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Bienvenue dans le vignoble de l'auteure britannique Fiona Beeston

Dès le départ, Fiona Beeston a choisi une approche biodynamique intégrale.

Après avoir beaucoup écrit sur le vin, Fiona Beeston a acheté son propre vignoble dans la Loire, le Clos des Capucins. Elle y applique des méthodes 100% biodynamiques.

Nous sommes en 1427. Au château de Chinon, dans la région de la Loire, le roi Charles VII rencontre Jeanne d’Arc. L’avenir de la France est en jeu: il faut libérer Orléans, bouter les Anglais hors de France et mettre fin à la guerre de Cent Ans. Cinq siècles plus tard, une Anglaise débarque à nouveau, cette fois pour s’approprier une parcelle de Chinon.

La cave du Clos des Capucins à Chinon, dans la région de la Loire.

Arrivé dans le centre, je prends une ruelle et je franchis le portail rouillé du Clos des Capucins. Fiona Beeston vient à ma rencontre. "Vous êtes?" me demande-t-elle.  "Oh yes, vous venez pour une dégustation! Sorry, I forgot. Venez". Avant de nous diriger vers la cave, nous déambulons dans ses quatre vignobles, plantés dans un clos ceint de murs.

Nous parlons à bâtons rompus. Du vin et du manque de goût, de la folie des grandeurs et de la réalité. Beeston affiche une volonté de fer. Fille d’un correspondant de guerre britannique, elle a grandi à Beyrouth.

Ses parents ont ensuite déménagé en Russie et à Washington, où elle a découvert le vin. "Mon père était à la fois Britannique et journaliste. Deux raisons pour aimer le vin! (rires) Mais la qualité du vin laissait souvent à désirer et, dès 16 ans, je me suis prise à rêver que je pouvais faire mieux."

A very great luck

Bordeaux, fin des années 70. Beeston donne un coup de main dans un domaine à Entre-Deux-Mers. Elle y rencontre le caviste Lucien Legrand et part travailler dans son commerce de vin, rue de la Banque à Paris. Un âge d’or. Elle collabore avec la sommité mondiale, Steven Spurrier, qui est passé à la postérité en tant qu’organisateur, en 1976, de The Judgment of Paris, un concours de dégustation opposant des vins français et californiens.

Certains de mes collègues m’ont dit que j’étais folle à lier et m’ont certifié que j’allais perdre mes vignes.
Fiona Beeston

Elle tient sa propre rubrique, "Les carnets de Fiona" dans le magazine Revue du vin de France. Et en 1989, elle publie le livre "Mes hommes du vin". "À l’époque, le critique américain Robert Parker faisait la pluie et le beau temps. Il n’était question que des arômes et des saveurs. Le viticulteur était un homme de l’ombre. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre."

Le clos abrite quatre parcelles distinctes de cabernet franc, séparées par des terrasses, des arbres fruitiers, des haies, des buissons et des arbres.

Son rêve commence à prendre forme. "Pour devenir viticultrice, il me fallait un vignoble. Cela faisait un petit temps que je pensais à la Loire. J’aimais les vins de Charles Joguet: ils sont si fins, si élégants, mais aussi voluptueux. J’ai su que c’est à Chinon que je devais m’installer. Il m’a fallu trois ans pour trouver. Chaque semaine, je faisais le déplacement depuis Paris pour y séjourner quelques jours. Jusqu’à ce qu’un de mes amis viticulteurs me parle du Clos des Capucins."

" Je suis esclave de mes vignes et cela fait mon bonheur!"
Fiona Beeston

Beeston achète le domaine en septembre 2010. "That was a very great luck!", répète-t-elle. 2011 sera son premier millésime. "Je possède 1,5 hectare à l’intérieur des anciens murs. Je suis esclave de mes vignes et cela fait mon bonheur!" À l’intérieur du clos, quatre parcelles distinctes sont plantées de cabernet franc. Elles sont séparées par des terrasses, des arbres fruitiers, des haies, des buissons et des arbres."

