Hôtel Mix, Bruxelles | Un projet monumental à l'ancien siège d'AXA

Mix est un projet hôtelier aussi mégalo que l’immeuble de 54.000m² qui fut le siège de la Royale Belge à Watermael-Boitsfort. Un hôtel unique, d’où l’on n’a pas envie de sortir.

Le Manneken Pis et la Grand-Place sont à 45 minutes en tram. Le vendredi soir, il faut compter 45 minutes en voiture pour se rendre à Bozar et l’Atomium est à plus d’une heure. Alors, pourquoi déposer ses valises à Watermael-Boitsfort quand on vient visiter Bruxelles? C’est pourtant dans cette commune verdoyante que l’hôtel quatre étoiles Mix, qui compte 140 chambres et 40 suites studio, ouvre ses portes le vendredi 23 juin. "Ceux qui souhaitent visiter les hauts lieux touristiques ont intérêt à réserver ailleurs", déclare Jean-Michel André qui pilote ce projet original. "Plus qu’une adresse où dormir, Mix est une destination: un hôtel d’où l’on n’a pas envie de sortir."

"Plus qu’une adresse où dormir, Mix est une destination: un hôtel d’où l’on n’a pas envie de sortir."
Jean-Michel André
Coordinateur de Mix
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En effet, il faudrait un week-end entier pour tout tester. Mix occupe la moitié de l’ex-siège de la Royale Belge, l’assureur qui a été absorbé par Axa en 1999. Soit près de 25.000 m². De quoi accueillir un centre de fitness de 5.000 m² en duplex, un wellness avec cabines de glace, hammams, saunas, jacuzzis et deux piscines de 25 mètres (une intérieure, une extérieure); trois restaurants, un bar avec DJ booth, un espace de coworking, un parc de 8 hectares avec étang, 15 salles de réunion, un auditorium de 300 places, le food market Fox de 13 stands de luxe, etc.

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Le nouvel hôtel bruxellois quatre étoiles Mix s’étend sur près de 25.000 m².

Acier corten

On remarque d’emblée que le bâtiment cruciforme a de l’espace à revendre. C’était déjà le cas quand les architectes, René Stapels et Pierre Dufau, l’ont conçu, en 1967. Ils se sont inspirés du siège du fabricant de tracteurs John Deere dans l’Illinois, conçu par Eero Saarinen en 1964 pour imaginer cet immeuble impressionnant, avec une ossature extérieure en acier Corten et une façade en verre miroir teinté et béton.

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Pendant longtemps, on a cru qu’il allait être démoli. En effet, en 2016, les États-Unis ont racheté l’immeuble à la société immobilière Cofinimmo pour y installer leur ambassade. Seul hic: ils allaient le démolir, car l’ancien bâtiment était vétuste, difficile à sécuriser, peu économique en énergie et trop grand. Dare-dare, le gouvernement bruxellois fait classer le site en 2019 via une procédure d’urgence, annulant ainsi le deal avec les États-Unis.

La même année, un consortium immobilier anversois composé de Cores Development, Urbicoon et Foresite acquiert le site pour 50 millions d’euros. Le groupe ne se contente pas de rénover le bâtiment principal, en collaboration avec le bureau londonien Caruso St John Architects et l’agence belge Bovenbouw Architectuur: il construit également 165 nouveaux appartements et penthouses juste à côté, probablement pour financer cette coûteuse rénovation. Les propriétaires louent la moitié du bâtiment principal comme espace de bureaux, le reste étant destiné à l’hôtel quatre étoiles Mix.

Mix occupe la moitié de l’ex-siège de la Royale Belge, l’assureur qui a été absorbé par Axa en 1999.
©Mireille Roobaert
"Aujourd’hui, l’expérience est plus importante que l’emplacement."
Jean-Michel André
Coordinateur de Mix

"Tenez, c’est la plus petite taille. Ça vous ira? Et mettez ça aussi." André nous tend une tenue de chantier. Parés de chaussures à pointe d’acier et d’un casque de sécurité, nous bravons ensemble la boue, qui sera le jardin communautaire dans quelques semaines. "La maxime de Conrad Hilton, 'location location location', est dépassée. Je travaille dans l’hôtellerie depuis plus de 30 ans et je suis les tendances en voyageant beaucoup. Aujourd’hui, l’expérience est plus importante que l’emplacement. Parmi les autres tendances actuelles, citons les hôtels de destination, les courts séjours dans son propre pays et un plus grand besoin de verdure", ajoute-t-il. Il est évident que Mix répond parfaitement à toutes ces nouvelles attentes.

