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La petite-fille du fondateur de Ryanair, vise le marché du luxe

Danielle Ryan, la petite-fille du fondateur de Ryanair, lance sa ligne de parfum. ©RV

Actrice, philanthrope et femme d'affaires, Danielle Ryan n'a que trente ans mais elle en est déjà à sa troisième carrière. Avec sa maison dédiée à la culture et au luxe, la carrière de l'héritière de Ryanair prend un bel envol. Inspirés par le vent du désert, la technologie et l'Ouest de l'Irlande, ses parfums sont enfin disponibles en Belgique.

Bon marché, tapageuse et axée sur le quantité: l'entreprise fondée par sa famille est tout ce que la sienne n'est pas. En effet, la petite-fille du fondateur de Ryanair, Danielle Ryan (30), est l'inspiratrice de Roads, un groupe spécialisé dans le luxe et la culture. Concrètement, l'héritière commercialise des livres, des films et des parfums. Un an après leur lancement, ces derniers sont enfin disponibles en Belgique. "Comme ma mère a vécu dans la région d'Anvers, la Belgique n'est pas terra incognita pour moi", rappelle la jeune femme.

Tony Ryan (décédé en 2007), le fondateur de la compagnie aérienne lowcost Ryanair, dans sa maison à Kildare, Irlande. ©EPA

C'est en 1985 que son grand-père, Tony Ryan, fonde la compagnie aérienne low cost Ryanair. Son père, pilote, entre un peu plus tard dans l'affaire, ainsi que ses deux frères. Il y a dix ans, la famille Ryan vend une part importante de sa participation majoritaire dans Ryanair. Mais leur société d'investissement, Irelandia, possède encore une participation cachée dans l'ancienne entreprise familiale, tout comme dans les autres compagnies low cost que sont Tiger Airways et VivaColombia. Danielle Ryan possède aussi des participations dans la compagnie aérienne familiale. "Je n'avais pas conscience du succès de Ryanair quand la société est entrée en bourse, en 1997. Je n'avais que 12 ans et je m'intéressais surtout à l'art et au théâtre."

Entrer dans l'entreprise familiale n'a jamais été son choix. "Bien sûr, je sais beaucoup de choses sur l'aviation, mais, contrairement à mon père et à mon grand-père, ça n'a jamais été ma passion. Par contre, ils m'ont beaucoup appris sur le monde des affaires. Ma famille n'a jamais eu peur d'avoir de l'ambition et j'ai ce trait familial." Ryan dit d'elle-même qu'elle est ambitieuse et rêveuse: "Je suis aussi extrêmement bien organisée et attentive aux moindres détails. "

L'héritière de la famille la plus riche d'Irlande est installée à Dublin, où elle vit et travaille. "Ma famille bosse dur. À la maison, les affaires étaient notre quotidien. Vie et travail étaient mélangés, et quand on grandit dans cet environnement d'entrepreneurs, on est contaminé. Chez moi, il y a des échantillons de parfum partout, des scripts sur toutes mes tables et les livres envahissent mon lit." Elle déclare ressembler physiquement à sa mère et intellectuellement à son père. "Mon époux me le dit souvent. Quant à savoir si c'est bon ou mauvais, vous n'avez qu'à le lui demander!", s'exclame en riant l'Irlandaise, mariée depuis 2012 avec son amour de jeunesse, l'avocat Richard Bourke, père de sa fille de cinq ans et de son fils de trois ans.

Danielle Ryan, petite-fille du fondateur de Ryanair, a mené un projet humanitaire au Sri Lanka pour participer à la reconstruction du pays après des années de guerre civile. ©RV

Projet au Sri Lanka
Riche, couronnée de succès et heureuse en ménage: Danielle Ryan semble née pour le bonheur. Mais il y a quelques années, en deux mois, elle a perdu son père et son grand-père, tous deux décédés d'un cancer. Elle venait alors d'achever ses études à la prestigieuse école d'art dramatique londonienne RADA et de décrocher un rôle dans la série télé The Tudors. Son père, Cathal Ryan, n'avait que 47 ans et laissait une fortune de plus de 250 millions d'euros, dont une partie a été intégrée au Cathal Ryan Trust.