Beeston a acheté le domaine Clos des Capucins en septembre 2010.

"Aujourd’hui, je vis ici. Il y a énormément de travail, mais la nature procure tellement de plaisir. Je me considère comme un lien entre le terroir et la bouteille. Il m’a fallu plusieurs années pour arriver où j’en suis."

Dès le début, Beeston choisit une approche biodynamique. "Certains de mes collègues m’ont dit que j’étais folle à lier et m’ont certifié que j’allais perdre mes vignes. Transformer un vignoble ne se fait pas en un tournemain. Je connaissais le gars qui travaillait avec des chevaux au Domaine de la Romanée-Conti. C’est lui qui m’a donné l’excellent conseil de ne pas labourer trop en profondeur, car les racines sont en superficie. Et voyez, j’ai réussi!"

Quand nous nous promenons parmi les vignes, Beeston caresse les grappes de raisin. "Savez-vous qu’en tant que viticulteur, vous êtes très seul?", confie-t-elle. "Prenons la date du début des vendanges. C’est à moi de la fixer, seule. Mais là, j’avoue que, depuis quelques années, je me fie à un blaireau. Dès que je le vois profiter de mes raisins, je sais qu’il est temps de commencer les vendanges!"

Dès le début, Beeston choisit une approche biodynamique.

Note de chêne

Nous prenons le chemin de la cave. Elle est froide, humide et plongée dans la pénombre. Ensemble, nous goûtons le contenu de tous les fûts dans lesquels mature le prochain millésime. "Sans vouloir me vanter, nous allons commencer par mon meilleur vin, l’Éminence Grise, dans un fût reconditionné du DRC, le Domaine de la Romanée-Conti."

La note de chêne est très prononcée, me semble-t-il. "Vous avez raison", répond Fiona. "Et que pensez-vous de ce fût? Je ne dois pas en dire trop. Enfin, je vais vous dire d’où je le tiens, mais vous ne pouvez pas l’écrire." Désolé cher lecteur, je dois tenir ma promesse. L’équilibre est d’un tout autre ordre. Le même vin est incroyablement plus équilibré et présente une bien plus grande finesse et fraîcheur.

"En parlant de fûts en chêne", poursuit Beeston, "mon mari possède une forêt de chênes en Sologne, près de Chambord. L’hiver dernier, nous en avons abattu dans le respect des règles biodynamiques. Dans quatre à cinq ans, nous aurons nos propres barriques. Je tiens à aller jusqu’au bout."

Au manoir, nous dégustons le Perfectly Drinkable. "Quand mon père était correspondant de guerre en Afghanistan, après l’invasion soviétique, il recherchait trois choses: un lieu d’où il puisse envoyer ses télex, un restaurant français dans un sous-sol pour se protéger des éventuels bombardements et une bonne carte des vins. Un collègue, correspondant du Financial Times, l’a entendu dire d’un vin qu’il était ‘perfectly drinkable’. J’ai gardé le nom!"

Les vins de Fiona Beeston

Fiona Beeston's "Perfectly Drinkable" 2018

ROBE: rouge
CÉPAGE: cabernet franc
PRIX: 25,95 euros
Les raisins utilisés pour la production de ce vin proviennent d’un petit vignoble, Les Fondrières, un peu à l’extérieur de Chinon. Ce vin juteux concentre un fruit rouge et bleu, avec un petit côté légèrement épicé. Le vin acquiert sa structure après une maturation d’une dizaine de mois dans des fûts de 500 litres.

Clos des Capucins "Éminence Grise" 2016

ROBE: rouge
CÉPAGE: cabernet franc
PRIX: 36,50 euros
L’Éminence Grise fait référence au froc des moines capucins qui occupaient autrefois le domaine. L’Éminence Grise est un vin mûr, voluptueux et généreux. Les arômes dégagent au départ des impressions légèrement pipéracées, avec de la violette et des mûres. Un équilibre extrêmement réussi des tannins signe une belle longueur puissante.

En vente chez Vinetiq

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