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Qu'est-ce qu'une guerre de civilisation?

"Nous ne pouvons pas perdre cette guerre, parce que c’est au fond une guerre de civilisation." C’est par cette phrase équivoque du Premier ministre français Manuel Valls que débute le dernier éditorial du "Figaro Histoire", en kiosque dès aujourd’hui. Valls commentait le mois passé la décapitation d’un chef d’entreprise par un islamiste radical, dans le nord de l’Isère. Certains avaient vu dans ce commentaire une référence à la fameuse "croisade" lancée par George W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Valls avait rapidement précisé: "Il s’agit pour moi d’une guerre de civilisation, au singulier, contre la barbarie, et non pas d’une guerre entre les civilisations, au pluriel." Et l’éditorialiste du "Figaro Histoire", Michel De Jaeghere, de plonger dans l’étymologie des mots "barbare" et "civilisation". Le premier, "ne connaissant d’autre loi que celle de ses passions", nous vient des Romains. Le second, "plus récent", "définit le processus qui permet de parvenir à un certain degré de politesse, de justice et de raffinement". L’auteur donne raison à Manuel Valls d’opposer l’un et l’autre. Mais, prévient-il, "ne nous a-t-on pas répété, ad nauseam, que le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie de l’Autre au lieu de l’accepter, tel qu’il est, dans sa différence?" Et De Jaeghere de constater que, depuis 50 ans, les disciplines de la civilisation (littérature, poésie, histoire, philosophie), "sont considérées chez nous comme inutiles", et vouées à périr face "aux nécessités d’une professionnalisation technicienne". "On peut, sans elles, gagner des guerres contre toutes sortes d’adversaires. On ne peut faire triompher la civilisation dont elles sont constitutives."