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Pamela Berkovic, la photographe belge dans les coulisses des défilés et de la famille Jagger

Pamela Berkovic ©Benjamin Lozovsky/Lozophoto.com

Elle a pris des photos de famille de Mick Jagger avec son iPhone. Elle a été photographe dans les coulisses de tous les grands défilés et elle a réalisé le portrait des artistes contemporains les plus célèbres. Le secret de la new- yorkaise et bruxelloise Pamela Berkovic? Sa timidité. "Après 19 ans, je peux le dire: New York est un village."

"Si vous voulez rencontrer les Rolling Stones, n'allez pas à un concert à Tokyo ou New York. Choisissez une petite ville où ils ne connaissent personne: vous aurez beaucoup plus de chance de les croiser après le concert." Ce tuyau en or vient de Pamela Berkovic, la photographe franco-belge qui vit et travaille à New York depuis dix-neuf ans.

Elle en sait quelque chose: elle est une amie de Jade Jagger, la fille unique de Mick et sa première épouse, Bianca Pérez-Mora Macías. "Cette amitié m'a ouvert les portes des Stones. À la fin d'une tournée, Mick Jagger organise toujours une réunion de famille. Cette année, comme il avait 75 ans, il a voulu rassembler un maximum de membres de sa famille, parce que c'était sa "dernière" tournée. Ce qui ne sera évidemment pas le cas: il y a toujours une nouvelle série de concerts.

Jade m'avait invitée à leur dernier concert en juillet, à Varsovie, en Pologne. Nous avons traîné un peu, jusqu'à ce qu'elle m'emmène dans la suite où logeait son père. Quatre de ses huit petits-enfants avaient pris un vol spécialement pour l'occasion, ce qui était un miracle en soi. Les Jagger ne sont jamais vraiment tous réunis.

Cette photo de famille des Jagger a été prise par Pamela Berkovic avec son iPhone dans une suite d'hôtel en Pologne à l'occasion des 75 ans de Mick. ©Pamela Berkovic

Et voilà que Jade me demande si je voulais faire une photo de famille dans la suite de l'hôtel. J'ai paniqué, parce que je n'avais pas mon appareil photo. Je ne m'attendais pas du tout à cette question. Comme elle insistait, j'ai improvisé et, finalement, j'ai pris la photo de famille des Jagger avec mon iPhone. Je ne suis pas très satisfaite de sa qualité, mais, heureusement, Mick était content."

Inutile de chercher: vous ne trouverez pas la photo sur le site web de Pamela Berkovic. Elle préfère la protéger, comme tant de photos intimes de célébrités qu'elle a prises dans son entourage. Jade Jagger a cependant posté la photo sur son compte Instagram, en l'honneur du 75ème anniversaire de son père. Et ce moment d'intimité familiale est devenu public

New York est un village

Tous ces contacts, Pamela Berkovic (40 ans) affirme les devoir à New York. Et ça se remarque: son français est truffé de mots américains. Sans s'en rendre compte, elle passe parfois à l'anglais pour quelques minutes. "Je fais partie de ceux qui restent à New York", explique-t-elle. "C'est une ville à deux vitesses.

Beaucoup de gens y atterrissent pour quelques années. Ils y construisent un réseau, mais recherchent surtout des compatriotes. Si vous y restez plus longtemps, vous apprenez aussi à bien connaître les 'locals'. Ce n'est qu'à ce moment-là que vous remarquez à quel point New York est petit. C'est un village: on se croise constamment dans la rue, au restaurant, lors de dîners ou de vernissages."

Backstage Thom Browne. ©Pamela Berkovic

Le 4 mai 2018, elle a fait l'objet d'un vernissage. Pour son expo solo 'A Woman's Eye', elle a pu investir l'espace du grand galeriste belge Christophe Van de Weghe, également une connaissance new-yorkaise. "Certains des portraits accrochés avaient été réalisés il y a vingt ans, d'autres n'avaient qu'un mois. Mon regard est resté le même: des photos de femmes qui rayonnent d'une force et d'une beauté intérieures, sans poser", explique-t-elle. "Je pensais que je ne vendrais qu'à des amis, mais l'intérêt s'est avéré beaucoup plus large."

La manager de Keith Richards est venue y faire un tour. Tout comme Charlotte Bernard, l'ancienne belle-soeur de Nicolas Sarkozy, l'écrivaine Jill Kargman et le consultant en art Simon de Pury, l'ancien fondateur de la maison de ventes aux enchères Phillips de Pury. Le créateur de mode Thom Browne est également venu jeter un oeil. "Il est extrêmement timide, tout comme moi: je n'ose pas aborder les gens. Quand je suis invitée à un événement, je dois prendre mon courage à deux mains pour y aller."

Monastère sur Long Island

"Je pensais que je ne vendrais qu'à des amis, mais l'intérêt s'est avéré beaucoup plus large." Dont la manager de Keith Richards et le consultant Simon de Pury.

C'est ce caractère solitaire qui l'a finalement amenée à se retrouver dans l'entourage de Thom Browne, il y a huit ans. "Nous étions tous deux invités à un dîner où nous ne connaissions personne. J'étais seule, dans un coin de la pièce, et lui, dans un autre. Lorsque nous avons fait connaissance à l'apéritif, le courant est tout de suite passé. "J'espère que je serai assis à table à côté de vous", m'a-t-il dit. Nous étions l'un en face de l'autre et, ce soir-là, nous n'avons parlé à personne d'autre.

"Je vous appellerai demain pour dîner avec vous la semaine prochaine", m'a-t-il lancé à la fin de la soirée. Je me suis dit OK, ici, à New York, tout le monde fait ce genre de promesse, mais elles ne sont jamais tenues. Le lendemain, le téléphone sonnait et, depuis, nous sommes devenus des amis. J'ai commencé à prendre des photos de ses défilés en coulisses.

Il y a trois ans, il m'a demandé si je voulais faire le shooting pour son édition du A Magazine, un média indépendant qui, pour chaque numéro, donne carte blanche à un créateur de mode pour concevoir le contenu conceptuel."

Pamela Berkovic a réalisé la série 'Death and Mourning', pour A Magazine, curated by Thom Browne, un média basé à Paris mais imprimé en Belgique. ©Pamela Berkovic

Elle a pu faire toutes les photos. "J'ai réalisé pour lui une série libre autour de 'Death & Mourning', dans un monastère de Long Island. Je n'avais pas de budget, mais toute la liberté de réaliser une série cinématographique avec des références à Fellini, Magritte et Antonioni", témoigne-t-elle. "Bénéficier d'une telle confiance était une super expérience."

Club de strip-tease

Pamela Berkovic est la fille d'un collectionneur qui a quitté Anvers pour Bruxelles et d'une mère française psychanalyste, elle-même fille d'une diplomate du Costa-Rica. Elle a étudié la photographie pendant deux ans et demi à La Cambre à Bruxelles, où elle s'est distinguée par son projet photographique réalisé dans les coulisses d'un club de strip-tease bruxellois.

©Pamela Berkovic

"Que ce soit au théâtre, à l'opéra, en musique ou en danse, j'ai toujours été fascinée par ce qui se passe derrière la scène. Je n'étais jamais allée dans un club de strip-tease, mais j'avais rencontré une fille qui était maquilleuse le jour et strip-teaseuse le soir au Showpoint à Bruxelles.

Il m'a fallu trois mois pour la convaincre de faire une série de photos. Un beau jour, elle m'a appelée: elle était prête. Je devais être là le soir-même, à 1 heure. J'avais 19 ans. Un peu effrayée, j'ai emmené mon père et quelques-uns de ses amis. Ils m'attendaient dans un salon, en haut. En bas, il y avait un proxénète parmi les filles, ce qui rendait l'atmosphère étouffante. J'ai photographié la strip-teaseuse alors qu'elle venait de quitter la scène, se changeait ou se concentrait à fond dans sa bulle. J'ai joué 'fly on the wall' avec mon petit Leica R7. Je me suis rendue aussi invisible que possible, pour que personne ne se mette à poser ou à jouer. J'ai senti directement que c'était ma zone de confort."

Chez Stella McCartney

Suite à une mauvaise expérience avec un professeur, la jeune photographe souhaite quitter La Cambre. Et Bruxelles.

Elle s'installe à New York où elle travaille d'abord chez Christie's, dans le département art contemporain. Mais, après un an, la photographie la démange de nouveau et elle suit une formation d'un an à l'International Center of Photography (ICP) de New York. "Mes professeurs étaient des pointures comme Sam Samore et Amy Arbus, la fille de Diane Arbus.

Backstage Stella McCartney. ©Pamela Berkovic

Conceptuellement, le niveau était plus élevé à Bruxelles, mais j'ai beaucoup appris à New York sur le plan technique. Après cette formation, j'ai postulé pour un stage chez des photographes de renom comme Bruce Weber et Patrick Demarchelier. Cela n'a pas marché. J'étais peut-être aussi trop timide pour insister... J'ai eu de la chance: grâce au bras droit de Stella McCartney, que j'avais rencontré dans l'intervalle, j'ai été invitée à un défilé de Stella. Comme je n'avais pas envie de voir le défilé proprement dit, j'ai demandé si je pouvais photographier en coulisses. C'était possible, si je montrais les photos par la suite. Elles leur ont plu et j'ai continué à travailler pour Stella en coulisses pendant dix ans."

"Mon secret? Je ne porte rien de voyant, je me comporte aussi discrètement que possible et je photographie toujours à la lumière naturelle, sans flash. Je regarde et j'attends patiemment qu'un moment sublime se présente au sein de cette agitation. C'est vrai, je commence à reconnaître les mannequins et vice-versa, mais je refuse qu'ils nouent des contacts avec moi. Je veux leur voler un instant, lorsqu'ils sont encore eux-mêmes. Pas quand ils sont déjà sous les spotlights dans leur rôle de modèle. Ils ont déjà tendance à jouer, de toute façon."

Quand la photographe franco-belge, basée à New-York, a pris cette image lors du défilé de Zac Posen, le mannequin était entouré de 40 personnes. ©Pamela Berkovic

Elle nous montre la photo d'une jeune femme en robe verte de Zac Posen. "Quand j'ai pris la photo, il y avait bien quarante personnes autour de cette robe. On ne les voit pas. Je montre juste le repos solitaire du mannequin qui attend de monter sur le catwalk. Je veux montrer le côté humain, sensible, romantique des personnes dans un moment de transformation et de concentration. J'aime moins les images brutes trashy à la Terry Richardson ou Nan Goldin, même si cette dernière a été une grande source d'inspiration. Le monde dans lequel nous vivons est déjà bien assez dur comme ça, j'ai besoin d'un peu de beauté et de douceur."

Backstage Dries Van Noten. ©Pamela Berkovic

Dans les coulisses de Stella McCartney, Pamela a été repérée par un éditeur photo de British Vogue, Vogue Japan et Condé Nast. Grâce à eux, elle a pu accéder aux coulisses de presque tous les grands défilés -Valentino, Chloé, Armani, Alexander Wang, Marc Jacobs, Dior Couture, Lanvin, Louis Vuitton, Dries Van Noten, Alexander McQueen, etc. "J'ai fait ça pendant sept ans. J'ai eu accès à des endroits incroyables, mais le rythme de ces défilés était infernal. Pour faire sept défilés par jour, il fallait un scénario de fou. Quand c'est devenu un peu trop pour moi, je me suis retirée de ce milieu, mais j'ai continué à travailler pour Stella McCartney et Thom Browne."

From backstage to frontstage

Une évolution remarquable s'est produite ces derniers mois dans l'oeuvre de Pamela Berkovic: elle semble prête à quitter les coulisses pour aller sur le devant de la scène. Pour ses derniers shootings, elle a déjà travaillé avec la grande danseuse Blanca Li et la danseuse du Bolchoï, Maria Alexandrova. Elle a également réalisé des projets avec Marie-Agnès Gillot.
"La danse et le ballet sont un univers complètement différent de celui de la mode, mais je voudrais vraiment les explorer", avoue-t-elle.

La danseuse du Bolchoï, Maria Alexandrova. ©Pamela Berkovic

Elle a également fait ses premiers pas dans le monde de l'art contemporain, en réalisant le portrait de nombreux artistes de renom tels que Mark Grotjahn, Thomas Houseago et Larry Clark. "Ce sont des gens que je connaissais déjà personnellement ou que j'ai rencontrés par l'intermédiaire d'autres personnes. Quand je fais le portrait de ces gens, je demande toujours trois heures: les deux premières heures et demie, nous bavardons, puis il y a une séance photo qui ne dure généralement pas plus d'un quart d'heure. Je veux que le 'sitter' soit à l'aise avec moi, et vice versa."

De tous les artistes contemporains, George Condo est au sommet de sa to-do list. Lorsqu'elle était jeune, elle posait pour lui dans son studio, mais, inversement, il n'a jamais pris le temps de rester assis devant son appareil photo.

La prochaine étape de sa carrière? "Ce sera sans aucun doute le cinéma", répond-elle. "Je pense comme une cinéaste et je veux expérimenter les images mobiles. Mon grand rêve, c'est de travailler avec Ivo van Hove. Le metteur en scène belge est hot à New York. À Broadway, ses spectacles sont vraiment huge, mais ses pièces restent underground aux States, malgré ses collaborations avec David Bowie et d'autres. Quand il donne une représentation de six heures de Shakespeare en néerlandais, je ne parviens pas à convaincre beaucoup d'amis new-yorkais de m'accompagner. J'ai un jour vu Ivo dans le métro de New York, mais je n'ai pas osé lui parler. I was starstruck." Qui les réunit le temps d'un dîner?







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