sabato

Bienvenue à la Gudule Winery, un chai bruxellois

Thierry Lejeune a installé sa "urban winery" chez Greenbizz, un site de production pour projets durables près de Tour & Taxis. ©Wouter Maeckelberghe

Vous ne le savez sans doute pas, mais dans les environs du port de Bruxelles, on produit du vin. C'est à la Gudule Winery que ça se passe.

Je me souviens comme si c’était hier de ma visite à la "City Winery" de New York, en 2012. Il s’agissait là du premier projet vinicole au cœur d’une ville, avec du raisin acheminé par transport réfrigéré. Depuis, le projet a fait des émules, y compris à Bruxelles.

L’initiateur de l'urban winery bruxelloise est Thierry Lejeune, qui a grandi dans la région liégeoise. "Mes parents faisaient partie d’une association œnologique et participaient à des voyages de dégustation", m’explique l’entrepreneur en m’accueillant dans son chai bruxellois.

"C’est de là qu’est né mon goût pour le vin!" Très vite, il se demande pourquoi il apprécie plus tel vin et moins tel autre. "Alors que mes parents s’intéressaient surtout aux vins français, mon horizon s’est ouvert. Je me suis documenté sur les cépages, la vinification, les pays et régions viticoles, les terroirs... tout ce qui rend le monde du vin passionnant!"

L’initiateur de l'urban winery bruxelloise est Thierry Lejeune, qui a grandi dans la région liégeoise. ©Wouter Maeckelberghe

Après des études de management, Lejeune entre dans le monde de l’imprimerie et travaille à Liège et à Bruxelles. Ces imprimeries prennent de l’ampleur et font l’objet de reprises consécutives. "À la fin, j’étais un petit soldat au sein d’une grande armée qui en comptait plus de 200: ça ne me passionnait plus du tout et j’ai commencé à penser à me lancer dans une nouvelle activité, plutôt un projet à petite échelle qui me permettrait de contrôler tous les processus."

Acheter un vignoble était un scénario possible, mais cela aurait signifié quelques années sans revenus et de lourds investissements. La reprise d’un domaine viticole existant a également été envisagée. "Spontanément, j’ai opté pour la France, ne serait-ce qu’à cause de la langue, mais il aurait fallu déménager. Et je ne disposais pas d’un budget infini."

Avec un ami, il envisage une troisième option: créer un chai urbain, pour lequel les raisins seraient achetés en Europe et acheminés à Bruxelles. "Après quelques recherches, nous avons conclu qu’il était possible de faire venir des raisins dans des conditions optimales dans un rayon d’environ 1.500 kilomètres autour de Bruxelles. Autrement dit: toute la France jusqu’au centre de l’Espagne et de l’Italie, le nord du Portugal, l’Autriche et l’Allemagne."

Gudule Winery

Les raisins que travaille Thierry Lejeune viennent de domaines situés dans un rayon de 1.500 kilomètres autour de la capitale.

Il produit trois vins de base - blanc, rosé et rouge -, auxquels il faut ajouter deux grandes cuvées, un vin pétillant et un autre vin très original, un "one shot".

Centre de viniculture

Pendant plus de six mois, Thierry Lejeune cherche un endroit approprié. Finalement, il le trouve chez Greenbizz, un site de production pour projets durables près de Tour & Taxis. Afin de concrétiser son projet vinicole, il fait appel à AOC Conseils, un réseau français qui accompagne les professionnels du secteur viticole et vinicole. Son projet est radicalement différent. "Ils ont été impressionnés par le business plan que j’avais élaboré et ils m’ont aidé dans l’approche technique de mon chai, ainsi que dans la recherche des fournisseurs de raisin."

Mon ambition est de créer un "one shot" différent chaque année, un vin qui doit être très spécial.
Thierry Lejeune
Fondateur Gudule Winery

Avec son œnologue, Pascal Lenzi, il est constamment à la recherche de nouveaux fournisseurs de raisin. "Il y a un moment, j’ai contacté Virginie Saverys, la propriétaire du domaine italien Avignonesi, et je lui ai expliqué ce que je faisais ici. Elle a été enthousiasmée par mon projet et je lui ai donc demandé si elle pouvait me vendre du sangiovese. J’en ai acheté 3 tonnes!", s’exclame-t-il.

