Netflix règne sans partage

©Netflix

La plateforme américaine s’apprête à truster les récompenses de début d’année. Dernière pépite en date: "Les deux papes".

Quand quelque chose marche, il est de bon ton de prétendre que bientôt ça ne marchera plus. Cela fait plus d’un an qu’on nous annonce la fin de Netflix . Entendez: la fin de la croissance exponentielle. La fin de l’hégémonie un peu outrecuidante. La fin des honneurs, et des abonnés qui signent par (dizaines de) millions. On sentirait même un petit tassement, qui se répercuterait sur le cours de l’action…

Artistiquement, pourtant, pas de panique. Petit baromètre de saison: les nominations aux Golden Globes, des prix qui ne se contentent plus de donner en janvier la température des Oscars de février. Cette année, cinq films sont en lice: "1917", "Les deux papes", "The Irishman", "Joker" et "Marriage Story". Un détail vous frappe? Oui, trois sur cinq sont signés Netflix. Pas des productions où Netflix serait vaguement associé, on vous parle bien de films maison, où la plateforme est pleinement aux commandes. La razzia annoncée se confirme bien sûr au niveau des acteurs et actrices nommés pour un prix (Al Pacino, Joe Pesci, Adam Driver, Jonathan Pryce, Anthony Hopkins, Scarlett Johansson, Laura Dern). Netflix confirme aussi avec ses nominations dans le domaine des séries: meilleure série dramatique ("The Crown"), meilleure série comique ("La méthode Kominsky"), meilleure mini-série ("Unbelievable")… En tout 34 nominations pour la plateforme. Sans parler de la short-list "documentaires" des oscars qui comporte en tête de liste l’excellent "The Great Hack" — lequel nous explique comment Cambridge Analytica a confisqué le vote démocratique en infiltrant nos réseaux sociaux. Une marée qui a de quoi écœurer la concurrence.

La fin de l’hégémonie de Netflix? Sur le plan des nominations, la plateforme écœure pourtant la concurrence.

Deux papes sinon rien

L’année dernière, un autre réalisateur latino-américain offrait à Netflix la récompense suprême: Alfonso Cuaron, via le splendide "Roma" (trois oscars, dont celui du meilleur film). Aujourd’hui, voici le tour du Brésilien Fernando Meirelles ("La cité de Dieu", "The Constant Gardner") qui signe "Les deux papes".

Bande-annonce

L’intrigue est fournie par le dramaturge néo-zélandais Anthony McCarten, qui enchaîne les scénarios de qualité: "Une merveilleuse histoire du temps" (2014), "Les heures sombres" (2017), "Bohemian Rhapsody" (2018). Il adapte ici sa propre pièce, pour imaginer les nombreuses rencontres entre un pape qui en a assez (Benoît XVI sous les traits d’Anthony Hopkins), et un futur pape qui se demande ce qui lui vaut tant d’égards (François, interprété par Jonathan Pryce). Mais le film ne s’arrête pas au simple échange de vues, fussent-elles éclairées par la sagesse papale, voire par la grâce divine. Par un subtil jeu de flash-backs, Meirelles nous raconte le passé de ce premier pape sud-américain, qui dut manœuvrer avec le pouvoir totalitaire alors en place dans son pays, l’Argentine.

Sous les hommes de robe, des hommes de sang: Joseph Ratzinger et Jorge Bergoglio. Difficile de faire plus opposés que le très conservateur Allemand et que le beaucoup plus progressiste Argentin, qui confessa avoir dû renoncer à l’amour pour entrer au séminaire. Les joutes verbales attendues sur la foi et sur l’homme prennent une teinte particulière parce qu’elles sont livrées par deux acteurs spécialistes des sous-textes chargés. Hopkins apporte son regard ironique qui en dit long, et Pryce, au-delà de sa ressemblance physique, fait jouer son aura de leader charismatique – lui qui fut le machiavélique High Sparrow dans "Game of Thrones".

Et ce n'est pas fini

En 2020 ce sera le tour de l’animation de prestige, avec deux films très attendus: "Pashmina" et "Over The Moon". Alors peut-être bien que l’action Netflix est un peu moins stable qu’avant. Peut-être que la plateforme doit beaucoup dépenser pour séduire les nouveaux abonnés. Mais en attendant, avec ce genre de projet artistique ambitieux, le spectateur se frotte les mains: heureux comme un pape. Et même deux…

"Les deux papes", de Fernando Meirelles. Avec Jonathan Pryce, Anthony Hopkins, Juan Minujin, Sidney Cole…


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