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Bienvenue au Castello Sonnino où tradition rime avec amour du vin

Alessandro Michele, le directeur de la création de la maison Gucci, a tout de suite été séduit par les fresques du Castello Sonnino. ©Stefan Giftthaler

Niché au cœur de la Toscane et restauré par le baron et la baronne de Renzis Sonnino, le Castello Sonnino fait partie des “Gucci Places”, ces lieux emblématiques sélectionnés par la célèbre maison de mode.

Il était une fois un château perché sur une colline toscane, surplombant des hectares de vignes bien entretenues et de maquis dense. Sa tour médiévale en brique, fièrement dressée entre les silhouettes noires des cyprès, était visible à des kilomètres à la ronde. Dans ce château vivait une famille, descendante d’une illustre lignée d’aventuriers, d’hommes d’État et de mécènes. Ils cultivaient du raisin pour le vin, des olives pour l’huile et du blé pour la farine, et travaillaient leur terre comme on l’avait toujours fait, avec respect, habileté, diligence et prudence en égale mesure. Et ils partageaient leur expérience: des personnes venues du monde entier y séjournaient pendant des semaines ou parfois des mois, s’imprégnant des leçons que recelait le paysage sur la manière de mieux le respecter et le préserver.

Le Castello Sonnino se trouve dans la région du Chianti, en Toscane, à environ vingt kilomètres au sud de Florence. La tour date du XIIIe siècle. ©Stefan Giftthaler

La famille de Renzis Sonnino vit une existence de rêve, des décennies durant. Elle restaure la maison, crée un foyer pour ses deux enfants, Virginia (32 ans) et Leone (29 ans), et transforme le domaine en une entreprise inspirée par les traditions du lieu et dédiée à celles-ci.

Élevé à Florence, le baron, comme on appelait familièrement Alessandro, arrière-petit-fils de Sidney Sonnino (1847-1922, deux fois Premier ministre), a commencé ses prouesses viticoles sans portfolio formel, mais avec un palais sophistiqué. Traditionaliste avoué et attaché à l’élégance du bourgogne rouge, il s’inscrivait à contre-courant de la mode de l’époque (motivée principalement par le marché américain) qui favorisait les grands vins rouges taniques à forte teneur en alcool: il préférait produire des chiantis ultra traditionnels (avec une infime proportion de trebbiano, un cépage blanc local, une orthodoxie qui remonte à plusieurs siècles) et des assemblages IGT (Indicazione Geografica Tipica) d’un équilibre et d’une finesse exceptionnels. Le baron a également joué un rôle déterminant dans la création, en 1997, de la sous-appellation Montespertoli, la plus petite de la région du Chianti. Caterina, qui a suivi une formation d’artiste, s’est fait un nom en tant que conceptrice d’étiquettes de vin en collaborant avec des domaines italiens (Donnafugata, Fonterutoli, Guado Al Tasso) ainsi qu’avec des bodegas en Espagne et en Argentine.

©Stefan Giftthaler

Résidence historique

En 2015, Caterina fonde le Castello Sonnino International Education Centre, où elle invite des chercheurs, des universitaires et des doctorants à travailler avec elle pour créer des programmes d’études dans le cadre desquels le domaine (qui fait partie du registre officiel des résidences historiques d’Italie) est utilisé comme une sorte de campus dynamique. Ces personnes, qui viennent d’aussi loin que le Canada et l’Australie, logent au sein du domaine ou dans le village de Montespertoli afin d’acquérir une expérience pratique dans les vignobles et les oliveraies, et d’assister à des conférences sur le tourisme culturel ou la sécurité alimentaire. Quand les intérêts universitaires sont plutôt d’ordre historique, les étudiants et les enseignants ont accès aux archives de Sidney de Renzis Sonnino, entreposées dans une pièce splendide regorgeant de documents, photographies et cartes.

