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Curiosité du Brésil: des piscines naturelles dans les dunes

Lençóis Maranhenses National Park

La rencontre entre les dunes namibiennes et des Maldives… C’est ce qu’évoque le parc national des Lençóis Maranhenses. Y naissent avec les pluies, un bac à sable géant et des lagons aux couleurs bleutées étonnantes.

Il est des trésors naturels qui aimantent irrésistiblement la boussole intérieure des voyageurs. Une attraction géographique qui opère comme le chant des sirènes sur les marins. Les Lençóis Maranhenses en font incontestablement partie. Sur les réseaux sociaux, ils figurent dans le peloton de tête des destinations secrètes "les plus instagrammables", "les plus photogéniques", "les plus extraordinaires" de la planète… Et pour cause.

Au nord-est du Brésil (à plus de 3.000 kilomètres de Rio de Janeiro), l’État du Maranhão cache cette pépite de 1.550 kilomètres carrés, confinée entre l’océan Atlantique et le fleuve Preguiças. Ce désert de sable tantôt doré, tantôt blanc d’ivoire, est modelé par des dunes oblongues pouvant atteindre 40 mètres de hauteur.

Le drapé de sa topographie, évoquant une étoffe ondulante, lui a donné son nom: Lençóis Maranhenses (les draps du Maranhão, en portugais). Ainsi, les plis de ces faux draps sont façonnés au gré du soleil et du vent, jusque-là, c’est dans la nature de tous les déserts. Sa particularité réside ailleurs.

Les dunes du Lençois Maranhenses.

Sahara meets the Bahamas

Sur ce désert étiré sur 70 kilomètres de littoral, il tombe en réalité jusqu’à 1.600 millimètres de précipitations par an, soit plus que dans les Hautes Fagnes ou en Écosse. Ainsi, cinq mois par an après la saison des pluies, le niveau de la nappe phréatique remonte et crée des lagons d’eau douce dans le creux des dunes.

Cette constellation de lacs turquoise, émeraude ou aigue-marine, phénomène naturel unique au monde, apparaît de juin à novembre puis s’évapore sous les grosses chaleurs, disparaissant lentement comme un mirage jusqu’à l’année suivante. Et, ce, depuis plus de dix mille ans -lorsque ce désert s’est formé à partir des alluvions du fleuve Parnaíba, transformées par le temps et l’alchimie des éléments.

Ce paysage mouvant, inlassablement redessiné par les caprices du vent, constitue un écosystème singulier. Classé Parc national en 1981, ce sanctuaire dunaire attire aujourd’hui quelque 60.000 visiteurs par an. Les excursions touristiques partent majoritairement de la ville de Barreirinhas, située au sud-est du parc et point de passage obligé.

Ici s’arrête l’asphalte et le véhicule roi est le 4x4. Intimement liée au fleuve Rio Preguiças, et enveloppée au creux d’un de ses lacets, Barreirinhas accueille ses visiteurs par une grande dune qui ‘pousse’ en plein centre-ville. Par ailleurs, le désert gagne vingt mètres par année, quitte à engloutir la végétation et des habitations.

Pêcheur de la lagune de Punta Verde.

Village de pêcheurs Santo Amaro

Mais ce désert se mérite. Après avoir rejoint la capitale du Maranhão, São Luis, depuis Rio de Janeiro, il faut encore compter plus de trois heures de voiture pour rejoindre Santo Amaro. Une route rectiligne défile, sans grand intérêt, bordée par une végétation luxuriante, lustrée par les dernières pluies de juin. À mi-chemin, première halte à Axixá.

Une grande partie des magasins alignés en rang d’oignons affichent sur leurs façades colorées le mot "juçara" (açaï) peint à la main. Avec l’engouement des Occidentaux pour la baie pourpre aux mille vertus, le bourg s’est spécialisé dans sa récolte. Ses forêts regorgent de palmiers pinots sauvages qui produisent ce fruit.

À l’aide d’un bandeau de jute enfilé autour des chevilles, les saisonniers grimpent au sommet des troncs effilés pour récolter les grappes mûres. Une barque nous attend pour traverser les eaux caramel de la rivière Muním.

Nous rejoignions, cent quarante kilomètres plus loin, Santo Amaro do Maranhão, où 10.000 habitants vivent modestement dans des maisons bigarrées agencées en bloc. Au marché, les pêcheurs présentent les prises du jour sous le nez du boucher affairé à rôtir ses poulets. Les fruits et légumes ne sont pas pléthore.

L’État du Maranhão est le plus pauvre du Brésil et la plupart des gens se nourrissent ici de poisson et de manioc. À la tombée du jour, chacun allume la télé (pour le son!), puis sort une chaise devant sa porte, afin de prendre le frais et discuter avec les voisins. L’ambiance est conviviale. Simple mais chaleureuse. Comme partout dans le monde, les gamins jouent au foot dans la rue. Personne ne veille très tard car les journées commencent tôt à Santo Amaro.

Pêcheurs du village de Travosa.

Entre terre et mer

Pêcheur du village de Punta Verde.

Au petit matin, Umberto, un jeune homme de la petite île de Ponta Verde, nous y conduit en bateau traditionnel, à quarante minutes de navigation. La surface de l’eau est recouverte d’un voile soyeux de jacinthes d’eau violettes et de petites fleurs aquatiques jaune doré.

