photographe discrète et engagée, qui a su taper dans l'oeil d'un autre géant de la photographie.

"Martine Franck - Une rétrospective", jusqu'au 10 février 2019, à la Fondation Henri Cartier-Bresson à 75003 Paris. www.henricartierbresson.org

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