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La marque de sportswear qui affiche la croissance la plus rapide

©On

Avez-vous déjà mis un morceau de tuyau d’arrosage sous vos running shoes? C’est pourtant ce qu’a fait Oliver Bernhard, double champion du monde de duathlon et champion suisse de triathlon, pour ne plus souffrir de ses blessures. Une tentative désespérée. Le résultat a dépassé ses espoirs les plus fous. "Le secteur du running a besoin d’une révolution. Nous l’avons en main ou, plutôt, aux pieds!"

Comme si on se déplaçait sur un matelas fait de bulles d’air: telle est la meilleure façon de décrire la première sensation que l’on éprouve en portant les chaussures de running Cloudflow du label suisse On. "Et c’est parfaitement exact", acquiesce Caspar Cappetti, un des trois dirigeants de On. "Notre technologie, que nous avons appelée Cloud, est faite de petits coussins d’air qui assurent un amorti en douceur ainsi qu’une propulsion explosive."

C’est Oliver Bernhard, un des trois fondateurs, qui, handicapé par une blessure persistante aux genoux, a eu l’idée de ces coussins d’air, qu’il a ensuite développés avec un ingénieur. "À la fin de sa carrière, Oliver avait régulièrement des problèmes aux genoux. Il avait aussi remarqué que courir sur une surface sablonneuse et meuble soulageait sa douleur", explique Cappetti, l’ancien manager du sportif, chargé de diriger l’équipe commerciale.

©On

"Grâce aux coussins d’air, le pied n’est pas bloqué brutalement, au contraire: il glisse légèrement, comme sur du sable. Et la compression des coussins d’air assure la propulsion pour lancer le pas suivant."

En réalité, ces coussins d’air sont des tubes placés transversalement sous la semelle. Un vestige du prototype, bricolé avec des morceaux de tuyau d’arrosage. En effet, chez On, les prototypes ne sont pas créés sur un écran d’ordinateur, mais sur une table de bricolage. Une très belle table d’ailleurs, tout comme le reste de l’entreprise suisse, aménagée avec des classiques du design.

Il faut y voir l’influence du troisième pilier de l’entreprise, David Alleman, qui a quitté sa fonction de chief managing officer au sein de l’entreprise de mobilier Vitra pour se lancer dans l’aventure On. C’est lui le spécialiste du marketing, ce qui n’est pas très loin de sa précédente passion: le siège d’On à Zurich, qui déménagera l’année prochaine vu sa croissance exponentielle, est également le showroom de Vitra.

Un showroom où la distance entre les bureaux et la machine à café est aussi grande que possible, où des douches sont à disposition de ceux qui viennent travailler à pied et où l’on peut suivre un cours de yoga pendant la pause de midi.

Ironman

Les trentenaires - Cappetti, Alleman et Bernhard - ont achevé la première chaussure de running On en juillet 2010. Bernhard était impatient de faire tester cette nouvelle technologie par des sportifs de haut niveau. Une étape cruciale pour la start-up car, dès le départ, l’entreprise avait choisi de s’orienter vers le top du sport.

Leur travail a porté ses fruits: dès les premiers kilomètres, nombreux furent les athlètes qui décidèrent de quitter leurs sponsors pour passer chez On.

Parmi eux, deux noms belges et non des moindres: Frederik Van Lierde, champion du monde d’Ironman en 2013, et Bart Aernouts, deuxième au même championnat, en 2018. Par contre, pas de Borlée, Van Alphen ou Thiam. Du moins, pas encore: "Nous travaillons activement sur des versions à pointes pour l’athlétisme."

Dès les premiers kilomètres, de nombreux athlètes ont choisi de remplacer les chaussures de leurs sponsors par celles du label On.

Les trois partenaires ont réalisé qu’ils tenaient là quelque chose d’exceptionnel quand toutes les grandes marques de sport (non spécifiées) se sont bousculées au portillon pour acheter leur start-up. "Nous n’avons pas cédé à la tentation", réplique Cappetti qui, ironiquement, qualifie de très statique le business du running.

"Il ne s’est rien passé de très révolutionnaire au cours des 50 dernières années. Le changement le plus important, sur lequel on a misé au maximum, c’est la stabilisation du pied, autrement dit la “correction”.

Et cela s’est avéré une catastrophe pour les sportifs, car cette correction a causé des blessures. C’est une voie que nous avons décidé de ne pas suivre: nous ne corrigeons les pieds de personne, nous les soutenons. Chez nous, la grande révolution, c’est la technologie CloudTec."

