Publicité
leading story

"Un impôt de 20.000 € sur un patrimoine de 2 millions, est-ce catastrophique?"

©BELGA

Paul Magnette a présenté cette semaine le projet de "relance sociale" du PS. Il revient pour "L’Echo" sur les dispositions prônées par le PS pour les PME.

Magnette réplique aussi aux critiques formulées à droite sur son idée de taxation des grands patrimoines.

En présentant votre relance sociale, vous avez insisté sur le rôle des PME. Le PS négligerait-il les grandes entreprises?

Évidemment non. Mais 97% des entreprises wallonnes sont des PME. Elles fournissent 70% de l’emploi privé. En ciblant les mesures, nous pouvons, je pense, aider à créer de l’emploi. Aujourd’hui, il y a une amorce de reprise économique mais et cela pourrait être inquiétant — elle peine à se traduire en emplois. En aidant les PME à grandir, on peut changer la donne.

En Wallonie, une PME occupe en moyenne 9 personnes contre 11 Flandre. Si nous pouvions porter la moyenne au niveau de la Flandre, le chômage retomberait sous les 5%. Le potentiel de croissance des PME est l’un des moteurs essentiels de la création d’emplois. À ceux qui en douteraient, je rappelle donc que le PS soutient les entreprises. Mais les entreprises qui prennent des engagements pour créer de l’emploi.

Si la reprise ne se traduit pas en emploi, n’est-ce pas à cause du coût salarial élevé?

Le coût salarial, c’est un tiers du problème de compétitivité de la Belgique. Nous proposons des baisses de cotisations ciblées sur les bas salaires, afin d’être le plus efficaces pour la création d’emplois. La régionalisation des aides à l’emploi est ici une chance. Dès le premier jour de la législature, il faut remettre à plat tous les dispositifs c’est devenu un maquis de mesures complexes — et les simplifier de manière drastique, en concertation avec les partenaires sociaux.

La hauteur du coût salarial, cela concerne surtout des entreprises qui sont en concurrence avec les pays émergents, avec les pays à très bas salaires. Dans la pharmacie, les biotechnologies ou l’informatique, le niveau salarial n’est pas un problème. Ici, c’est l’autre composante de la compétitivité qui joue, l’innovation, le capital humain. C’est pourquoi notre programme prévoit d’augmenter la déductibilité des investissements en recherche et en formation.

Il y a des champions cachés parmi nos milliers de PME. À nous de les aider à croître, à monter de gamme.

Et comment, concrètement, les aider?

Il ne s’agit pas de réinventer la roue. Nous avons avec les invests et les outils financiers régionaux des leviers efficaces. Ils ont été rationalisés. On peut aller plus loin avec un portail unique et interactif pour les entreprises, recensant toutes les aides.

Nous devrons renforcer la place des PME dans le Plan Marshall, raccourcir les délais de paiement de l’État, mieux lutter contre le dumping social qui fausse la concurrence dans la construction, le transport, le nettoyage voire le gardiennage (Paul Magnette vient de déposer une proposition de loi au Sénat en vue d’assimiler le non-respect de "droits sociaux élémentaires" à de la traite des êtres humains).

Nous voulons aussi accorder aux PME des facilités d’accès aux marchés publics en insistant sur la notion de l’offre "économiquement la plus favorable", qui permet de ne pas forcément attribuer un marché au moins cher en tenant compte, par exemple, du recours à la main-d’œuvre locale.

Quand un indépendant sur six vit sous le seuil de pauvreté, ne faut-il pas aller plus loin dans les mesures si l’on veut inciter les Belges à entreprendre?

Ce gouvernement a déjà amélioré le statut social des indépendants. Quand nous disons que 70% des travailleurs vont gagner plus avec notre "relance sociale", cela inclut les indépendants. Via le crédit d’impôt, ils auront aussi 120 euros net/mois de plus.

Nous sommes prêts à aller plus loin. Mais il faudra alors songer à déplafonner les cotisations. Les indépendants les plus riches paient proportionnellement moins. C’est injuste. En supprimant ce plafond, nous aurions des moyens pour, par exemple, relever les pensions parfois très basses.

