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Ce Belge gère un portefeuille de 7 milliards d'euros en Suisse et produit du vin en Toscane

Heureux comme un flamand (ou deux) en Toscane. ©rv

Patrick De Maeseneire, le père, dirige le holding Jacobs, depuis la Suisse. Diederich De Maeseneire, le fils, développe Vintology, depuis la Belgique. Ensemble, ils ont une passion commune: le domaine viticole La Canonica Di San Vincenti, dans le Chianti Classico, en Toscane.

"S'il y a une répartition des rôles dans notre domaine viticole? Oui, mon père me dit toujours: "Diederich, vas-y!" Il a l'habitude de déléguer. J'entends souvent aussi: "J'aurais quand même fait autrement"... La dégustation de l'assemblage est quelque chose que nous faisons en famille, y compris avec ma soeur. Et, en cas de dilemme, comme le veut la tradition italienne, c'est la 'mamma' qui tranche!"

Patrick De Maeseneire et son fils, Diederich. ©rv

À San Vincenti, un village du Chianti (Classico) situé près de Gaiole, entre Florence et Sienne, tout se passe en famille depuis que les Belges sont tombés amoureux de ce village, en 2009. Patrick De Maeseneire (61 ans) travaille pour la famille suisse Jacobs depuis plus de vingt ans déjà. D'abord au sein du groupe chocolatier Barry Callebaut, ensuite, à deux reprises pour le groupe de services en ressources humaines Adecco, dont il était encore CEO il y a trois ans. Depuis, il dirige le holding de la famille Jacobs, qui est toujours actionnaire de Barry Callebaut, mais a vendu ses actions d'Adecco.

Ces dernières années, elle a racheté deux autres sociétés: la chaîne dentaire Colosseum Dental et le groupe d'écoles privées Cognita. Entouré d'une équipe d'une dizaine de personnes, le Belge gère plus de 7 milliards d'euros à Zurich, où se trouve son domicile et son lieu de travail.

Son fils Diederich (33 ans) a suivi une formation en biochimie du vin à l'école hôtelière du CERIA d'Anderlecht, suivie de plusieurs formations sur la fermentation, le contrôle qualité et la législation environnementale du vin, notamment à la prestigieuse École du vin de Bordeaux. En Belgique, il a fondé l'entreprise d'importation de vins et caviste en ligne Vintology.

Laisser-aller

Depuis dix ans, père et fils gèrent un vignoble situé à 600 mètres d'altitude à San Vincenti, en Italie. "Nos parcelles sont orientées sud-ouest, ce qui est un atout", précise Diederich. "Surtout lorsque la température dépasse les 35°C et que les vignes se mettent en mode sommeil pour se protéger et, donc, ne produisent pratiquement plus de sucres.

Nous pourrions produire 15.000 bouteilles, mais nous préférons nous limiter à 5.0000

À l'inverse, le soir, quand la température baisse brusquement, le vignoble bénéficie encore d'une exposition au soleil. Autre avantage: il y a souvent beaucoup de vent, ce qui met les grappes à l'abri de l'humidité et forme également une protection naturelle contre les infections et les moisissures."

Mais le domaine a également des inconvénients. "Comme il est situé dans une partie boisée de la région du Chianti Classico, certains pieds de vigne à sa périphérie ne profitent pas de l'ensoleillement à cause des arbres qui peuvent aussi "empoisonner" le terroir. Le problème majeur, c'est que le vignoble a été négligé pendant des années", déplore Patrick De Maeseneire. "J'étais convaincu que nous pourrions rapidement le remettre sur pied, prêt à produire, mais après neuf vendanges, les traces de ce laisser-aller sont toujours là. Force est constater qu'il est impossible de corriger en deux temps, trois mouvements les erreurs commises en matière de culture et que le vin est un projet de longue haleine."

La famille De Maeseneire a investi beaucoup de travail (et d'argent) dans son vignoble au cours de ces dernières années. C'est la raison pour laquelle il a fallu attendre 2015 pour que la première cuvée soit mise en bouteille sous leur étiquette. En effet, jusqu'en 2014, leurs cuvées étaient vinifiées et embouteillées avec celles du domaine tout proche de La Macinaia de la famille De Gucht.

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Sangiovese, merlot et cabernet

Avec leurs 4,5 hectares, le père et le fils De Maeseneire jouent aujourd'hui pleinement la carte du trio sangiovese, merlot et cabernet franc. Le vignoble de sangiovese, qui représente les trois quarts de l'assemblage au maximum, est constitué de différentes parcelles. Environ 3 hectares sont plantés de vignes de 20 ans d'âge, situées dans une cuvette, ce qui les protège en cas de gel.

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Les pieds les plus vieux, de 60 ans et plus (sur 0,5 hectares), se trouvent un peu plus haut. "À un moment donné, nous avions envisagé de les arracher, mais ce vieux vignoble, qui demande un peu plus de soins, apporte une valeur ajoutée dans les millésimes secs, parce que les vignes trouvent leur alimentation grâce à leur profond enracinement."

De plus, le domaine dispose d'un hectare de jeune cabernet franc, alors que le merlot est récolté dans un vignoble voisin, où les vignes sont cultivées sous la supervision de leur oenologue. Jusqu'au millésime 2017, ce fut Angela Fronti du domaine Istine. Depuis 2018, Markus Edler von der Planitz a pris le relais et est devenu l'oenologue du domaine. Ce professionnel a obtenu ses galons dans de grands domaines italiens tels que Montevertine, Castello di Ama et Castello dei Rampolla.

Agriculture biologique raisonnée

Père et fils abordent ce projet de manière aussi durable que possible. "Nous ne suivons pas toujours au pied de la lettre la législation européenne sur l'agriculture biologique. En effet, il est toujours permis d'utiliser des métaux lourds, comme le cuivre alors que nous pensons qu'ils restent dans le sous-sol et qu'ainsi, ils empoisonnent la texture des sols", déclare Patrick. "Il est préférable d'utiliser des produits biodégradables qui, en deux semaines, ont complètement disparu du sol, des environs et des nappes phréatiques."

Entre les pieds de vigne, ils ont planté de l'avoine japonaise, des boutons d'or et de la menthe. "Pour alimenter le sol en phosphore, manganèse et azote, nécessaires à la transformation du saccharose en glucose et fructose."

"Nous pourrions produire plus de 15.000 bouteilles en rouge, mais nous limitons le volume à 5.000", déclarent le père et le fils. "Pour cela, nous ne sélectionnons que nos meilleurs raisins. Depuis le millésime 2018, nous produisons également un rosé 100% sangiovese, ce qui est une première. Ce vin sera bientôt mis en bouteille. Nous tablons sur 1.200 bouteilles, mais nous ne le commercialiserons que si la qualité correspond à nos critères."

Bref, il faudra encore un peu de patience. La famille De Maeseneire sait mieux que quiconque que faire du vin ne s'improvise pas.

Les vins Di San Vincenti  

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La Canonica Di San Vincenti, 2015

Couleur? Rouge.
Cépages? Sangiovese, merlot, cabernet franc.
Prix? 16,90 euros.

Bien que cette cuvée soit élaborée à partir de 75 % de sangiovese, les 24 % de merlot apposent clairement leur sceau sur le bouquet et le goût. Ce 'maiden vintage' est plus ample et plus charnu que le 2016, bien que légèrement tuilé, avec un parfum de cannelle, cèdre, cerise noire et fraise (des bois). Bouche généreuse et juteuse, avec beaucoup de fruits noirs confits, une note de cacao et une pointe de vanille, et aussi une belle acidité. Un charmeur!

La Canonica Di San Vincenti, 2016

Couleur? Rouge.
Cépages? Sangiovese, merlot, cabernet franc.
Prix: 16,90 euros.

Curieusement, bien que cet assemblage comporte seulement 68% de sangiovese et plus de 30% de merlot, c'est une cuvée au caractère purement sangiovese qui se développe dans le verre, surtout en termes de fraîcheur. Robe transparente rouge grenat. Arômes d'airelle rouge et de baie de goji, notes légèrement épicées avec un soupçon de poivre vert et une fine touche de cèdre terreux à l'arrière-plan. Bouche très fruitée regorgeant de cerise, groseille et, surtout, mûre. Extrêmement juteux et frais.

Disponible via Vintology, Heidestraat 17 à 9820 Merelbeke.

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