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Hudson Yards, le nouveau hotspot de New York

Alors, chawarma cuivré ou Escher IRL? The Vessel, œuvre de Thomas Heatherwick, fait décidément beaucoup parler de lui. ©Michael Moran for Related-Oxford

Le ‘Far West’, dernier quartier de Manhattan à avoir échappé à la gentrification, a été conquis. Au terminus de la High Line, l’ancienne voie ferrée suspendue, un méga projet de 22 milliards d’euros vient de sortir de terre. Hudson Hards est le plus ambitieux laboratoire d’urbanisme depuis la construction du Rockefeller Center. Place to be ou playground pour milliardaires?

‘Thunderdome’. ‘2060 Underwater amusement park’. ‘Shit-Gibbon’. Jerry Saltz, célèbre critique d’art du magazine New York et ancien lauréat du Prix Pulitzer, n’a pas manqué l’occasion d’exprimer sur Twitter son dégoût pour The Vessel (le vaisseau), la sculpturale structure en degrés du designer britannique Thomas Heatherwick érigée à l’ouest de Manhattan.

L’œuvre d’art a été ouverte au public le mois dernier, lors de l’inauguration officielle du tout nouveau quartier résidentiel et commercial de Hudson Yards. En fait, The Vessel fait plutôt penser à une ruche. En référence aux 2.500 marches des 159 volées d’escaliers, Heatherwick compare l’œuvre d’art à une structure d’escalade, ce qui est une belle image vu son prix: 176 millions d’euros! Suffisamment pour que la communauté sur les réseaux sociaux se moque et lui invente des petits noms - ‘chawarma cuivré’ ou, plus indulgent, ‘Escher IRL’.

©Scott Frances

Vertige

Finalement, c’est Saltz le plus virulent critique de ce développement immobilier. En effet, le célèbre journaliste n’était pas plus favorable au nouveau quartier, dont l’œuvre de 45 mètres de haut n’est que la goutte qui fait déborder le vase. Et le qualificatif de ‘Dubaï-sur-Hudson’ ne doit pas être pris pour un compliment!

Le nouveau siège social de L’Oréal (ci-dessus). Ce nouveau quartier de Hudson Yards devrait attirer plus de 55.000 personnes pour en assurer l’activité. ©Steve Freihon for Related-Oxford

Compliment ou pas, nous comprenons le point de vue de Saltz. Grands et scintillants immeubles à appartements qui reflètent la skyline et l’eau. Observatoires. Appartements chics. Centre commercial pour marques de luxe. Hudson Yards est l’un des plus ambitieux projets immobiliers américains de l’histoire, et probablement le plus mégalo depuis que le Rockefeller Center a redessiné un quartier de Manhattan dans les années 1930.

Les chiffres donnent le vertige. Ce projet, à l’ouest de Manhattan, s’étend sur 113.312 mètres carrés et comprend un (petit) parc, une douzaine de bâtiments dont un centre d’art de 500 millions de dollars inauguré le 5 avril, un centre commercial ainsi qu’un gratte-ciel accueillant une des plus hautes plateformes d’observation extérieure. Il faut débourser au minimum 3,8 millions d’euros pour un appartement, et certains dépassent même les 28 millions. Le vertige, on a dit.

La facture? 22 milliards d’euros. Ce qui, selon le magazine Forbes, en fait le projet immobilier le plus cher de l’histoire américaine.

Plus de 100.000 m2 dédiés au luxe dans un nouveau quartier à New York. ©Related-Oxford

Superbe vue

Grâce aux grandes entreprises, telles que WarnerMedia et L’Oréal USA, qui s’y sont installées, le quartier accueillera 55.000 nouveaux employés, qui à l’heure du lunch ou de l’happy hour, ont le choix parmi une série de restaurants chics et de chefs aussi réputés que Thomas Keller et José Andrés.

Hudson Yards se trouve aussi au terminus nord de la High Line, l’ancienne voie ferrée suspendue qui s’enroule depuis Chelsea autour de Hudson Yards, avec en prime une superbe vue sur le fleuve Hudson. Ceux qui souhaitent s’y rendre en métro peuvent désormais descendre dans la nouvelle station de métro Hudson Yards, nouveau terminus de la ligne 7, exceptionnellement clean par rapport aux autres stations de métro.

La marque de sacs à main Coach s’est aussi installée à Hudson Yards. ©Steve Freihon for Related-Oxford

En sortant de la station, on tombe nez-à-nez avec The Vessel et, au loin, s’étend un luxueux centre commercial de cinq étages, The Shops at Hudson Yards. Des marques de luxe comme Aritzia, Coach, Cartier, Dior et Dunhill s’y sont déjà installées. Et ce n’est que la quatrième lettre de l’alphabet.

On a peine à croire que jusque récemment, le quartier était connu sous le nom de ‘Far West Side’ de New York, principalement dû à sa situation à l’extrême ouest, mais aussi au fait qu’il s’agissait pour ainsi dire de la dernière partie non développée de Manhattan d’un point de vue immobilier. Jusqu’à ce que, profitant de la crise financière de 2008, le milliardaire et promoteur immobilier Stephen M. Ross scelle le deal lui permettant d’y développer ce projet, en collaboration avec Oxford Properties Group.