Riche patrimoine architectural

Alors qu’André nous explique où se trouvera l’entrée ainsi que l’espace prévu pour le yoga en plein air, arrive une moto Kreidler vintage, pilotée de main de maître par Lionel Jadot, l’architecte d’intérieur bruxellois qui a entièrement aménagé l’hôtel Mix. Il troque son casque de moto contre un casque de chantier jaune vif, comme tous les jours depuis un an et demi. L’ensemble de son bureau, soit dix personnes, travaille sans relâche sur ce projet. Il faut dire que transformer un immeuble de bureaux des années 60 en hôtel n’est pas une mission de débutant. Le bâtiment est entièrement classé et affiche un riche patrimoine architectural. "Pour moi, c’est un rêve. J’ai toujours adoré ce bâtiment. C’est mon projet le plus important et le plus complexe à ce jour."

Le bar est the place to be. la structure du plafond est d’origine et les tables sont une création d’Arthur Vandergucht.
©Mireille Roobaert

Le tandem n’en est pas à son coup d’essai. Jadot a montré l’étendue de ses compétences au Jam Hotel Brussels et au Domaine de Ronchinne à Assesse, dans la province de Namur, deux hôtels du portefeuille d’André, qui a fondé le groupe hôtelier Limited Edition en 2002. Parmi ses autres réalisations, notons Jardin Secret, Le Berger et The White Hotel, probablement le premier boutique hôtel de Bruxelles.

"C’est mon projet le plus important et le plus complexe à ce jour."
Lionel Jadot
Architecte

Cette fois-ci, Jadot adopte une approche totalement différente. Au lieu de tout contrôler lui-même, il en a fait un projet collectif impliquant 52 designers: c’est comme s’il créait une feuille de coloriage à remplir par d’autres. Il a invité tous les membres de son projet Zaventem Ateliers, une ancienne papeterie où plus de 30 designers et artistes louent un espace de travail, une équipe qu’il a étoffée avec 25 designers venus de Belgique et d’ailleurs.

Papier mâché et eau de pluie

Au cours de la visite, Jadot se révèle un guide de musée accompli, prêt à fournir des explications détaillées pour chaque élément, du comptoir de la réception créé par Maison Armand Jonckers aux rideaux Atelier La gadoue, en passant par les tabourets Thomas Serruys et les lampes de chevet Studio Elémentaires. "Tout ce que vous voyez a été conçu spécialement pour Mix. Ce sont des pièces de collection produites localement, signées et numérotées. Ou bien de pièces uniques, comme le bas-relief en papier mâché qui dissimule les salles de réunion. Pour le réaliser, Papier Boulette a utilisé de l’eau de pluie et des cartons provenant du chantier"», précise Jadot.

Les chambres donnent sur la forêt de Soignes.
©Mireille Roobaert

"Je voulais rester fidèle à l’architecture fonctionnaliste et brutaliste d’origine, mais de manière contemporaine. C’est pourquoi vous ne trouverez pas de pièces vintage. Nous sommes en train de réaliser un livre sur ce projet qui présentera tous les designers qui y ont travaillé. Il sera disponible dans toutes les chambres à partir de septembre, afin que nos clients puissent découvrir tous ceux qui ont créé les objets."

"Tout ce que vous voyez a été conçu spécialement pour Mix."
Lionel Jadot
Architecte

Il s’avère que notre tenue de chantier n’est pas superflue, car les travaux battent leur plein. Depuis des mois, environ 400 ouvriers travaillent ici, mais Jadot et André restent remarquablement détendus. "Si vous êtes facilement stressé, vous ne devez pas vous lancer dans ce genre de projet!", s’amusent-ils entre deux coups de marteau-piqueur. Les deux hommes saluent systématiquement chaque artisan et interviennent si nécessaire: "Cette table est une pièce design qui sera installée dans le restaurant, alors ne l’utilisez pas pour scier, merci!"

Savoir s’orienter

Ils marchent avec assurance dans les couloirs en direction des chambres d’hôtel situées aux troisième et quatrième étages, où se trouvaient les plateaux de bureaux. Ensuite, ils parcourent les studios du cinquième étage. Nous sommes complètement perdus: à cause de la forme en croix du bâtiment, chaque étage compte quatre couloirs identiques où l’on peut facilement se perdre. "Savez-vous comment vous orienter? Avec les petits symboles d’origine au-dessus de chaque couloir!", s’exclame André en riant.

Le gigantesque espace fitness contient également une grande piscine.

La visite se termine au centre de fitness du rez-de-chaussée, qui occupe l’espace où se trouvaient le mess et la cuisine de la Royale Belge. La superficie est immense. Nous rencontrons Corentin Poels, cofondateur de Mix et responsable du centre de fitness et du wellness. "Voici notre salle de boxe et là, le studio de tatamis pour le yoga et ici, les appareils Technogym. En bas, se trouvent quatre salles pour les cours collectifs, ainsi que les vestiaires, la piscine, le wellness et un bar-restaurant. Nous disposons également de quarante vélos pour aller découvrir la forêt de Soignes qui s’étend juste derrière le bâtiment", déclare-t-il.

