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Quand la Bourse de Tokyo vole la vedette aux marchés américains

La Bourse de Tokyo a toujours compté parmi les plus fluctuantes de la planète et l’année qui s’achève n’a pas dérogé à la norme. Rappelons-nous de l’incroyable saga des warrants japonais à la fin des années 80 où les cours connaissaient d’ahurissantes fluctuations en une seule séance. Le pays du Soleil levant constitue la troisième économie du monde (à peu près équivalente à celle de la France et de l’Allemagne combinées), mais ses cycles présentent quelques différences notables avec les autres nations industrialisées. Les réactions des actionnaires et de la population en général ne correspondent pas non plus tout à fait à celles des Européens ou des Américains. 2013 aura été une année faste pour le marché tokyoïte, plus encore que pour les autres places matures. Depuis le début de cette année, l’indice Nikkei 225 a progressé de 45%, dont 9,3% pour le mois de novembre. Son parcours n’a cependant pas été celui d’un long fleuve tranquille; on se souvient par exemple de la brutale correction de 6,4% à la fin du printemps. L’indice navigue en ce moment autour de 15.300, mais il reste encore bien loin du sommet historique de 38.957 atteint en décembre 1989. En tout cas, la progression a été impressionnante depuis le plus bas de 7.054,98 touché le 9 mars 2009. À ce sujet, on peut rappeler que la longue chute de l’indice Nikkei, entamée au début des années nonante, a d’abord été déclenchée par l’éclatement d’une bulle immobilière. Cette crise a entraîné la déliquescence de plusieurs banques qui ne survécurent que par l’intervention de l’État (ce scénario ne vous évoque-t-il rien?). En 2005, l’économie japonaise semblait pouvoir retrouver la voie du rétablissement. Malheureusement, trois ans plus tard, elle subissait le contrecoup de la crise financière du monde occidental et retombait dans le marasme. La bonne tenue observée cette année est due aux mesures de relance engagées par le premier ministre Shinzo Abe pour sortir de deux décennies de stagflation (inflation + stagnation). Ces mesures, surnommées "Abenomics", se répartissent en plusieurs volets. Tout d’abord, et à l’encontre d’une tradition bien ancrée, le gouvernement a laissé courir le déficit commercial, tout en dépréciant le yen et en gardant des taux d’intérêt très bas. Tokyo a également élaboré une série de stimuli fiscaux et pris des réformes structurelles pour revigorer la croissance. La banque centrale japonaise (Bank of Japan, BoJ) s’est montrée particulièrement accommodante à l’égard de la politique monétaire gouvernementale. Il faut dire qu’en avril dernier, attachant peu d’importance au principe de séparation des pouvoirs, Shinzo Abe avait fait nommer son candidat à la tête de la banque centrale: Haruhiko Kuroda. Dès son entrée en fonction, le nouveau patron de la BoJ annonçait qu’il tolérerait un taux d’inflation de 2%, un changement de cap radical pour un pays plongé dans la déflation depuis près de vingt ans. Ce plan de soutien massif de l’économie japonaise visait évidemment un retour de la croissance. L’objectif semble en vue puisque, d’après "Global Economic Prospects" (publication semestrielle de la Banque mondiale), ce taux devrait être de 1,4% en 2014. Un yen faible a bien entendu facilité les exportations. En revanche, il a augmenté le prix des importations, en particulier le coût de l’énergie (principalement du gaz) que le Japon doit massivement acquérir à l’étranger et payable en dollars. Cette tendance s’est accentuée depuis la catastrophe de Fukushima. Pour l’instant en tout cas, les Abenomics semblent porter leurs fruits. L’inflation paraît bien maîtrisée, la croissance est au rendez-vous et la Bourse a repris des couleurs tout en apparaissant loin d’être surévaluée. D’autres paramètres concourent également à préserver l’attrait des investissements en valeurs japonaises. Notamment, la probable continuation d’une politique monétaire conciliante pendant plusieurs années encore. Autre possibilité aussi: entravées par l’affaiblissement du yen, les entreprises nippones pourraient utiliser une partie de leurs liquidités à racheter leurs propres actions. Sans parler de l’organisation des Jeux Olympiques d’été en 2020. Il ne faut cependant pas sous-estimer certains risques, dont le principal reste la faiblesse de la consommation intérieure entraînée par la stagnation, voire la régression des salaires ces derniers mois. Cette consommation représente environ la moitié du PIB japonais. Une hausse de la TVA de 3 à 8% prévue en avril prochain ne devrait pas arranger les choses. Pour un investisseur individuel, l’accès le plus aisé à la Bourse de Tokyo passe sans doute par les ETF. Bon nombre d’entre eux sont cotés au New York Stock Exchange Arca. Le plus traité est incontestablement le iShares MSCI Japan Index Fund (EWJ) dont les avoirs dépassent les 13 milliards de dollars et qui a progressé de 33% depuis le début de cette année. On peut également citer WisdomTree Japan Hedged Equity Fund (DXJ), ou encore WisdomTree Japan SmallCap Fund et bien d’autres encore.