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"Palau", une app pour changer l'industrie alimentaire et sauver la nature

"Avec Palau, nous voulons aider les consommateurs à réduire l’impact écologique de l’industrie alimentaire", explique Jerome Cloetens. ©Samuel Cardenas

Le kitesurfer Jerome Cloetens en a eu marre de voir les dégâts causés par l'industrie alimentaire au niveau des forêts et des océans. Avec son app "Palau", il veut changer les choses.

"What a f***ing madness! D’une heure à l’autre, vous constatez que votre maison et votre famille sont en grand danger, tout en étant trop loin pour agir. Je ne serai jamais assez reconnaissant à mes amis qui ont risqué leur vie pour sauver ma famille, mon chien et ma maison."

Cet été, le cri du cœur de Jerome Cloetens sur Instagram a touché de nombreuses personnes. Impuissant, le kitesurfer belge a dû assister de loin à l’avancée des feux de forêt jusqu’à sa maison, dans la ville espagnole de Tarifa. "Le feu a pris à un kilomètre de ma maison. Il y avait tellement de vent et il faisait si chaud que cinq minutes plus tard, l’incendie l’avait atteinte", témoigne-t-il.

"À ce moment-là, je surfais à Muros, dans le nord de l’Espagne, et je ne pouvais rien faire. Cinq amis logeaient chez moi et j’étais terrifié à l’idée qu’il leur arrive quelque chose. Heureusement, ils ont pu sortir du brasier à temps. Mais dans leur hâte, ils ont oublié mon chien à l’intérieur. Un ami a risqué sa vie pour retourner le chercher. Au bout de deux heures, le feu était plus ou moins maîtrisé. J’ai avant tout subi de nombreux dégâts matériels, tout comme mes quatre voisins. Nous vivons désormais dans un paysage apocalyptique. Tout est noirci. Il n’y a que deux options: rester à l’intérieur avec mon ordinateur portable ou prendre la mer. Dès que je fais un pas hors de ma maison, les cendres volent sur mon visage. C’est terrible." 

Wake-up call

Pour Cloetens, cette catastrophe naturelle était un énième wake-up call. En effet, les incendies de forêt ne sont plus une exception en Andalousie. Dans toute l’Espagne, près de 300.000 hectares de forêt sont partis en fumée en 2022. La plupart dans le sud, où des records de chaleur ont encore été battus cet été. "Si vous ne croyez pas à la rapidité du changement climatique, passez donc un été en Andalousie!", déclare-t-il. "Les incendies sont de plus en plus fréquents. Ils sont le résultat direct de la façon dont nous maltraitons la planète. Ils alimentent mon ambition d’agir avec Palau."

Palau est la start-up technologique que Cloetens a fondée en juin 2021 avec son cousin anversois, Simon Hendrickx. Ce dernier est le magicien technique et Cloetens, l’homme engagé. L’application pour smartphone doit son nom à l’archipel des Palaos en Micronésie, connu pour ses récifs coralliens, ses atolls et sa biodiversité.

En tant que kitesurfer professionnel, Cloetens a pu constater à quel point la biodiversité se dégrade dans les océans. "Même sur les plages de surf les plus exotiques, je trouvais du plastique. J’ai senti que je devais agir. Un tiers de la pollution mondiale est imputable à l’industrie alimentaire. 90% des grandes espèces de poisson disparaissent en raison de la surpêche. En outre, l’agriculture est le moteur de la déforestation", déclare-t-il. "Avec Palau, nous voulons aider les consommateurs à réduire l’impact écologique de l’industrie alimentaire."

Jerome Cloetens a remporté son premier World Youth Championship à 16 ans. Depuis, le surfer a fait le tour du monde.

Scanner de durabilité

Palau est une application qui permet de scanner les produits alimentaires en magasin et de fournir un score en matière d’impact environnemental et de valeur nutritionnelle, mais aussi de suggérer des produits plus sains et à l’empreinte plus réduite. "Nous informons les consommateurs afin de leur permettre d’effectuer des choix plus conscients. Nous voulons ainsi accélérer la production de produits durables, car l’industrie suit les consommateurs", déclare Cloetens. "Dans l’industrie alimentaire, la durabilité n’est souvent que du marketing. Je voulais trouver un moyen de rendre la chaîne de production plus transparente."

Comment recueillir des données exactes sur la chaîne de production, de la matière première au consommateur? "Si le producteur ne nous fournit pas ces informations, nous travaillons avec l’EcoScore européen et les données d’Open Food Facts. Celles-ci permettent d’estimer avec précision les émissions de CO2, la consommation d’eau et l’impact environnemental par ingrédient. Il en résulte un score. Si le producteur n’est pas d’accord, il doit nous fournir des données correctes. Bonne nouvelle: à partir de 2024, l’Union européenne obligera les producteurs à effectuer ce type d’analyse pour leur chaîne de production. Palau tape donc là où il faut."