Beaucoup d’indépendants comptaient sur le fruit de la cession de leur activité pour compléter cette pension. Or le gouvernement Di Rupo a relevé la taxe sur les bonis de liquidation de 10 à 25%. Êtes-vous prêts à revenir sur cette décision?

Les hausses de prélèvement ne sont jamais populaires mais c’est aussi une question d’équité fiscale. Ne payer que 10%, c’était quand même un avantage très significatif, très en dessous du taux moyen d’imposition qui est de 42%. C’est douloureux, j’en conviens. Mais c’était un rééquilibrage nécessaire.

La hausse du bonus emploi que vous proposez s’adresse aux personnes qui gagnent moins de 3.400 euros bruts par mois. Au-delà, on n’est plus dans la classe moyenne, selon vous?

Je ne dis pas qu’on est riche avec un peu plus de 3.400 euros par mois. Mais ce niveau correspond au 7e décile. Si 70% des Belges, ce n’est pas assez, alors que veut dire "classe moyenne"? Nous avons étudié la possibilité de monter jusqu’au 8e décile. Mais alors, soit le gain individuel devenait trop minime pour faire la différence, soit nous ne pouvions plus garantir la neutralité budgétaire. Or, pour nous, c’est absolument essentiel pour préserver la sécurité sociale, plus encore à l’heure du vieillissement de la population.

Cette neutralité budgétaire est obtenue par un impôt sur la fortune. Est-ce crédible, sachant que cet impôt est systématiquement rejeté par les autres partis?

Il faut persévérer. Quand nous avons déposé la proposition de taxe Tobin en 2002, on nous a ri au nez. Maintenant, elle est en train de se réaliser avec onze pays européens et devrait rapporter 200 millions à la Belgique…

Ce gouvernement a réalisé 22 milliards d’économies, dont 5,4 milliards de taxes sur le capital et 2,1 milliards provenant de la lutte contre la fraude. Si nous avions annoncé cela avant, on nous aurait pris pour des fous. Là, c’est fait! Nous proposons aujourd’hui de faire, en cinq ans, la moitié de ce qui a été accompli en trois ans par le gouvernement Di Rupo. Cela me paraît donc crédible. Mais je sais que la droite et les milieux bien pensants utiliseront ces mesures comme un totem contre le PS.

Cela dit, vous aurez noté que nous sommes raisonnables: nous prévoyons un rendement de 1,5 milliard avec les taxes sur le patrimoine et différentes opérations boursières, quand le programme du cdH cite 3,4 milliards de prélèvements sur les revenus du capital.

Néanmoins, votre proposition a été accueillie très fraîchement…

La campagne, c’est le temps des caricatures. Sincèrement, réclamer 20.000 euros à quelqu’un qui dispose d’un patrimoine de 2 millions d’euros, est-ce catastrophique? Si cela permet de financer des mesures de soutien au pouvoir d’achat, cela me semble juste et économiquement efficace.

Aux Etats-Unis, des riches comme Warren Buffett ont eux-mêmes appelé à ce que l’on taxe davantage les fortunes pour mieux rémunérer les travailleurs. Sinon, on va vers une économie de rentiers et ce n’est pas une économie soutenable. Quand les revenus du capital croissent deux à trois fois plus vite que les revenus du travail, on avance vers une société horriblement inégalitaire. C’est un vrai débat de société. Et j’espère que nous pourrons le mener sérieusement durant cette campagne.

Vous prônez une taxe sur les plus-values boursières. Impliquerait-elle une déductibilité des pertes boursières?

Par définition, oui, on défalque les moins-values. Cela vient en déduction de l’impôt dû. Si vous n’avez que des pertes, vous ne payez rien, mais on ne vous crédite rien non plus.

Cela ne coûte jamais à l’État, contrairement à ce que certains laissent entendre. Nous sommes un des rares pays en Europe où les plus-values ne sont pas taxées.

Pourquoi n’envisagez-vous pas une baisse du taux facial de l’impôt des sociétés? Cela pourrait attirer des investisseurs étrangers…

Cela coûte horriblement cher. Un point, c’est déjà 500 millions d’euros et c’est loin de faire la différence. Je pense qu’il est budgétairement beaucoup plus efficace de consacrer les moyens, limités, pour améliorer la déductibilité des investissements, de la recherche et de la formation.

[Suivez l'auteur de cet article sur Twitter en cliquant ici]

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés