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Paris Photo en 5 close-ups

Paolo Gasparini, Para verte mejor, São Paulo, Brazilië, 1972. © Paolo Gasparini, courtesy Toluca Fine Art, Paris. ©Paolo Gasperini

Du 7 au 10 novembre, au Grand Palais, se déroulera Paris Photo -et peut-être pour la dernière fois-, la plus importante foire consacrée à la photographie. Sabato a épinglé les temps forts belges, néo-coloniaux, argentiques et mash-up.

1. Vent du nord: 'Fragments' chez Astrid Ullens de Schooten

Chaque année, Paris Photo offre une scène à l’une des plus importantes collections photographiques internationales. Cette fois-ci, c’est Fondation A Stichting de Bruxelles qui est à l’honneur. Cette fondation a son siège sur le site de Forest des anciennes usines Bata, près du Wiels. Depuis octobre 2012, Jean-Paul Deridder organise d’importantes expositions dans ce premier musée privé bruxellois consacré à la photographie.

Astrid Ullens de Schooten, fondatrice du musée A Stichting. ©rv

S’il en est le directeur, c’est un grand nom du monde des affaires belges qui se cache derrière la collection: Astrid Ullens de Schooten, sœur de Guy Ullens de Schooten (Raffinerie Tirlemontoise). Alors que le frère s’est consacré à l’art contemporain chinois et a construit un musée privé à Pékin (aujourd’hui remis), la sœur a choisi la photographie. Son rêve était d’avoir une sculpture de Brancusi, mais après avoir vu une photo de l’artiste lors d’une foire, elle a changé d’idée et s’est passionnée pour l’art photographique.

Larry Sultan, Antioch Creek, uit de reeks Homeland, 2008. © The Estate of Larry Sultan, courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne. ©Larry Sultan

L’exposition ‘Fragments’ à Paris Photo peut être qualifiée de muséale: pas moins de 227 photos de la collection de la fondation y seront exposées, dont des œuvres de Robert Adams, Lewis Baltz, Harry Callahan, Mitch Epstein, Paolo Gasparini et Martha Rosler.

"Nous avons un grand espace rien que pour nous dans le Salon d’Honneur", se félicite Jean-Paul Deridder. "C’est un grand honneur, surtout quand on sait que le MoMA et la Tate Modern, entre autres, y ont déjà exposé une partie de leur collection de photographies. Nous exposons notre collection privée, mais faisons également le lien avec le programme de la Fondation A Stichting, une combinaison d’expositions solo de grands noms et de talents en devenir."

2. Jamais vu: Premières: Tim Walker, Edward Burtynsky, Harry Gruyaert

Les galeries présentent en grande première des images qui n’ont jamais été exposées, ni mises sur le marché. Ainsi, la Michael Hoppen Gallery présente ‘Wonderful things’, des images de Tim Walker, photographe de mode britannique actuellement exposé au Victoria & Albert Museum à Londres.

Tim Walker, Duckie Thot and Harry Alexander, cat walking, Londen, 2017. © Tim Walker Studio, Courtesy Michael Hoppen Gallery ©Tim Walker

Mandaté par le musée, Walker a travaillé pendant trois ans sur des séries inspirées de pièces de la collection et de l’histoire du V&A. La galerie met pour la première fois des images issues de ces séries sur le marché, avec d’autres œuvres emblématiques de cet artiste.

Edward Burtynsky, Tsaus Mountains #1, Sperrgebiet, Namibia, 2018. © Edward Burtynsky / courtesy Nicholas Metivier Gallery, Toronto. ©Edward Burtynsky

La nouvelle œuvre d’Edward Burtynsky, présentée en première mondiale à la Nicholas Metivier Gallery de Toronto, est également très attendue. Le dernier projet de l’artiste sur l’Afrique ne sera pas publié avant 2021. Il s’agit d’une étude sur la manière dont les Russes, les Chinois et les Arabes investissent massivement en Afrique pour avoir accès à ses terres agricoles et à ses ressources naturelles.