Quand Alessandro Michele, le directeur de la création de la maison Gucci, a vu les fresques, il a tout de suite été séduit par les lieux. ©Stefan Giftthaler

Depuis 2018, le château est l’un des sept “Gucci Places”, où sont accueillis les clients VIP de la maison italienne pour des visites privées. Cette collaboration voit le jour quand Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, cherchant le décor d’une campagne publicitaire, découvre le salon orné de fresques; à ses yeux, c’est le décor parfait. Caterina a même fait partie des mannequins lors d’une campagne publicitaire par la suite.

Pendant de nombreuses années, la famille vit des jours heureux. Ce conte de fées prend fin brutalement en mars 2021, quand le baron Alessandro décède du covid en moins de deux semaines. Âgé de 64 ans, il était dans la force de l’âge et à l’apogée de sa carrière de vigneron.

Virginia, Leone et Caterina de Renzis Sonnino. ©Stefan Giftthaler

Anticommercial

Courage et résilience face aux bouleversements et à la tragédie: au cours de ces deux dernières années, Caterina et ses enfants ont connu tout cela, pour le meilleur et pour le pire. Leone venait de quitter Hong Kong pour s’installer à Berlin et travaillait dans une startup retail; Virginia était basée à Rome, où elle produisait des prises de vues de mode et des événements à l’échelle internationale. Tous les deux avaient la vague idée de peut-être rentrer à la maison pour participer d’une manière ou d’une autre au projet Sonnino, mais ce n’est que suite au décès d’Alessandro qu’ils ont accéléré leur retour, Caterina ne pouvant plus gérer le domaine seule ni sans en vendre certaines parties.

Les éléments de décoration, comme le sofa “Camaleonda” de B&B Italia, sont bas pour ne pas bloquer la lumière ni cacher la vue. ©Stefan Giftthaler

Concilier la perte et le changement a donné lieu à une révélation. En se consacrant à la préservation des traditions du Castello Sonnino, Alessandro et Caterina ont façonné un lieu qui s’inscrit aujourd’hui à la croisée de multiples intérêts contemporains: le patrimoine, l’agriculture durable, l’apprentissage actif – et même la vogue des vins rouges italiens élégants. La génération suivante se devait de prendre le relai d’un projet aussi abouti.

“C’est un effet collatéral de son idéalisme: pour mon père, il était essentiel que les vins reflètent vraiment son terroir.”
Leone Sonnino

Dès son retour, suite au décès de son père, Leone se plonge dans tous les aspects de l’activité viticole de Sonnino: viticulture, production, affaires, promotion. “Mon père ne s’est jamais tourné vers les épices ni les tanins marqués, deux éléments recherchés par le marché américain”, explique-t-il à propos du mode de vinification de son père. “Il a conservé l’élégance qui reflétait la façon dont il voulait faire du vin, mais surtout, le terroir local, parfois au prix du succès.” Aujourd’hui, la boucle est bouclée: “Les tendances se sont pour ainsi dire, inversées: cette fraîcheur et cet équilibre sont recherchés, comme le côté ‘facile à boire’ représenté par le Chianti Montespertoli produit sur le domaine – un vin d’entrée de gamme qui obtient régulièrement des notes comprises entre 85 et 90.” “Il pouvait être un peu anticommercial”, poursuit Leone. “C’était un effet collatéral de son idéalisme. Pour lui, il était essentiel que les vins reflètent vraiment ce terroir.”

Le bureau et sa bibliothèque accueillante. ©Stefan Giftthaler

Il m’emmène voir la vinsantaia de Sonnino, le grenier aéré où les raisins malvasia et trebbiano sont déposés sur des nattes pour sécher plusieurs mois, suivant la méthode de l’appassimento, avant d’être pressés et scellés dans des fûts pendant au moins cinq ans, ce qui donne le vin doux traditionnel de Toscane. Il s’agit là de l’un des processus de vinification les plus incontrôlés et donc, les plus imprévisibles, et Alessandro était réputé pour être un de ses partisans les plus engagés (contrairement aux grands producteurs, il ne lésinait jamais sur les longs mois que requiert l’appassimento et faisait vieillir ses vins jusqu’à six ans), ce qui lui a valu de nombreuses récompenses.