«Les feux de forêt, c’est un résultat direct de la façon dont nous maltraitons notre planète. Ils alimentent mon ambition d’agir.»
Jerome Cloetens
Kitesurfer professionnel et entrepreneur

Palau emploie cinq personnes. La base de données contient déjà des scores pour quelque 2,2 millions de produits, beaucoup plus que l’app concurrente The Questionmark, par exemple. "Sur cinq articles au supermarché, nous pouvons déjà en scanner trois ou quatre en moyenne", explique Cloetens.

"Pour faire passer la start-up à l’échelle supérieure, Palau lance le 5 octobre un tour de financement supplémentaire via un crowdfunding sur la plateforme américaine Wefunder. Nous visons 500.000 euros. Cela nous permettra de nous développer plus rapidement, d’améliorer notre base de données et de rendre l’app plus accessible dans toute l’Europe. Elle fonctionne déjà bien en France, en Belgique et en Espagne, mais pas encore aux Pays-Bas et en Scandinavie."

Pour le financement initial, Cloetens a pu compter sur le gouvernement belge et Belfius, qui a émis un crédit bullet (ou crédit à terme fixe) de 50.000 euros. Toujours avec le soutien de Belfius, Palau a pu suivre un programme chez le business accelerator Birdhouse à Anvers. "Cela a duré quatre mois et nous a donné un énorme coup de pouce. C’était la première fois que je restais éloigné de la mer pendant aussi longtemps et le surf commençait à me manquer. Finalement, je me suis mis à faire du wingfoil (surf sur une planche de foil à l’aide d’une aile gonflable, NDLR) sur l’eau devant le MAS. C’était l’endroit le plus proche."

Crowdsurfing

Après un financement de Belfius et du gouvernement belge, Jerome Cloetens prépare cette semaine un nouveau tour de table pour Palau. Il lance une campagne de crowdfunding sur la plateforme américaine Wefunder, où il vise les 500.000 euros qui lui permettraient de poursuivre le déploiement de l’app et de la base de données dans le monde entier.

Pour plus d'informations, surfez sur www.wefunder.com.

Plus blanc que jamais

Jerome Cloetens (25 ans) a grandi à Anvers dans une famille d’entrepreneurs, mais a déménagé à l’âge de trois ans à Tarifa, où sa mère dirige une société de services IT et son père travaille dans l’immobilier. "Situé entre l’Afrique et l’Europe, entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, Tarifa est un lieu de nature. Ici, j’ai grandi avec la mer et le vent. C’est pourquoi mon néerlandais n’est plus très bon", explique Cloetens dans un anglais courant. "Mon père m’a enseigné le kitesurf dès mon plus jeune âge. J’ai participé à mes premiers championnats à treize ans. J’ai remporté mon premier World Youth Championship et mon premier European Youth Championship à 16 ans. C’est ainsi que j’ai décroché mes premiers contrats de sponsoring."

Diriger une start-up ou braver les vagues sur un kite demande le même état d’esprit, affirme Cloetens. "C’est toujours une question de progression, de concentration et de persévérance. L’esprit d’entreprise, c’est comme le kitesurf: couler, se relever et recommencer", explique-t-il. "Hélas, depuis Palau, le kite est devenu un hobby. J’ai la chance que mes sponsors, O’Neill et Duotone, croient également en ma start-up. Je travaille huit heures par jour, autant de temps que je ne peux pas passer sur l’eau pour m’entraîner. Jamais ma peau n’avait été aussi blanche qu’aujourd’hui! Je pensais que je passerais ma vie à surfer, alors que je reste des heures assis devant mon laptop. Et le soir, je vais en mer, même la nuit. Je ne pourrais pas m’en passer."

Jerome Cloetens est aujourd’hui un entrepreneur. Le siège de sa société Palau se trouve à Anvers. Depuis, il pratique le wingfoiling devant le MAS.

Cependant, Cloetens aimerait encore briller dans le sport. "Du 12 au 15 octobre, la GWA Wingfoil World Cup se déroulera juste en face de chez moi, à Tarifa. J’ai terminé cinquième à Lanzarote cette année. Si je pouvais finir dans les trois premiers, ce serait génial! Un bon résultat serait positif pour mes sponsors, mais aussi pour moi et mon entreprise. Je reçois beaucoup de soutien de la part du monde du surf, des gens qui vivent tous en contact avec la nature."

Deux semaines après la coupe du monde, il pourra briller sur le plan professionnel: entre le 1er et le 5 novembre, il présentera son app à Lisbonne lors du Web Summit, un des événements technologiques les plus importants au monde. "Tous les big guys de la tech seront présents. J’espère pouvoir les rallier à ma cause." Et sinon, ce sera à nouveau couler, se relever et recommencer.

En savoir plus? Surfez sur le site web de Palau Project.

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