Dans le village de pêcheurs, les peaux couleur pain d’épice et les yeux clairs rappellent le métissage historique de cette région du Nordeste. La communauté, fondée par les ancêtres d’Umberto, compte aujourd’hui 150 personnes. "Notre défi pour le XXIème siècle est d’avoir l’électricité et de s’ouvrir au tourisme!", dit-il.

Face à Ponta Verde, les premières dunes, qui dessinaient au loin un fin ruban de satin blanc, apparaissent dans toute leur splendeur. Modelées et tassées par les alizés, elles affichent des formes sculpturales parfaites. Contre toute attente, le sable immaculé ne brûle pas les pieds. Les lagons cyan ondoient sous la brise. L’eau douce et tiède est un enchantement.

Aux alentours, les lacs, tels les osselets des peintures de Viallat, se démultiplient jusqu’à l’océan Atlantique. Toutefois, tel un mirage, il faut se méfier de ce paysage changeant: quand il ne pleut pas, les températures peuvent monter jusqu’à quarante degrés. Les soirs de pleine lune, le désert blanc se fait lumière et l’eau scintille comme des saphirs.

Le village de Santo Amaro.

90.000 hectares de dunes mobiles

Le bar Estresse Zero sur la plage d'Atins.

À l’extrême ouest du parc, voici le village de Travosa. Il est fameux dans toute la région pour ses petites palourdes grises (Phacoides pectinatus) que l’on appelle ici "sarnambi". Quand la marée se retire, les femmes grattent le sable à mains nues pour en extraire les coquillages. Chacune en ramasse près de 7 kilos par jour.

Ce jour-là, Alini, une finaliste du concours MasterChef de São Luís, est venue nous les préparer avec du lait de coco et du riz. Elle partage volontiers sa recette. Un délice que l’on déguste sous les cocotiers.

Le lendemain, pour rejoindre Atins, nous quittons Santo Amaro, direction Barreirinhas. La remontée du Preguiças longe la mangrove bordée de palétuviers rouges. Elle abrite des caïmans à lunettes et des daguets rouges et des pacas, sortes de petits rongeurs joliment tachetés.

Des cabanes de pêcheurs très sommaires, en bois et palmes séchées, ponctuent le tracé du fleuve aux reflets grenat. À son embouchure, sur la rive gauche, le village d’Atins, saupoudré de sable fin comme du sucre glace, est blotti entre dunes et océan. Au débarcadère, des bœufs, des ânes et des quads attendent les passagers.

La vie sociale commence chez Chico Jacinto, le café Technicolor du village. Les tables, faites de pneus peints en mauve et en jaune, les vases ripolinés en vert ou rose, les fleurs rouges et orange… donnent l’impression d’un décor imaginé par Pedro Almodóvar. Autour, les pousadas ont poussé comme des champignons.

Quand Bernard de Laroche, le vice-président de l’association des guides des Lençóis, s’est installé à Atins au début des années 2000, il y avait quatre auberges; il y en a une quarantaine en 2019. Pas d’électricité. Elle est arrivée il y a six ans. Les quads traversaient le désert jusque dans la ‘zone primitive’ qui compte les deux oasis de Queimada dos Britos et Baixa Grande; ils y sont aujourd’hui interdits.

Le "carçara" ("le plouc de la plage, comme on s’appelle amicalement entre guides", dit Bernard) déplore avoir vu, un jour, plus de 150 Toyota au pied de la lagoa Azul (un des premiers lagons, où tout le monde s’arrête pour une excursion d’un demi-jour). À noter, deux autres lagunes sont également prisées par les voyageurs qui rêvent de dévaliser ces éminences de sables et piquer une tête dans leurs eaux cristallines: lagoa Esmeralda et lagoa do Peixe.

Patrimoine mondial de l'Unesco

Le village de Santo Amaro.

Mieux qu’un trek, le cheval est le plus beau moyen de traverser le parc. Rendez-vous à l’aube avec Facundo. Le gaucho nous conduit à Ponta do Mangue, chez son amie Ziluca. La vieille femme est truculente. Directe, rieuse et amicale, à l’image des habitants des Lençóis. Elle vit de troc, échange ses poissons contre de la farine de manioc, des citrouilles, de la tiquira.

Elle accueille aussi des voyageurs auxquels elle prépare le meilleur poulet de la région. Avec son association, elle milite pour que le parc soit reclassé en réserve naturelle. Pour plus de liberté. Mais aussi pour que les Lençóis, dont l’avenir semble bâti sur du sable, demeurent à jamais un immense jardin zen.

Si le tourisme s’est particulièrement développé depuis quatre ou cinq ans, le nombre d’employés chargés de la protection du parc par l’ICMBio, l’Institut Chico-Mendes pour la conservation de la biodiversité, rattaché au ministère de l’Environnement, n’a pas changé.

Ils sont toujours cinq pour veiller sur les 155.000 hectares du parc dont 90.000 de dunes mobiles et de lagons, et 80 kilomètres de littoral. Le Parc national des Lençóis Maranhenses ne figure pas au patrimoine mondial de l’Unesco mais fait l’objet d’une Liste indicative publiée en juin 2017, dans l’espoir d’un classement futur. 

La compagnie aérienne Latam opère des vols quotidiens Paris-São Luís via São Paulo à partir de 675 euros. 

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