Belles berlines

Avant, il y avait des entrepôts, des usines et des quais de chargement, témoins d’une autre époque, quand régnait un intense trafic d’origine industriel sur le fleuve Hudson. Dans les années 1970, l’endroit est également connu comme une sorte de Chicago où prostitution et trafic de drogue font la loi.

Il suffit de sortir du cocon de Hudson Yards pour retrouver l’atmosphère de ce quartier portuaire d’antan (moins la drogue et la prostitution). Ici, pas de bling-bling, mais d’encombrants bollards désormais inutilisés, des garages et, un peu plus loin, une piste de bowling un peu miteuse, des bateaux de plaisance.

Exception qui confirme la règle: le Classic Car Club. Mike Prichinello, son fondateur, a établi ce club automobile privé dans le quartier il y a 15 ans déjà, sur un ancien quai de chargement postal, comme l’attestent les griffes mécaniques du plafond qui traînaient les gros sacs de courrier. Aujourd’hui, on y trouve les belles automobiles mises à la disposition des membres du club privé, un restaurant, un espace de co-working ainsi qu’un bar extérieur avec une vue fantastique sur le fleuve.

Depuis son ouverture, Hudson Yards n’a pas eu très bonne presse. D’abord, il y a eu les surnoms donnés à The Vessel. Ensuite, un site Web local a révélé que Hudson Yards, son propriétaire, possédait les droits commerciaux à perpétuité pour toutes les photos prises à proximité de la sculpture. Cependant, suite à la campagne d’indignation en ligne qui s’en est suivie, Hudson Yards a modifié sa politique en matière de photos.

Depuis, l’équipe des relations publiques a d’autres chats à fouetter. Stephen M. Ross, l’initiateur du projet, a dû préciser à la presse que Hudson Yards n’était pas un “terrain de jeu pour milliardaires”, ainsi que l’avait affirmé un journaliste. Le fait que 15 Hudson Yards, un des immeubles résidentiels du projet, offre des entrées séparées aux propriétaires d’appartements et aux locataires subventionnés n’a certainement pas aidé. Sans compter les plus de 5 milliards de dollars d’avantages fiscaux obtenus par le projet, manne qui n’a pas non plus été une bonne nouvelle pour l’équipe marketing.

Ross s’est défendu. "Ce n’est pas une enclave", a-t-il déclaré. "C’est le New York comme on l’aime, avec tout ce qu’on veut à deux pas de chez soi." Le détail le plus révélateur? Le surnom que Ross a donné au Vessel, ‘the social climber’.

Certes, The Shops at Hudson Yards regroupe pléthore de labels de luxe tels que Cartier, Dior et Dunhill. Mais on y trouve aussi des restaurants, comme le Queensyard, qui présente une cuisine anglaise. ©©2019 Francis Dzikowski/OTTO

Hotspots

To shop

Online in real life: The Conservatory 

The Conservatory ©©2019 Francis Dzikowski/OTTO

On pourrait penser que l’online shopping in real life signifie juste “faire du shopping”. Erreur: l’approche de The Conservatory, un concept store multi-marques à l’intérieur minimaliste se situe quelque part entre les deux. On commence par créer un compte en ligne. Ensuite, on se connecte en passant à la boutique de Hudson Yards. Deux options sont possibles, soit l’article que l’on cherche est disponible et on l’embarque, soit on le place dans son panier virtuel pour qu’il soit livré à domicile. Et si c’est trop compliqué, on peut aussi tout simplement aller faire un tour au rayon des plantes et au Teak Tearoom, le bar à thé du Conservatory.

20 Hudson Yards. Ouvert du lundi au samedi de 10h à 21h, le dimanche de 11h à 19h. 

Chaussures en édition limitée: M. Gemi

Avec leur soif de disruption, les start-ups ont déjà bouleversé de nombreux secteurs industriels. Pour celui de la chaussure, il a fallu attendre l’Italienne Maria Gangemi et son label M. Gemi. La marque ne lance pas de collections complètes, mais choisit chaque lundi un nouveau modèle, fabriqué en Italie en édition limitée que les clients peuvent acheter en ligne. Dans l’intervalle, M. Gemi ne se limite plus à l’e-commerce et a ouvert trois points de vente sur la côte Est des États-Unis. Mais seul celui de Hudson Yards permet, sur réservation, de profiter d’un moment VIP dans le café italien de la boutique.

20 Hudson Yards. Ouvert du lundi au samedi de 10h à 21h, et le dimanche de 11h à 19h. 

Technologie anti-odeur: Rhone

Si l’on recherche des vêtements de sport à Hudson Yards, on peut pousser la porte de Lululemon ou de Yogawear, des marques principalement destinées aux femmes. Rhone, par contre, est dédiée aux vêtements de sport haut de gamme pour hommes. Depuis sa création en 2014, la marque américaine conquiert le marché en toute discrétion. Grâce à sa “technologie anti-odeur”, un fil d’argent incorporé dans les tissus qui, selon le label, offre une protection antibactérienne et anti-odeur, mais surtout parce que la plupart des vêtements Rhone sont également idéaux en dehors de la salle de sport.

