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Où sont les femmes?

Chronique de Julie Foulon, Cofondatrice de MolenGeek

Chaque année, la Belgian Maintenance Association (BEMAS) organise le prix du "Manager de Maintenance de l’Année" récompensant le travail des leaders dans la Maintenance technique et la gestion d’actifs qui se sont distingués par leur travail. C’est connu. L’industrie est loin d’être un milieu particulièrement féminin avec ses cuves en inox, ses pompes pneumatiques ou ses vannes thermostatiques. Pourtant, pour la première fois, ce sont les femmes qui ont été mises à l’honneur lors de cette 20e édition qui s’est déroulée en juin dernier.

J’ai eu l’occasion d’y accompagner Samira Ben Ali, une talentueuse jeune femme belge de 32 ans, nominée comme fière représentante de sa société Lanolines Stella installée à Mouscron, dans laquelle elle travaille depuis 12 ans. C’est avec effarement que j’ai pris conscience à quel point les femmes étaient quasiment absentes de ce secteur, et surtout que la BEMAS fut obligée d’adapter ses Award aux femmes!

Interrogée sur ce phénomène, Samira Ben Ali explique que les raisons sont historiques. "Avant l’arrivée des nouvelles technologies qui permettent l’encadrement, le suivi de la production, l’automatisation des processus, les métiers dans l’industrie étaient physiques, avec des conditions de travail difficiles et parfois même avec des horaires décalés."

Pour Emmanuelle Vin, CEO de la startup AMIA Systems, qui propose un logiciel de visualisation, de quantification et d’optimisation des opérations pour les sites industriels, le problème se situe pourtant à tous les niveaux, dans tous les secteurs, que ce soit dans l’IT ou dans l’industrie. "On perd les filles trop tôt, dès le début de leur parcours scolaire. À partir du secondaire, elles désertent les filières scientifiques pour se conformer à des stéréotypes". Et les chiffres le montrent, dans les métiers où l’on trouve le moins de femmes, il y a celui de "Concepteurs de logiciels" avec seulement 10,6% de femmes représentées. Ou encore celui de "Superviseurs, industries manufacturières" avec 9,6% de femmes représentées (selon le tableau du Top 100 des métiers en Belgique du SPF Economie).

Pour Emmanuelle Vin, la sensibilisation doit commencer dès les primaires, non seulement auprès des enfants mais également auprès des parents. "Parce que dès qu’ils atteignent la cinquième secondaire, c’est trop tard". Samira Ben Ali fait le même constat. "Le système éducatif ne met pas assez en valeur les différentes opportunités qu’offre ce secteur. Les femmes ont aujourd’hui une réelle opportunité de trouver leur place dans ce secteur grâce aux objets connectés et à l’internet des objets, qui rendent plus accessible le secteur de la maintenance." Fini les casques, les salopettes bleues et les chaussures de sécurité. L’industrie c’est également des métiers de pilotage, de coordination, de prévention ou de gestion.

C’est dans ce contexte que Innoviris, dont la mission première est la promotion et le soutien de l’innovation technologique au travers du financement de projets Bruxellois, a mis en place WATS — Women Award in Technology and Science. Objectif: susciter auprès des plus jeunes des vocations scientifiques.

Je pense sincèrement qu’il est temps de prendre conscience que le monde qui nous entoure a évolué et qu’il est impératif de casser ces stéréotypes genrés qui pénalisent notre pays. Les talents sont là, il suffit d’aller les chercher et de les activer dès le plus jeune âge.

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