"Je lui ai aussi parlé de mon rêve: déménager et créer, à côté de ma winery, un centre dédié à la viniculture, un lieu de rencontre où les vignerons (comme Virginie Saverys) pourraient présenter leurs nouveaux millésimes à leurs importateurs."

Thierry Lejeune est constamment à la recherche de nouveaux fournisseurs de raisin. ©Wouter Maeckelberghe

Grandes cuvées et vin pétillant

Thierry Lejeune voit son activité vinicole croître régulièrement. "18 tonnes de raisin sont arrivées la semaine dernière, 20 hier et 10 tonnes seront livrées la semaine prochaine. J’estime la quantité de raisin que nous traitons à 45 ou 50 tonnes par an. Dont du grüner veltliner autrichien, pour élaborer le vin de base de notre vin pétillant", poursuit Lejeune. "Actuellement, il mûrit sur lattes et sera commercialisé à la fin de l’année."

L’entrepreneur compte développer une gamme de trois vins de base (blanc, rosé et rouge), ainsi que deux grandes cuvées et un vin pétillant. "Mon ambition est de créer un ‘one shot’ différent chaque année, un vin qui doit être très spécial: je pense à un vin dessert ou à une cuvée sans sulfites ajoutés. Cette année, j’ai prévu une petite édition de 200 bouteilles de vin orange, sur base de riesling. Je l’ai déjà fait goûter à quelques sommeliers et ils étaient enthousiastes!"

Gudule Winery ©Wouter Maeckelberghe

Salon du vin

Ainsi, Thierry Lejeune déborde d’idées. "C’est vrai, mais nous sommes parfois freinés dans notre élan. Mon idée de départ était de nommer mes vins d’après des quartiers de Bruxelles, mais les Affaires économiques ont refusé. Comme je n’ai pas d’appellation ni de dénomination d’origine, je ne pouvais pas me référer à un lieu géographique. J’ai également dû mentionner  ‘Vin de la Communauté européenne’. C’est la seule mention possible quand on fait du vin dans un pays européen avec des raisins provenant d’un autre pays de l’Union. Ça paraît logique, mais alors pourquoi cela ne s’applique-t-il pas au chocolat, à la bière ou au café?"

Cela signifie également que les vins de Lejeune ne peuvent pas participer à des concours, dont le Concours Mondial de Bruxelles, où seuls les vins ayant une appellation sont autorisés, ou le concours du Meilleur Vin Belge, car ses vins ne sont techniquement pas belges.

Quels sont les projets d’avenir de Thierry Lejeune? Il hésite. "Je ne peux pas vous en dire plus", répond-il avec un clin d’œil. "Mais les négociations sont bien avancées. J’ai repéré le bâtiment historique d’une ancienne gare sur le site de Tour & Taxis. Quand j’ai vu cet endroit, ça a été le coup de foudre! Du reste, ce bâtiment a un petit côté bordelais. Il ne nous reste plus qu’à nous débattre avec la paperasserie." Lejeune a déjà une idée très précise de son projet, avec un petit salon annuel du vin et une focalisation sur l’œnotourisme. À suivre...

DÉBOUCHÉ ET APPROUVÉ

1. Dîner gastronomique
Gudule "Soirée à l’Opéra", 2019, 21 euros.

Le chenin et le petit maseng ont mûri pendant six mois dans de vieilles barriques. Le vin offre une belle rondeur et une fraîcheur en bouche. Le petit manseng lui confère une pointe d’acidité ainsi qu’une touche poivrée, et le sauvignon gris, une grande fraîcheur. La note miellée vient du fût de chêne qui provient d’un grand château français.

2. À la bonne franquette
Gudule "Retour du Marché", 2019, 15,50 euros.

Un vin souple avec un accent sur le fruit, le côté juteux et la texture. Les tanins sont souples et ronds, avec une légère touche de fruit tout en finesse.

3. Soirée au coin du feu
Gudule "Dîner en Ville", 2018, 24 euros.

Le cabernet franc vient d’Anjou, le syrah du Minervois et le grenache du Ventoux. Une élégance frappante, une bonne dose d’animalité et un équilibre des tanins particulièrement réussi caractérisent cette cuvée haut de gamme. Un vin d’une belle complexité.


Gudule Winery, Greenbizz Brussels, Atelier 37.8, rue Dieudonné Lefèvre 37 à 1000 Bruxelles.
Tél. 0474/32.44.11.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité