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Pack and go: Sabato se lance dans le packrafting

Grâce au packraft, un petit canoë compact, l'eau n'est plus un obstacle lors de randonnées. ©Nicolas Becquet

Le packrafting, alliant randonnée et canoë, est en passe de conquérir nos régions. Sabato s'est mouillé le maillot dans les Ardennes françaises pour vous le faire découvrir.

Gauche, droite, gauche, droite... Le rythme de la pagaie a un côté méditatif: on entre dans une sorte de transe. Flottant sur la Semois, au cœur d’une forêt des Ardennes françaises, on ne pense à rien. Il n’y a ni deadlines, ni pelouse à tondre, ni ménage, ni soucis. Je viens de sortir de mon sac à dos le raft dans lequel je me trouve. Un modèle léger, car même si 20 kilomètres de rafting m’attendent aujourd’hui et demain, je vais aussi parcourir 22 kilomètres à pied.

Le monde de l’aventure en plein air a toujours été divisé en deux camps: les amoureux de la montagne et les inconditionnels de l’eau. Les faire voyager ensemble était mission impossible: ce n’est pas vraiment pratique de transporter un canoë pour passer un col de montagne!

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Découvrez les cinq meilleurs packraft trips en Europe, sélectionné par Sabato.

Pourtant, ces deux groupes se sont rapprochés grâce à un petit bateau pneumatique facile à ranger et étonnamment robuste, connu sous le nom de packraft. Alors que les rivières constituaient des obstacles insurmontables pour les randonneurs, ce bateau pneumatique leur permet de considérer ruisseaux et lacs comme faisant partie du voyage. "Je fais souvent des randonnées d’hiver dans le Grand Nord", témoigne Willem Vandoorne, pionnier belge du packrafting et cofondateur de l’agence de voyages Into The Arctic. "Un packraft offre une dimension supplémentaire aux randonnées: sur l’eau, on découvre la nature de manière totalement différente."

Bien que ce canoë compact n’ait percé que récemment, il a été utilisé pour la première fois pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que bateau de sauvetage des avions de chasse. Il a ensuite été popularisé par les explorateurs des régions sauvages d’Alaska qui se frayaient un chemin sur les voies d’eau glacée. Aujourd’hui, grâce au packraft, l’eau n’est plus un obstacle, mais un atout.

"Un packraft offre une dimension supplémentaire aux randonnées: sur l’eau, on découvre la nature de manière totalement différente."

On trouve des packrafts de toutes tailles: les plus petits sont conçus pour de simples traversées de lacs et pèsent à peine un demi-kilo. ©sofarawayfromberlin

"Vous pouvez enfin traverser des rivières, des fjords et des lacs pour découvrir des zones inaccessibles", explique Vandoorne. Ou tout simplement découvrir votre pays ou les pays voisins sous un autre angle. De plus en plus d’organisations proposent des sorties en packraft de plusieurs jours. Nous avons choisi de suivre le "Packraft Trail" au fil de la Semois, dans les Ardennes françaises.

La première journée commence par une randonnée de 12 kilomètres à travers la forêt ardennaise, avant de terminer la boucle par une partie rafting de 10 kilomètres. Pour la navigation, nous avons le choix entre une carte ou une application. Nous décidons de commencer notre voyage en utilisant la carte, une option analogique délicieusement rétro. Nous pouvons ainsi profiter de la nature sans être dérangés. Après avoir marché un kilomètre dans la mauvaise direction puis parcouru un demi-kilomètre le long d’une autoroute très fréquentée au lieu d’un charmant chemin forestier, nous décidons de nous rabattre sur l’appli pour suivre le bon itinéraire. Je suis une enfant de la génération GPS, inutile de le nier.

Au petit village de Naux, nous nous arrêtons près d’un impressionnant pont en bois. En dessous coule la Semois que nous devrons bientôt affronter. Dans l’eau claire dansent d’innombrables algues vertes: sous la lumière du soleil, on dirait un tableau de Claude Monet.

La Semois coule sous le pont en bois du village de Naux. ©Nicolas Becquet

Après une courte pause, le premier vrai défi nous attend: 500 mètres de dénivelé. Avec un sac à dos de 12 kilos sur les épaules, c’est un exploit, pour moi du moins. Le photographe s’en sort sans trop de difficultés. J’arrive au sommet, essoufflée, dix minutes après lui. La belle vue attendue en guise de récompense après une telle ascension s’avère quelque peu décevante: le paysage est trop densément boisé pour que le regard porte suffisamment loin. Le photographe, qui a déjà lancé son drone, m’assure que la vallée est magnifique.