20 Hudson Yards. Ouvert du lundi au samedi de 10h à 21h, et le dimanche de 11h à 19h. 

To eat & drink

Fuku ©Zack DeZon

Tapas en Amérique: Mercado Little Spain

New York avait son Little Italy, mais pas encore son Little Spain. C’est chose faite a grâce au chef hispano-américain José Andres, qui a importé le concept ‘Mercado Little Spain’ à New York. Il ne s’agit pas d’un vrai marché, mais l’explosion de couleurs et de saveurs du Mercado de 3.000m² n’en est pas moins impressionnante. On y trouve trois restaurants: ‘Leña’ propose des paellas et des grillades de viande, ‘Mar’ des fruits de mer espagnols et ‘Spanish Diner’, des ‘croquetas de pollo’ ainsi que toutes sortes de plats à base d’œufs. On y trouve aussi une douzaine de stands spécialisés pour déguster tapas, bocatas, empanadas, calamars, cocktails glacés, vins et cafés.

10 Hudson Yards. Ouvert tous les jours de 17h à 22h. Les heures d’ouverture seront prolongées ce printemps.

Café High Line: Blue Bottle Coffee

La chaîne de café haut de gamme Blue Bottle Coffee a vu le jour en Californie. Cette entreprise unipersonnelle est dirigée par James Freeman, qui a commencé en faisant de la torréfaction de café dans son abri de jardin pour ses amis. Depuis ces débuts rustiques, l’entreprise a bien grandi et aligne plus de 50 établissements aux États-Unis et dix au Japon. Le géant alimentaire Nestlé a récemment acquis une participation majoritaire dans l’entreprise. Pour les fans européens, Blue Bottle est incontournable. L’entreprise est bien représentée à New York, mais aucun des cafés ne peut se targuer d’offrir une vue sur le Shed et la High Line.

20 Hudson Yards, #228. Ouvert de 7h à 19h en semaine et de 8h à 19h le week-end. 

Poulet au piment: Fuku

Qualifier Momofuku de “chaîne de nouilles” ne rend pas justice au concept du chef américano-coréen David Chang. “Haute cuisine à base de nouilles à prix abordable” est peut-être une meilleure définition. L’adresse est toujours noire de monde et pour ne pas lasser les foodies, il invente sans arrêt des nouveaux concepts. Son dernier né, Fuku, est axé sur le poulet rôti. Goûtez donc le dernier-né, le ‘Spicy Fried Chicken Sandwich’, garni d’une cuisse de poulet croustillante épicée au piment habanero. Parfait avec un ‘slushea', une boisson glacée sucrée.

20 Hudson Yards. Ouvert tous les jours de 11h à 22h. 

To go

Carrosserie rutilantes: Classic Car Club

Classic Car Club ©rv

Une Lincoln Continental de 1964, une Alfa Romeo GTV 1750 de 1971, une Aston Martin Vantage de 2019: pour 180 dollars par mois, les amateurs d’élégantes voitures classiques peuvent devenir membres du Classic Car Club et se retrouver dans le restaurant attenant. Les week-ends, en matinée, le public peut venir admirer les voitures et la vue sur le fleuve. Pour ceux qui n’aiment pas les moteurs, le voisin Roula Cycling loue des vélos pour des excursions à New York et les livre chez vous, à votre hôtel ou au point de départ de votre choix.

1 Pier 76, 408 12th Avenue. Le club house est ouvert tous les jours de 8h à minuit en semaine et à partir de 10h le week-end. 

Haut, c’est haut: The Edge

The Edge ©Related-Oxford

Non, il ne s’agit pas du guitariste du groupe irlandais U2, mais une des plus hautes plateformes d’observation extérieure artificielle. Cependant, il ne faut pas avoir le vertige: le balcon est situé au 100ème étage d’un gratte-ciel (soit à 335 mètres) et le sol est en verre. The Edge ouvrira l’année prochaine. L’Empire State Building et le One World Trade Center n’ont qu’à bien se tenir!

30 Hudson Yards. 

Film à bulles sale: The Shed

The Shed ©rv

Le magazine d’architecture Dezeen a comparé à du ‘film à bulles sale' le revêtement du tout nouveau bâtiment culturel The Shed. Ce qui n’enchantera pas l’agence Diller Scofidio + Renfro, qui a conçu The Shed - et à qui l’on doit également le Broad Museum de Los Angeles. Le revêtement fait partie de la “carapace” coulissante qui transforme la place en vaste salle de spectacle. Le 5 avril, le centre culturel ouvre ses portes avec cinq nuits de concerts célébrant l’influence de la musique afro-américaine, qui seront suivies par une exposition de l’artiste Trisha Donnelly et, en mai, par une série de concerts-performances de Björk.

West 30th Street, entre la 10th et la 11th Avenue. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 18h. Ouvert jusqu’à 20 h le jeudi, le vendredi et le samedi. 


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