La PAC soutient un "féodalisme moderne", dénonce le NY Times

Ce n’est pas tous les jours qu’un grand quotidien américain mène une enquête au long cours sur les dérapages de la solidarité européenne. Le New York Times a porté la plume dans la plaie ce weekend en ciblant le plus gros fonds de l’Union, pierre angulaire de sa construction: la PAC. On savait que la gestion des fonds de la Politique agricole commune laisse à désirer dans certains États membres – le journaliste slovaque Ján Kuciak a payé de sa vie en enquêtant notamment sur la "mafia de l’agriculture", et des soupçons de conflits d’intérêts ont mené au gel de fonds à destination de la République tchèque. Mais avec une enquête menée dans neuf pays européens, le quotidien américain relie les points: "Le programme agricole européen, qui fût essentiel dans la formation de l’Union européenne, est à présent exploité par les mêmes forces antidémocratiques qui ont menacé le bloc de l’intérieur." Avant d’arriver à cette conclusion, il se penche notamment sur le cas hongrois, décrivant comment un groupe d’oligarques et de responsables politiques proches de Viktor Orban a créé "une version moderne d’un système féodal, donnant du travail et des aides aux dociles et punissant les récalcitrants". Et comment ces nouveaux seigneurs "sont financés et renforcés par l’Union européenne" via la PAC, qui débloque quelque 65 milliards de subsides par an. Le NYT s’en prend à la latitude laissée aux États membres sur l’utilisation de l’argent des contribuables européens. Et souligne que malgré les objections de la Cour des comptes, la mise à jour de la PAC vise à donner aux États plus d’autonomie encore.