Harry Gruyaert, BBC II, TV Shots, Apollo XIV, 1971, Engeland. © Harry Gruyaert, courtesy Gallery FIFTY ©Harry Gruyaert

La Gallery Fifty One d’Anvers présente la série ‘TV Shots’ de Harry Gruyaert. Au début des années 1970, il a photographié des images télévisées des Jeux Olympiques de 1972, de soaps américains et des missions de la NASA dont Apollo. En manipulant l’image avec l’antenne, il a obtenu des formes et des couleurs bizarres, une façon d’illustrer comment la télévision a changé notre vision du monde.

Fifty One fêtera ses 20 ans avec une installation du fleuriste Thierry Boutemy. Le projet parallèle de Fifty One, 28 Vignon Street, est une exposition collective consacrée à Mapplethorpe, Kertész, Penn et Weston.

Pop-up 28 Vignon Street, Galerie Flora Jansem, avenue Matignon 18, 75006 Paris. www.galeriefloraj.com

3. Violon d’Ingres: Images étirées de Chamberlain et soirées costumées d'Arnold

Si John Chamberlain est connu pour ses sculptures en acier faites de morceaux de voitures crashées, on sait moins que, depuis 1977, l’Américain touche aussi à la photo. Pour la première fois, la galerie parisienne Karsten Greve présente ce travail. Étonnamment, les images de Chamberlain témoignent d’autant de dynamisme et de fluidité que ses sculptures.

John Chamberlain, Flores Awning, 1990. © Courtesy Galerie Karsten Greve Paris, Cologne, St. Moritz / John Chamberlain. ©Courtesy Galerie Karsten Greve Paris, Cologne, St. Moritz

L’artiste balade son Widelux pendant qu’il prend une image, “étirant” ainsi le réel. Résultat: des scènes déformées avec un flux chromatique s’inscrivant entre Jacques-Henri Lartigue et l’expressionnisme abstrait.

Steven Arnold, Transmitigating Inspiration, 1986. © Courtesy of the Fahey/Klein Gallery and The Steven Arnold Archive. ©Steven Arnold

L’Américain Steven Arnold a réalisé des films radicaux (dont les célèbres ‘Messages, Messages’ et ‘Luminous Procuress’ repérés par Bowie et Warhol) et des costumes de théâtre, mais il est au moins aussi connu pour son style de vie placé sous le signe du bal masqué. Son imagination débridée et ses looks exubérants ont fait de lui la muse de Salvador Dalí: ils ont travaillé ensemble sur Teatro-Museo Dalí dans la ville de Figueras. La Fahey Klein Gallery de Los Angeles zoome sur un fragment moins connu de son œuvre, son travail photographique.

4. Au-delà de la photo: Raegan et Brenjev comme vous ne les aviez jamais vus

De plus en plus de grandes galeries qui ne sont pas spécialisées dans la photo, comme Karsten Greve, Gagosian ou Hauser & Wirth, exposent à Paris Photo. À chaque édition, le concept de la photographie s’élargit: captures d’écran, collages, photos peintes, travaux sur papier photo, impressions photo sur textile, installations photographiques animées: les œuvres dans lesquelles les procédés photographiques conduisent à autre chose que la photo sont de plus en plus nombreux.

Marie Cloquet, Black Rock VII, 2019. © Marie Cloquet & Annie Gentils Gallery. ©Marie Cloquet & Annie Gentils Gallery.

15 galeries présentent des projets ‘out of the photobox’, dont celui de la Belge Marie Cloquet (Secteur Prismes, Annie Gentils Gallery Anvers). Elle utilise des images d’archives prises en Mauritanie, les manipule en chambre noire, les imprime sur du papier à dessin, les déchire pour les utiliser dans de nouvelles compositions “impossibles”, à la manière de Pieter Bruegel ou de Joachim Patinir qui composaient des paysages à partir de diverses sources. Elle retouche ensuite ces collages monumentaux à l’aquarelle et les images qui en résultent ne peuvent pratiquement plus être qualifiées de photographies.

