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Nager avec les orques dans les fjords de l'Arctique

Les orques n'ont qu'un seul objectif: faire remonter à la surface des bancs de harengs, les pousser vers la côte pour les assommer d'un coup de nageoire caudale. ©David De Vleeschauwer

Elles pèsent six tonnes. On les appelle 'killer whales' à tort: en réalité, les orques sont les plus grands dauphins du monde. Sabato est allé nager avec elles dans les eaux glacées du nord de la Norvège. "Heureusement, elles n'aiment que le hareng."

"Vous avez vu quelque chose?" Depuis le début de la soirée, notre bateau d'expédition, le M/S Malmö, se laisse doucement porter par l'océan Atlantique. Nous sommes amarrés en face d'un magnifique fjord, aux eaux très calmes, avec vue sur les Alpes de Lyngen enneigées. L'eau se pare de couleurs profondes, la lumière du soir se teinte de rose. Non, ce n'est pas mon imagination qui me joue des tours: une grande nageoire noire fend l'eau avec une élégance affirmée. Très vite, elle est rejointe par une autre.

Dans des petits zodiacs, les passagers du M/S Malmö approchent les orques de près. ©David De Vleeschauwer

Et une troisième, et une quatrième. En moins d'une minute, notre bateau se retrouve au milieu d'une mer d'ailerons qui filent vers un cap connu d'eux seuls: ce sont des orques en train de chasser le hareng sauvage, leur nourriture préférée. Je les observe du bateau, dans un état d'émerveillement total. Jusqu'à ce que notre capitaine, Johannes Malmlund, interrompe cette zénitude. " Chers amis, allons enfiler nos combinaisons étanches et accompagner ce groupe d'orques. Let's go!"

Un fjord sur fond d'Alpes de Lyngen enneigées. C'est sur cette côte que les orques viennent chasser le hareng tous les ans. ©David De Vleeschauwer

Dans la ville portuaire norvégienne de Tromsø, l'observation des orques et des baleines est une activité touristique florissante. Chaque jour, plusieurs navires quittent ce port situé à 70° Nord, soit la latitude de l'Alaska et de la Sibérie, chargés de passagers avides d'observer ces grands mammifères marins.

Le réchauffement climatique pousse les orques à se déplacer de plus en plus vers le Nord, dans des eaux plus froides. Cette année, elles viennent dans les eaux des fjords de Kvænangen et de Reisafjord, à 65 milles nautiques de Tromsø. Il devient de plus en plus difficile de rejoindre la trajectoire de ces animaux en une seule journée car, ici, en hiver, le soleil ne brille que pendant quatre heures.

©David De Vleeschauwer

À bord du M/S Malmö, un navire qui, il y a quatre ans encore, faisait partie de la flotte de l'administration maritime suédoise en tant que bateau-pilote brise-glace, nous faisons partie des quelques privilégiés qui pourront passer une semaine en compagnie de ces étonnants mammifères.

Le bateau, construit en 1943 et récemment rénové, accueille, en plus du capitaine, de l'équipage et d'un chef, 15 passagers (le plus jeune a 28 ans et le plus âgé 66) qui vont vivre une des expériences les plus fabuleuses qui soit: nager avec les orques.

Le premier jour, quand le soleil finit par émerger de l'horizon, nous naviguons en compagnie d'un petit groupe d'orques. Chaque année, de début décembre à février, des milliers d'entre elles se rassemblent à Andfjord, un fjord spectaculaire le long de l'île Andøya.

Elles viennent ici avec un objectif précis: faire remonter des profondeurs des bancs entiers de harengs et les pousser vers la côte où elles les assomment d'un grand coup de nageoire caudale pour ensuite les dévorer. Chaque hiver, les harengs, mets de choix s'il en est pour les orques, migrent vers cette région.

Claquement puissant

Le capitaine Johannes jette l'ancre. Deux zodiacs sont mis à l'eau. La veille au soir, nous avons eu droit à un briefing complet, avec des consignes de sécurité très strictes sur ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire. Leçon principale: ne tentez jamais de vous approcher d'une orque, laissez-la venir vers vous.

