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Une ambition africaine d’emblée à l’arrière-plan

Le dernier "état de l’Union" de Jean-Claude Juncker avant les élections européennes a valu au président de la Commission un soutien appuyé des partis pro-européens. Le Luxembourgeois a utilisé le registre du sage confiant pour appeler les Européens à dépasser les divisions en allant de l’avant, et notamment en lançant un partenariat avec l’Afrique. Mais l’ambition qu’il entendait mettre en avant est passée derrière le sujet existentiel de la survie d’une Union fidèle à ses valeurs fondatrices. Survie qu’il incarne, y compris selon ses adversaires politiques. "Même ceux qui ont tendance à vous critiquer au quotidien, nous devons vous reconnaître que vous êtes le véritable leader de la commission européenne. Chapeau!", lui a ainsi lancé le chef de file des socialistes et démocrates, Udo Bullmann (S&D). Avant de s’inquiéter sur le fait que l’Europe n’est pas à la hauteur des transformations profondes en cours et de demander "un changement politique plus radical" en matière de migrations et de changement climatique. Ce dernier sujet était aussi au cœur de l’intervention de l’écologiste Ska Keller, pour laquelle "la Commission a été beaucoup trop timide" en la matière. Mais au-delà de cette parenthèse, le sujet est apparu lors du débat comme un dossier parmi d’autres. À la droite de Juncker, le polonais Ryszard Legutko, dont le parti des Conservateurs et réformistes (ECR) est le troisième de l’hémicycle, a lancé la fronde des droites dures contre le bilan de Juncker. Pour lui, "jamais dans l’histoire de l’intégration européenne nous n’avons connu de moment où l’Europe a été aussi désunie qu’aujourd’hui" et ce genre de réforme ne fera qu’agrandir le gouffre. De quoi provoquer l’ire de Guy Verhofstadt (ADLE): "Est-ce que vous n’avez jamais entendu parler du mur de Berlin et du rideau de fer? L’Europe est unie maintenant (…). Ne dites pas des choses folles sur un continent où 20 millions de personnes ont perdu la vie en raison du populisme et du nationalisme tel que vous le défendez aujourd’hui!" Le libéral apportera ensuite son soutien à la proposition au cœur du discours de Juncker: un accord de libre-échange avec le continent africain. Mais ce sujet stratégique n’en sera pas moins passé à l’arrière-plan du débat. F.R.