Un des souhaits du pilote était de créer à Dublin la première école d'art dramatique d'Irlande. Danielle Ryan, sa fille aînée, s'est chargée de cette mission et a fondé The Lir en 2011. Elle s'est également chargée de réaliser l'autre souhait de son père: concrétiser un projet de reconstruction au Sri Lanka, une nécessité criante après des années de guerre civile. "Ma mère est Sri-Lankaise. Quand j'étais enfant, nous y avons vécu en famille pendant un certain temps. Nous avons déménagé quand les émeutes ont commencé. Pour moi, c'était le paradis, mais quand je suis revenue, en 2009, le pays était complètement détruit." Son père voulait aider le Sri Lanka à se reconstruire, mais son agenda chargé ne le lui a pas permis. "À sa mort, j'ai contacté l'UNICEF et les autorités locales pour mettre sur pied un projet dans le nord du pays, là où la guerre avait fait le plus de ravages. Nous avons recueilli des enfants soldats, construit des écoles et des hôpitaux, formé des enseignants et des infirmières. Depuis, le gouvernement et d'autres ONG ont repris le projet, mais je m'y suis consacrée intensivement pendant trois ans. Une période magnifique. Les projets à Dublin et au Sri Lanka m'ont permis d'acquérir les dernières connaissances dont j'avais besoin en matière de gouvernance internationale. Cela a boosté ma confiance en moi pour lancer Roads. De même, mes talents d'actrice viennent parfois à point nommé dans les affaires internationales!"

Roads commercialise des parfums, des livres et des films. Drôle de mélange? "Pas du tout", répond l’Irlandaise. "Ce sont trois façons de raconter des histoires." ©Nathalie Warny

Paparazzo
Danielle Ryan a fondé Roads en 2013. Le label est conçu comme un groupe de luxe et se compose de trois entreprises: une maison de parfums, une maison d'édition et une maison de production. Trois domaines qui semblent assez éloignés, mais la jeune femme n'est pas de cet avis. "Tous sont axés sur le storytelling. Les histoires et la littérature ont toujours compté dans ma vie, d'ailleurs je fais du théâtre depuis l'âge de 12 ans. Que l'on raconte une histoire par le biais d'un film, d'un livre ou d'un parfum, pour moi, c'est la même chose", explique Ryan. "Grâce à ma formation d'actrice, j'ai beaucoup d'affinités avec les histoires. Mes racines irlandaises y sont aussi pour quelque chose: la littérature est liée à notre culture. À la maison, c'était notre principal sujet de conversation. Plus que l'aviation!"

La maison d'édition Roads a lancé sa première collection au cours de l'été 2013. Elle se composait de quelques livres d'art, notamment sur l'architecture et la photographie, dont 'Paparazzo', un livre consacré au premier paparazzo du monde, l'italien Elio Sorci qui a inspiré le personnage que joue Marcello Mastroianni dans la Dolce Vita de Federico Fellini. Sa maison d'édition publie aussi des classiques de la littérature mondiale avec une présentation particulièrement soignée et une jaquette élégamment illustrée. Quant à la maison de production Roads, elle a actuellement douze projets dans le pipeline: "Le cinéma demande plus de temps que les livres et les parfums, mais on y arrive: notre premier documentaire sortira cette année. Nous participerons également à un certain nombre de festivals de cinéma".

L'entrepreneuse a fondé sa société dans son pays natal. "L'Irlande est un pays extraordinaire pour les entrepreneurs. En plus du faible taux d'imposition, il y a beaucoup de créativité. Et moi, je parviens à mieux me concentrer ici, à Dublin, même si je dois aller à Londres chaque semaine pour mes affaires. Je trouve qu'il est difficile de se concentrer dans la capitale britannique parce qu'elle est gigantesque. Quand je rentre à la maison, à Dublin, j'ai l'impression d'être à la campagne tellement c'est calme et paisible. C'est extraordinaire!"