"Mix a l’ambition d’être un lieu où chacun trouve ce qu’il souhaite, un peu comme un deuxième chez-soi."
Corentin Poels
Cofondateur de Mix

"J’ai pratiqué la natation de haut niveau pendant de nombreuses années, y compris au sein de l’équipe nationale. Cependant, ce ne sera pas un club de sport axé juste sur la performance, où l’on ne peut commander que du jus de carotte à la spiruline. Il y aura des coachs pour vous aider à atteindre vos objectifs sportifs, mais aussi des jacuzzis dans lesquels vous pouvez regarder un film et boire une bière. Le plaisir et le sport ne sont pas nécessairement incompatibles."

Ce mix est, comme son nom l’indique, la philosophie du Mix. "Après la pandémie, nos vies ont changé. La frontière entre vie et travail s’est estompée", embraye Poels. "Mix répond à ce nouveau mode de vie. Vous pouvez faire une pause coworking dans la piscine, partir en balade à vélo dans la forêt de Soignes avec un client, prendre l’apéro avec des amis: Mix a l’ambition d’être un lieu où chacun trouve ce qu’il souhaite, un peu comme un deuxième chez-soi."

Jean-Michel André, le pilote de ce projet extravagant.

André poursuit: "Le concept, c’est une femme d’affaires, un groupe de rock et une famille indienne installés côte à côte au bar. Mix a tous les atouts pour devenir un lieu de rencontre où chacun se sent le bienvenu, des touristes aux Bruxellois, des étudiants aux sexagénaires."

Mixed feelings

Cependant, la réalisation de cet idéal n’est pas une mince affaire. En effet, comment faire venir les gens, touristes ou non, à Watermael-Boitsfort? Comment transformer cette architecture d’entreprise impressionnante en un lieu où chacun trouve ses marques? Et, plus concrètement, comment faire pour que les clients se sentent à l’aise, assis dans un fauteuil design malgré leur tenue de sport mouillée de sueur? "C’est peut-être notre plus grand défi", admet Poels.

"Mais nous y travaillons activement, par exemple en formant notre personnel et en proposant une foule de formules différentes. Par exemple, vous pouvez réserver une suite avec massage et dîner complet. Ou juste passer prendre une bière au bar. Ou vous installer à trois dans une chambre standard à 200 euros. En effet, chaque chambre dispose d’un canapé convertible en troisième lit, ce qui est l’idéal pour des amis ou une famille! En plus de l’abonnement sportif standard, nous avons une formule light moins chère pour les moins de 30 ans ou ceux qui viennent en dehors des heures d’affluence.» Bref, il y en aura pour tous les goûts et toutes les bourses.

Le duo Krjst a conçu des tapisseries design pour décorer les chambres.

Deux fois plus grand

De l’eau a coulé sous les ponts depuis qu’André a reçu un appel lui demandant s’il voulait gérer un hôtel, en 2020. Au départ, il devait être responsable de l’hôtel et des restaurants: David Lloyd gèrerait le fitness et la société française Comet, les salles de conférence. Mais voilà, en raison de la pandémie, ces derniers se sont retirés du projet. Sans hésiter, André a décidé d’assumer leur part. "Du jour au lendemain, mon chantier a doublé", témoigne-t-il. Il s’est empressé de chercher d’autres partenaires et investisseurs. Sur cette longue liste, outre ses associés de Limited Edition, Philippe Bonnet et Eric Jacques, figurent le serial entrepreneur Thibaut Dehem (87seconds, Cameleon, Bike 43), Eric Mestdagh (Groupe Mestdagh), René Beltjens et Gérard Becquer (société de gestion en capital-investissement Alter Domus) ainsi qu’une équipe de l’agence événementielle D-Side Group.

Tout le mobilier a été conçu spécialement pour Mix.
©Mireille Roobaert

Cela fait près de deux heures que nous parcourons le bâtiment et nous continuons à découvrir des espaces insoupçonnés. "Au sous-sol, nous disposons encore d’une salle pour banquets où personne ne vous entend ni ne vous voit: discrétion garantie!", révèle Poels. L’ancien parking souterrain est devenu un étage réservé aux événements. Et puis, bien sûr, il y a l’œuvre d’art conçue dans les années septante par l’artiste français Pierre Sabatier, qui a travaillé avec des acides sur le mur en étain de 800 mètres carrés de l’auditorium.

Si ce concept trouve sa clientèle, l’équipe rêve d’investir de nouveaux lieux. "Par exemple, à Anvers, à Charleroi ou dans une autre ville", confie Poels. "Mais aussi dans les Ardennes ou sur la côte." Quelqu’un a-t-il un immeuble de bureaux vacant à leur proposer? Son emplacement n’a aucune espèce d’importance...

  • À partir de 200 euros la chambre double sans petit déjeuner.
  • Abonnement fitness à partir de 149 euros par mois.
  • Boulevard du Souverain 25 à Watermael-Boitsfort.
  • www.mix.brussels | www.fox.brussels
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