Une technologie brevetée qui a, bien sûr, été affinée depuis le tuyau d’arrosage du prototype. Les coussins d’air ont été reliés les uns aux autres et dotés de sillons et de protubérances afin de former un véritable réseau sous la semelle. Tout ça a été inspiré par la nature: "Nous avons observé le crâne d’un oiseau et, plus précisément, du pic.

Le battement répété de son bec sur l’écorce des arbres a un impact important sur sa petite tête. Nous avons donc étudié comment sont structurés les os de son crâne pour pouvoir amortir cet impact."

Le trio à la barre de On: l’ancien athlète Oliver Bernhard, Caspar Cappetti et David Alleman. ©On

Tapis rouge

La technologie suisse, le look inhabituel et la performance olympique des chaussures de running On ont également séduit un public moins sportif. "Nous avons remarqué que des personnalités du monde de la création, comme les architectes et les designers, portent nos chaussures au quotidien", témoigne Cappetti.

"Peu après la médaille d’argent remportée par le Suisse Nicola Spirig au triathlon aux JO de Rio de Janeiro, Emmanuel Lubezki, le directeur de la photographie du film ‘The Revenant’, est apparu avec, aux pieds, exactement les mêmes chaussures que ce champion, sur le tapis rouge des Oscars. Peu à peu, c’est devenu tendance de porter de très bonnes chaussures de running même sans courir. Une tendance que nous avons contribué à initier."

Bien que cette visibilité sur des personnalités ait offert un tremplin à la marque, celle-ci est réticente à se présenter comme un label lifestyle, parce que cela risque de détourner les leaders d’opinion créatifs de la marque.

"La chose la plus stupide que l’on puisse faire en tant que label de sport, c’est de se qualifier de label lifestyle", affirme Cappetti. On, qui doit son nom au sentiment que procurent ses modèles de chaussures, soit le fait de se mettre en marche, est donc une marque de sport dans l’âme.

L’étape suivante

Cet été, On a construit un refuge écologique dans les Alpes suisses pour faire la promo de son nouveau produit, des bottines de rando. ©On

L’été dernier, la marque a construit un refuge à 2.500 mètres d’altitude dans les Alpes suisses. Une petite cabane, avec juste une pièce à vivre et une chambre, construite dans des matériaux durables et recyclables de sorte à ne laisser aucune trace de son existence après sa démolition, prévue quelques semaines plus tard. Cette prouesse technique visait à montrer l’importance accordée à l’innovation par l’entreprise.

Ce refuge donne un indice sur la nature du nouveau produit qu’On va présenter au grand public: les bottines de randonnée Cloudrock Waterproof.

Ce nouveau modèle est aussi technique que les chaussures de running, car marcher par monts et par vaux peut être aussi difficile que courir! La marche est donc aussi une discipline dans laquelle la technologie CloudTec développée par On peut jouer un rôle essentiel. "Pas nécessairement pour marcher le plus vite possible, mais pour réduire le risque de blessures: les “nuages” minimisent l’impact des chocs sur le squelette, les muscles et les articulations."

Et marcher est de plus en plus reconnu comme une manière de se détendre, de pratiquer la pleine conscience, de se vider la tête et d’atteindre la sérénité, commente Cappetti. "La marche est aux plus de trente ans ce que la course est aux sportifs", affirme-t-il.

Et il parle d’expérience: "Pour la jeune génération, courir est un moyen de rester en forme et de soigner son look. Mais, quelles qu’en soient les raisons, le marché du running récréatif est énorme. Nous misons actuellement sur le marché américain, après avoir constaté que ça décolle en Belgique."

Records pulvérisés

La nouvelle bottine Cloudrock Waterproof, idéale pour la randonnée. ©rv

C’est au pied du mur qu’on reconnaît le maçon. Je suis donc allée courir équipée de CloudTec. C’est alors que j’ai remarqué que je n’étais pas la seule à courir sur un nuage. Parce que c’est ça aussi l’avantage d’On: leur modèle de chaussure est très reconnaissable.

Et très rapide: l’application de course de mon smarphone n’avait pas assez de superlatifs pour vanter mes temps intermédiaires. Mes (modestes) records précédents ont été pulvérisés. Depuis, j’ai gagné 1 kilomètre à l’heure. Tout est dans la tête, affirme mon époux, sans doute un peu jaloux. Et alors? Courir sur un nuage ou la tête dans les nuages, peu importe! Box63

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