Neuf personnes travaillent chez Roads. "Même si, aujourd'hui, nous distribuons nos livres et nos parfums dans le monde entier, notre entreprise est relativement petite. C'est ce qui la rend dynamique. Le groupe est structuré de manière à pouvoir y ajouter des activités, mais ce n'est pas d'actualité car, pour le moment, je suis archi occupée. Ce qui compte pour moi, c'est de pouvoir travailler ici avec des artistes qui ne font pas spécialement partie de l'entreprise. Je ne tiens pas à me charger de toutes les tâches créatives. Je me considère plutôt comme une sorte de productrice qui s'assure que tous les projets tournent rond."

Mes talents d'actrice viennent parfois à point nommé dans les affaires internationales.
Danielle Ryan

Parfum autobiographique
En janvier 2014, Danielle Ryan a commercialisé dix parfums simultanément, ce qui n'est pas exactement très subtil, mais ce n'est pas le genre des entreprises familiales, Ryanair en tête. Pour la création, elle a également opté pour une approche différente. "Au lieu de dire: je veux un parfum avec des fleurs, un autre avec un peu plus d'agrumes et une fragrance épicée, je suis partie d'une histoire, d'un moment, d'une ambiance ou d'un sentiment. 'Harmattan', par exemple, est inspiré du vent éponyme qui souffle au Sahara pendant une période bien précise de l'année. Le parfum est basé sur ses caractéristiques: chaud, poussiéreux, rafraîchissant et doux, mais aussi irritant et désagréable. Ainsi, chaque année, l'Harmattan paralyse l'aviation en soulevant du sable. Grâce à cette histoire, j'ai pu créer une fragrance intéressante avec, notamment, de l'ambre, de la lavande et du poivre noir. Oui, il est un peu autobiographique. J'adore le désert. J'y vais presque chaque année."

'Cloud 9' est également autobiographique. "Ce parfum est inspiré par les bons moments que je passe avec mes deux enfants. Il exhale la paix, le bonheur et l'intimité." Et pour un nouveau parfum basé sur l'Afrique contemporaine, elle a utilisé quelques ingrédients locaux authentiques. "Lorsque j'étais enfant, j'ai vécu un moment au Nigeria. J'ai essayé de capturer ces souvenirs dans un parfum. Mais toutes les fragrances ne sont pas liées à ma personne. Par exemple, j'ai aussi créé un parfum sur la technologie, 'White Noise'."

©RV

Curieusement, l'idée de créer des parfums lui est venue à l'école d'art dramatique que Ryan a fondée à Dublin. "Je voulais créer un parfum pour la salle, un parfum qui rende les spectateurs plus empathiques, plus impliqués dans pièce, sans réaliser pourquoi. Je trouvais très intéressante l'idée du parfum en tant qu'outil subtil pour souligner la narration et l'art dramatique."

Parfum unisexe
Pour traduire ses idées, Ryan a collaboré avec plusieurs maisons de parfum et des grands nez, mais elle préfère ne pas révéler de noms. "Mes histoires et les caractéristiques des parfums ont constitué le point de départ des entretiens. Parfois, je montrais des photos ou des oeuvres d'art pour expliquer ce que je voulais précisément. Pour 'Bitter End', un parfum inspiré par l'ouest de l'Irlande, j'ai lu un poème. Comme le nez n'avait jamais été dans cette région, ce poème remplaçait le voyage car il exprimait exactement ce que je voulais dire."

Tous les parfums Roads sont unisexe. "Dans le monde du parfum, on assiste à une tendance de fond: les hommes portent des parfums pour femme et vice-versa. Je pense que l'époque du marketing spécifique au genre est révolue. Personne n'aime être catalogué. D'ailleurs, le packaging est aussi neutre que possible. L'idée est que les gens décident si le parfum leur plait en se basant sur la senteur et non sur la forme du flacon. En plus, un parfum réagit différemment en fonction de la peau et du climat."
Gel douche, lotion pour le corps et bougies parfumées sont également prévus. Il ne reste plus qu'à savoir si les parfums Roads seront en vente sur les vols Ryanair.

Les parfums Roads sont en vente en exclusivité chez Verso à Anvers. www.roads.co

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