Plaisir à l’état pur

Nous troquons les chemins forestiers pour les voies navigables. J’ai toujours préféré l’eau à la terre. Pour moi, la proportion entre randonnée et rafting pourrait pencher un peu plus en faveur du rafting. Avant de pouvoir monter dans le canoë, nous devons d’abord faire en sorte qu’il flotte. Ce qui, dans mon cas, se déroule plutôt maladroitement. Je le déplie, j’agite le sac de gonflage qui l’accompagne pour capturer suffisamment d’air. Je presse ensuite le sac pour faire passer l’air du sac dans le canoë, jusqu’à ce que celui-ci me paraisse suffisamment solide. Les packrafts se déclinent dans de multiples tailles et versions: les plus petits, conçus pour de simples traversées de lacs, pèsent à peine un demi-kilo.

©Nicolas Becquet

Je m’écarte de la rive, et c’est parti! Il me faut un certain temps avant de trouver le bon rythme sur l’eau. Une fois que je l’ai, c’est un plaisir à l’état pur. Tels de longs doigts tendres, les algues vertes caressent le dessous de mon bateau. Le soleil est apparu. L’eau scintille. Pas une seule maison à des kilomètres à la ronde, mais des hérons, des hordes de bernaches du Canada, des canards ainsi que d’innombrables couples de cygnes avec leurs petits. Je reste à distance: pour protéger leur progéniture, les cygnes se montrent parfois agressifs, m’a-t-on dit. Je ne suis pas certaine que mon petit bateau en plastique puisse résister aux coups de bec d’un cygne en colère. Des rafteurs affirment avoir même vu des castors au travail, mais ce n’est malheureusement pas notre cas.

La Semois s’élargit et nous devons patauger un peu. Au cœur de l’été, le niveau de la rivière est assez bas. "En fait, la période idéale pour le rafting, c’est l’automne et le printemps, lorsqu’il pleut beaucoup", explique Vandoorne. Nous restons là où le niveau de l’eau est le plus élevé.

D’autres rafteurs n’ont pas cette chance et doivent descendre pour dégager leur canoë. Quand le niveau de l’eau est bas, il est également plus difficile d’éviter les algues. Les doigts tendres se transforment alors en grappins qui ne lâchent pas votre pagaie. Après quelques dizaines de mètres, la rivière rétrécit et le trajet redevient confortable. L’un des rangers affirmait ce matin qu’il avait déjà parcouru tout le trajet en 5 heures. Le photographe n’en croit pas un mot: il nous faut environ 8 heures pour atteindre le camping.

Grâce aux packrafts légers et gonflables, les rivières ne sont plus des obstacles insurmontables pour les randonneurs. ©Nicolas Becquet

Break salvateur

Après une nuit étonnamment confortable dans ma petite tente, j’entame la deuxième journée. Au programme: une séance de rafting de 10 kilomètres suivie d’une randonnée de 12 kilomètres. Trois amies me préviennent: "Tu vas déguster: la rivière est assez tumultueuse, il y a même une petite cascade. Ajoute à cela deux montées suivies de descentes abruptes qui font de la randonnée un moment difficile à passer. Heureusement, entre les deux collines, il y a un petit café sympa dans le village de Château-Regnault-Bogny, ce qui permet de faire un break."

Je pousse à nouveau mon canoë dans l’eau. Il y a moins d’algues dans cette section, mais elle offre toujours la même splendeur naturelle. Ce matin, nous partons sous un soleil radieux. Quand nous croisons des pêcheurs, j’ai envie de me cacher, mais dans un bateau jaune canari et avec un gilet de sauvetage orange, c’est peine perdue.

Le rafting passe en un éclair: avant même de nous en rendre compte, nous avons atteint le petit village de Monthermé. Le moment d’entamer notre randonnée est venu. Comme prévu, celle-ci est tout sauf facile. Nous haletons sous le brûlant soleil estival, mais cette fois en profitant de superbes panoramas sur la vallée.

Vers 19 heures, nous arrivons au terme de notre randonnée. Le soir, en rentrant chez moi, je regarde défiler les lampadaires le long de l’autoroute - hop, hop, hop - c’est presque aussi méditatif que la cadence de ma pagaie dans la rivière.

Sabato a testé le "packraft trail" de la Semois dans les Ardennes françaises, à partir de 99 euros par personne.

Un packraft est disponible à partir de 350 euros; l’équipement complet (canoë, pagaie, combinaison étanche, casque et gilet de sauvetage) revient à 2.000 euros.

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