Leone estime que la vinsantaia du Castello Sonnino, inchangée depuis des siècles, est l’une des deux ou trois seules de la région à être intactes. Lorsqu’elle n’est pas utilisée pour y sécher les raisins, Caterina y organise des cours de yoga ou de méditation.

La cuisine fait aussi office de petite salle à manger intime. ©Stefan Giftthaler

Location de vacances

Depuis, Virginia a rejoint sa mère pour diriger l’Education Centre. “Cela me semblait être ma place naturelle. Comme j’avais passé des années à travailler sur des tournages et des productions d’événements, il était logique de m’appuyer sur ces compétences et de les utiliser pour la programmation”, explique-t-elle. En moins de deux ans, elle a contribué à rationaliser les processus et à ouvrir la mission éducative de Sonnino. Que ce soit avec l’Université de Colombie-Britannique ou le Colorado College (deux des nombreuses universités dont le Castello Sonnino a accueilli des étudiants en master et en doctorat): “Nous collaborons pour l’élaboration de l’itinéraire et du programme. Une fois approuvés, la gestion se fait ici: des excursions en Toscane, mais aussi à Milan et à Rome, sont régulièrement organisées.”

Quand les programmes de l’Institut ne se déroulent pas en résidence, les appartements sont disponibles à la location. “J’ai veillé à ce que l’équipement de base soit excellent: lits, salles de bains, cuisines complètes. Je pensais au confort des étudiants. Ces logements sont très agréables, c’est pour cela sans doute qu’ils ont également bien fonctionné dans le cadre des locations de vacances.”

Autour d’un café du matin dans la salle à manger, Caterina revient sur la genèse de cette idée. “Je voulais générer un revenu en plus du vin, sans vendre, détruire, ni compromettre quoi que ce soit.” Elle souligne qu’au lendemain de la mort d’Alessandro, alors que l’avenir du Castello Sonnino en tant que maison familiale semblait quelque peu compromis, elle a été encouragée à envisager de vendre les vignobles. “Mais comment pourrais-je le faire, alors qu’ils constituent une partie aussi fondamentale de cet endroit?”

Suite au décès de son père, Leone est revenu au château pour se consacrer pleinement à la viticulture. ©Stefan Giftthaler

Charme des intérieurs

Fondamentale, c’est aussi le qualificatif qui convient à la maison proprement dite. D’ailleurs, la maison de mode Gucci a voulu collaborer avec le Castello Sonnino pour son projet “Gucci Places” en raison de son caractère, et pas uniquement de sa beauté. Très peu de choses ont changé dans la villa depuis que Caterina en a ouvert les volets pour la première fois. Si les tapis ont été nettoyés et quelques divans et canapés regarnis, son sens de la conservation des lieux contribue au charme des intérieurs. De nombreux meubles d’origine sont encore là: “C’est exactement ce que Gucci voulait. Un endroit qui n’a pas beaucoup changé depuis dix ou cent ans et dans lequel vivent ses propriétaires.”

Elle ajoute: “Nous avions une vision de l’entrepreneuriat dans laquelle tout doit être connecté; c’est ce qui le rend holistique et durable.” Elle lève les mains et esquisse un geste fluide qu’elle a déjà fait à plusieurs reprises, comme si elle réunissait des éléments disparates, pour souligner ce qu’est le Castello Sonnino: “Tous ces éléments – la maison, les vignes, la terre, les archives – sont liés. Nous avons toujours travaillé avec tout ce que nous avons ici. Supprimer une seule chose modifierait l’équilibre de l’ensemble.” Elle cite la déclaration de mission de l’Institut: “Living history to sustain the future”. Une description appropriée du lieu et de l’histoire qu’elle espère continuer à raconter.

Le Castello Sonnino est ouvert pour des dégustations de vin et les visites. On peut également y séjourner.
| E-mail: info@castellosonnino.it.

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