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"Vision et force de conviction sont aux abonnés absents"

En d’autres temps, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele aurait pu être un Hulot belge: Guy Verhofstadt aurait (selon le "Standaard") proposé Joëlle Milquet d’en faire un ministre de l’Energie et du Climat sur le quota du cdH – "Ça ne m’a jamais été proposé officiellement et c’était de toute façon exclu alors que je faisais campagne pour prendre la vice-présidence du Giec". Exclue aussi l’idée pour lui d’entrer dans l’arène électorale: "La question doit dépasser les frontières d’un seul ou de quelques partis. C’est une question vitale et il est grand temps que tous les partis politiques aient un chapitre très sérieux de leur programme électoral consacré à l’environnement, au développement durable, qui soit à la hauteur des enjeux et qui soit cohérent avec le reste." Comme Nicolas Hulot, le climatologue déplore une politique trop vite satisfaite des petits pas. "Il y a une absence de réflexion profonde sur les changements de paradigmes fondamentaux qui sont nécessaires. Et qui passent par l’usage de mesures notamment économiques qui ne sont pas a priori populaires, comme inclure dans le prix de l’énergie les dégâts qu’elle produit sur l’environnement." Il est possible de le faire de manière socio-économiquement porteuse souligne-t-il, "mais cela demande une pédagogie, une vision à long terme, une explication aux électeurs, une force de conviction qui sont très largement aux abonnés absents." Le problème est général et il serait par naïf selon lui de penser que l’absence d’action dans ces matières découlerait d’un déficit d’information et de conscientisation. "Le meilleur exemple est Angela Merkel: elle est scientifique, elle est très bien informée et comprend très bien ces sujets. Pourtant elle vient de dire que ce n’est pas le moment d’augmenter l’ambition en matière climatique. Elle ne veut sans doute pas se mettre une difficulté supplémentaire sur le dos pour l’instant. Elle compose…" C’est pour lui une des nombreuses déclinaisons du court-termisme, "une maladie extrêmement répandue et très confortable qui dans une large mesure nous conduit dans le mur. Nous sommes collectivement incapables de projeter dans l’avenir les conséquences de décisions qui ne sont pas prises aujourd’hui", conclut-il.