"Ma LR539 Supertraction Décapotable a appartenu à Johnny Hallyday"

Dans son garage, Dirk Vermeersch possède cinq Rosengart, dont la LR539 Supertraction Décapotable (1939) du regretté Johnny Hallyday.

"À 19 ans, je voulais acheter une voiture de collection, mais mon père s’y est opposé, car je ne connaissais rien à la mécanique", raconte Dirk Vermeersch. "L'idée s'est estompée, mais pas mon amour pour les voitures." Récemment, son jardin a été inondé. Heureusement, le charmant garage, qu’il a construit il y a dix ans, est légèrement surélevé. "Auparavant, mes voitures étaient dispersées, alors qu'ici, nous les voyons tous les jours. Mais je l’ai aussi construit pour freiner mes ardeurs de collectionneur!" (rires)

Ses cinq Rosengart logent tout juste à l’intérieur. Même parmi les passionnés d'automobiles, cette marque est assez peu connue. "C'était également mon cas en 1997, lorsque j'ai découvert une annonce pour une Rosengart LR44 (1932). Elle était vendue en pièces détachées, par un homme qui souffrait de problèmes de dos. Je l’ai achetée pour 6000 francs (150 euros, NDLR). Peu après, toutes les pièces se trouvaient dans mon garage. Je me suis dit que j'allais y arriver. Et je me suis mis à mastiquer la carrosserie."

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Vermeersch a acheté cette Rosengart LR44 (1932) pour réparer une autre LR44, qu'il avait achetée en pièces détachées. Mais il n'y est pas encore parvenu.
©Thomas Vanhaute

Pour le moteur, c'était une autre histoire. "En Dordogne, j'en ai acheté un identique et en état de fonctionnement, que j'ai installé à côté. Ensuite, il ne me restait plus qu’à observer attentivement, et à suivre des cours du soir. Ça m'a permis d'acquérir quelques connaissances, mais je n'ai en fait jamais réellement beaucoup travaillé moi-même sur mes voitures. Je m'occupe de l'entretien, mais je n'ai pas réussi à me plonger vraiment dans la technique. Et quand on n'est pas sûr de soi, mieux vaut ne pas intervenir." Cette toute première voiture se trouve aujourd'hui dans un autre garage, dissimulée sous des bâches et des cartons. "Elle doit encore être assemblée. Est-ce que cela se concrétisera un jour? Dieu seul le sait!"

Vermeersch s'est plongé dans l'histoire de la marque. "Lucien Rosengart est né à Paris, de parents juifs polonais. Son père possédait une usine de mécanique de précision, où le jeune Lucien passait beaucoup de temps. Après son service militaire, il a lancé sa propre entreprise spécialisée dans les écrous, les rondelles et les vis spéciales. Il a inventé une vis à bois inoxydable qui a été utilisée dans la construction du métro parisien, grâce à laquelle il a fait fortune."

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"Pendant la Première Guerre mondiale, il a été contraint de se reconvertir dans l'industrie de l'armement. Après la guerre, il comptait parmi les personnes les plus riches de Paris. Il était ami avec André Citroën, Louis Renault et la famille Peugeot, qu’il fréquentait. Nanti de son seul diplôme de simple mécanicien, il est devenu directeur adjoint chez Citroën et a sauvé la marque de la faillite, un exploit qu’il a répété plus tard chez Peugeot. À l’époque, chaque voiture française contenait au moins une pièce provenant de ses propres usines."

Il a fondé sa propre marque automobile en 1928. "Il a acquis une licence pour produire la petite et abordable Austin Seven, qu’il a adaptée au marché français. Son activité commerciale a commencé avec la LR2, ici en version Torpedo (1929). Un modèle un peu plus grand a ensuite été introduit, comme cette LR 44 (1932)."

La Morgan ARP4, une voiture de sport produite en seulement 50 exemplaires
Le fourgon de livraison LR2 (1930) se tient joliment "dans son jus".
©Thomas Vanhaute

Vermeersch a aussi ramené sa LR4 Torpedo décapotable (1931) de France. "Je ne l'ai conduite qu’une seule fois. J'ai fait réviser le moteur il y a 15 ans, mais il n'a toujours pas été réinstallé. Quant à la camionnette LR2 (1930), elle est encore ‘dans son jus’, mais elle est en état de marche. Elle servait au transport de produits fermiers dans les Pyrénées – d'ailleurs, elle porte toujours le logo de Daniel et Marie Collet. J'avais prévenu un ami allemand du club: si jamais tu envisages de t'en défaire, pense à nous. Lorsqu'il a eu des problèmes de santé, il m'a contacté et je n'ai pas hésité une seconde."

"Johnny Hallyday a très peu roulé avec sa Rosengart LR539 Supertraction Décapotable (1939), sans doute parce qu'elle n’était pas assez rapide pour lui."
Dirk Vermeersch
Collectionneur

Sa pièce maîtresse est l'imposante LR539 Supertraction Décapotable (1939). "Elle a appartenu à Johnny Hallyday, un cadeau d'anniversaire offert par Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Gérard Lenorman, Coluche et Dani. Mais il ne l'a guère utilisée, sans doute parce qu'elle n’était pas assez rapide pour lui. Plus tard, la voiture s'est retrouvée dans un musée à Nancy, avant de passer entre les mains d’un collectionneur suisse. Après le décès de ce dernier, j'ai réussi à l'acheter à sa veuve. Elle n’a été construite qu’à 1053 exemplaires. Deux ont été vendues aux enchères l'année dernière, pour plus de 40 000 euros, et nécessitaient encore beaucoup de travail. Celle-ci est en état de concours, ou presque."

"Mais je ne fais pas de concours. Je préfère rester simple. Je roule ici, dans les environs. Pour le rassemblement annuel à Paris, je charge toujours une voiture sur la remorque. Ça fait plus de vingt ans que je suis membre du club, qui compte environ deux cents adhérents. Ma femme et ma fille Jolien m’accompagnent toujours. Comme je parle le néerlandais, le français, l'allemand et l'anglais, je fais office de relais. Le nombre d'adhérents du club reste plus ou moins constant: des gens décèdent, mais de nouveaux propriétaires de Rosengart viennent aussi s’ajouter."

"Quand j'aurai remonté ma BMW 3.0 C S, j'aurai en ma possession une des plus belles BMW"
Sa pièce maîtresse est l'imposante LR539 Supertraction Décapotable (1939). "Elle a appartenu à Johnny Hallyday, un cadeau d'anniversaire offert par Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Gérard Lenorman, Coluche et Dani."
©Thomas Vanhaute

Dans le garage, une affiche attire l'attention: celle de l'événement au cours duquel une Rosengart de 1930 a parcouru 100 000 kilomètres sans incident entre Lyon et Dijon, en 111 jours. Vermeersch nous montre des miniatures et une voiture à pédales, mais aussi d'autres inventions de Lucien Rosengart. "Il a déposé 130 brevets", explique-t-il. Un moteur auxiliaire pour bicyclette, un chargeur de batterie, des dynamos, des pompes à vélo et une lampe, la ‘dynapoche’: tout est présent ici. "Une fois, son baby-foot était à vendre, mais il était hors budget." Il possède également des armoires remplies de documentation. "Lorsque des objets de collection apparaissent, il y a toujours plusieurs intéressés. Mais nous nous connaissons et nous ne surenchérissons pas constamment."

"Après la disparition de la marque, Lucien Rosengart s'est retiré dans sa villa, dans le sud de la France, et s'est mis à la peinture. C'est là qu'il est mort." Il nous montre deux œuvres. "Il est tout aussi méconnu en tant que peintre!", s’exclame-t-il en riant.

Autobiographie

Dirk Vermeersch, né en 1954

Assistant administratif pensionné de la SNCB.

| Voiture de tous les jours: Land Rover Freelander (2014)
| La première: Volkswagen Scirocco I (1973)
| La meilleure: "J'ai toujours été satisfait de mes voitures."
| Vendue avec regret: Volkswagen Scirocco I (1973)
| Le rêve : "Quand j'étais petit, je rêvais d'une Mercedes-Benz 190 SL. Pour ça, il faudrait que je vende tout, et c'est hors de question."

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