Nate Lewis, Signals, 2018. © Courtesy of the artist and Fridman Gallery, New York. ©Nate Lewis

Nate Lewis (Secteur Curiosa), représenté par Fridman New York, utilise son expérience d’infirmier dans une unité de soins intensifs pour procéder à des interventions “chirurgicales” sur des photos: il racle soigneusement la couche supérieure du papier photo et remplit l’espace de “tatouages” à l’encre, sculptant ainsi des modèles stratifiés autour de thèmes raciaux.

Nancy Burson, Trump/Poetin Composite, 2018. © Paci contemporary gallery (Brescia - Porto Cervo, IT). ©Nancy Burson

Nancy Burson, une des pionnières de la manipulation d’images numériques, a un solo show à la Paci Contemporary Gallery Brescia. Son travail est exposé dans les plus grands musées, le Centre Pompidou, le Metropolitan et le MoMA, qui possède ‘Warhead I’, une manipulation numérique d’une photo de Reagan et Brejnev de 1982. En collaboration avec le MIT, Burson réalise depuis les années 1970 des portraits composites par ordinateur. En juillet 2018, son image du mix Trump - Poutine a fait la couverture du Time Magazine. Ses “portraits composites” numériques ont renouvelé le genre du portrait et, plus étonnant, ont aidé les agents du FBI à produire des images de personnes recherchées vieillies.

5. Ruée vers l’argent(ique): L'argent extrait des boues de Lucas Leffler

Lucas Leffler, un jeune photographe bruxellois, présente son étonnante série ‘Zilverbeek’, sur laquelle il travaille depuis 2017. Le point de départ est l’usine de Mortsel d’Agfa-Gevaert, un des premiers producteurs de pellicule argentique. Pendant des années, les eaux usées des bains de fixation ont été déversées dans la rivière qui longe l’usine, la Grensbeek, sans que l’argent soit filtré.

Lucas Leffler, Zilverbeek/Silver Creek, 2018. © Courtesy AM Foundation Gallery ©Lucas Leffler

Cette pollution lui a valu le nom de ‘Zilverbeek’ (rivière d’agent). Dans les archives de presse d’Agfa-Gevaert, Lucas Leffler a découvert que, dans les années 1920, deux employés de l’usine s’étaient lancés dans une ruée sur l’argent: ils extrayaient entre 7 et 13 kilos de ce métal par tonne de boue, jusqu’à ce que la direction d’Agfa-Gevaert découvre le pot aux roses.

Fasciné par cette histoire, Leffler est allé voir la rivière, a pris des photos et un échantillon de la boue pour y trouver des traces de bromure d’argent et de chlorure d’argent.

Il a marché sur les traces des “chasseurs d’argent”, mais il a aussi développé un nouveau procédé permettant de réaliser des tirages analogiques à partir de cette boue. Le résultat est superbe: les images presque abstraites de l’usine, de la rivière et de l’environnement sont envoûtantes. ‘Zilverbeek’ est avant tout un projet expérimental sur le processus et le déclin de l’industrie de la photo argentique.

Anne Chapelle, entrepreneuse de mode ©Athos Burez

La série est exposée dans le showroom du label Ann Demeulemeester, dans le Marais, avec les travaux des photographes belges Luc Bonduelle et Bernadette Mergaerts. L’organisation du show, au parcours off de Paris Photo, est entre les mains de l’AM Foundation, la nouveau projet d’Anne Chapelle et de Moniek Bucquoye. Elles ont invité le “sanctuaire artistique” Arrière-pensée à exposer des œuvres de Lucas Leffler. 

Lucas Leffler, Luc Bonduelle, Bernadette Mergaerts, du 6 au 10 novembre à l’AM Foundation Gallery, rue de Saintonge 4, Paris, de 11h à 20h.

Paris Photo, du 7 au 10 novembre, Grand Palais, Paris

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