Une question est sur toutes les lèvres: est-ce dangereux? La réponse est non: les orques viennent ici pour le hareng et le saumon. Elles ne s'intéressent pas aux grands animaux que nous sommes. Elles préfèrent le hareng frais aux Américains, aux Danois ou aux Belges emmitouflés dans leurs combinaisons.

©David De Vleeschauwer

Le mot croisière n'est certainement pas le mieux adapté pour décrire notre périple. Il faudrait plutôt parler d'expédition ou de safari arctique à la rencontre d'un des animaux les plus énigmatiques de l'océan. À bord du M/S Malmö, on porte des couches de vêtements chauds et, chaque matin, des combinaisons spéciales sont distribuées. Elles sont étanches et plutôt larges, ce qui permet de les porter sur plusieurs couches de vêtements chauds. Michelin, nous voilà!

Chorégraphie aquatique

©David De Vleeschauwer

Bien équipés, sans oublier le combo masque-tuba, nous approchons les orques en restant à bonne distance. Ensuite, un à un, nous nous laissons glisser du zodiac dans l'océan. La vue à travers mon masque passe d'une surface noire avec quelques ailerons dans le lointain à une eau bleue relativement claire, où d'énormes créatures collaborent à la manière d'un orchestre. Nous sommes les témoins d'un tableau hallucinant où les orques glissent dans l'eau, concentrées sur les harengs, offrant un ballet aquatique d'une pure beauté. Une orque pèse six tonnes en moyenne.

La plupart du temps, elles se déplacent en groupes d'une trentaine d'individus. On les appelle 'killer whales' (baleines tueuses) à tort, car elles sont la plus grande espèce de dauphins. Elles sont très sociables et intelligentes, et collaborent pour la chasse. Tiu Similä est une biologiste et une des plus grandes spécialistes des orques en Norvège. Elle décrit leur chasse au hareng comme une chorégraphie où chaque membre du groupe joue un rôle précis. "Elles doivent communiquer, se coordonner et respecter des règles sociales."

Elles sont très sociables et intelligentes, et elles collaborent pour la chasse.

Le soir, lorsque nous nous retrouvons autour de la grande table en bois dans le ventre du navire, tous mes 'buddies' sont unanimes: c'est un privilège de pouvoir observer les orques de si près comme nous l'avons fait. Les joues rouges de mes compagnons en disent long. Oui, il fait froid et c'est un défi de rester entre cinq et vingt minutes dans cette eau proche de zéro degré. Certains jours sont calmes, ensoleillés et la surface prend des teintes argentées.

D'autres jours, la mer est agitée, elle moutonne, le ciel est gris et menaçant. Heureusement, la mer n'est jamais démontée, car nous sommes protégés par les fjords. Mais chaque scénario météo, du rose au gris métallisé, devient magique quand nous voyons apparaître ces nageoires au-dessus de la surface de l'eau, fonçant vers un but commun.

©David De Vleeschauwer

Je demande à Francis, un passager néerlandais, quel a été pour lui le moment le plus sensationnel de l'expédition. "La rencontre avec les orques dans le Jökelfjord. Nous venions de remonter sur le zodiac, prêts à retourner sur le bateau pour profiter d'un bon repas chaud quand, tout d'un coup, l'eau a commencé à bouillonner autour de nous: notre zodiac se trouvait juste au-dessus d'un banc de harengs et plusieurs orques s'étaient rassemblées en dessous et autour de nous. Quel moment extraordinaire que de pouvoir contempler pendant quelques minutes leur chasse minutieusement orchestrée!"

Sept jours plus tard, quand nous quittons les orques et que le M/S Malmö rentre au port, je pense à une phrase du philosophe et psychologue américain William James (1842-1910), "Nous sommes tous comme des îles sur la mer, séparés à la surface, mais réunis dans les profondeurs", qui convient parfaitement à ces créatures mystérieuses et le court moment pendant lequel nous, humains, avons pu glisser un regard sur leur fascinante existence.

Y aller

L'expédition de 7 jours, à partir de 3.185 euros en pension complète, location du matériel et de la combinaison étanche compris.

Le moyen le plus simple pour rejoindre Tromsø est de prendre un vol SAS au départ de Bruxelles, via Oslo, à partir de 240 euros, taxes comprises. 

 

 






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