Raf Mertens, le mathématicien devenu génie du web

©Dieter Telemans

Ils n’ont pas encore trente ans mais sont déjà des pointures dans leur domaine. Chaque samedi durant cinq semaines, L’Echo part à la rencontre de jeunes belges bourrés de talent. Suite de la série avec Raf Mertens, le fondateur de CrazyGames, un site internet qui cumule chaque mois plus de dix millions de visiteurs.

Lorsque Raf Mertens est devant son ordinateur, il est difficile de se persuader qu’il travaille. Il faut dire que durant sa journée-type de boulot, il passe pas mal de temps sur des mini-jeux. Raf Mertens est pourtant un travailleur des plus sérieux et visiblement assidu. Les mini-jeux en question sont juste son gagne-pain. A 28 ans, ce Louvaniste est le créateur de CrazyGames, l’un des sites internet du genre parmi les plus célèbres au monde. Les résultats qu’il affiche parlent d’eux-mêmes.

Ce modèle est souvent critiqué mais il fonctionne. On essaye de la limiter et la rendre la plus ciblée possible. Au final, c’est le même business model que Facebook.
Raf Mertens

Chaque mois, il enregistre entre 10 et 12 millions de visiteurs uniques. Avec une telle fréquentation, les autres sites internet sur terre, tous styles confondus, sont ‘peu’ nombreux à revendiquer une plus grande popularité. Dans le dernier classement mondial que Raf Mertens a sous la main, sa plateforme fait partie des 1.250 sites les plus visités à l’échelle planétaire. "Je n’ai jamais vérifié mais on doit probablement être le premier belge", glisse-t-il.

Profil
  • Âge: 28 ans.
  • Formation: master en mathématique à l’université de Cambridge après un bachelier en ingénieur à Stanford.
  • Fonction: fondateur de CrazyGames, un site internet de mini-jeux.
  • Plus beau succès: sa plateforme fait partie des 1.250 sites les plus consultés au monde.

Très bien. Mais peut encore mieux faire, visiblement. "Nous avons une activité très saisonnière. Pour le moment, avec les vacances, nous sommes dans le creux car les jeunes jouent beaucoup plus durant la période scolaire. Certains mois, nous sommes déjà entrés dans le top 1.000 des sites les plus consultés. En mai dernier, nous avons battu notre record en dépassant les 12 millions de visiteurs." Son site cartonne tellement qu’il en subit parfois quelques conséquences inattendues. "Aux Etats-Unis, nous sommes le quatrième site le plus bloqué dans les écoles du pays, devant Facebook", sourit le jeune homme.

Le plus simple possible

Sa plateforme est redoutablement efficace. Et tout aussi simple. Sur la page d’accueil, les jeux s’alignent dans une présentation qui n’est pas des plus modernes. Une simplicité assumée. "C’est l’une des principales leçons que j’ai retenue depuis que j’ai commencé. Il faut que cela soit le plus simple possible. Nous devons juste écouter ce que les utilisateurs veulent", explique-t-il. En l’occurrence, ce qu’ils aiment, c’est la variété. Sur le site, 7.000 jeux sont disponibles et les moins populaires sont régulièrement remplacés par des nouveautés. Raf Mertens peut se le permettre.

Toutes ces créations ne sortent pas de son imagination mais d’une armée de développeurs freelances que le jeune homme rétribue en fonction du succès des jeux proposés. Et pour se payer lui-même, Raf Mertens compte sur la publicité, sa seule rentrée d’argent. Elle est présente partout sur son site. "Ce modèle est souvent critiqué mais il fonctionne. On essaye de la limiter et la rendre la plus ciblée possible. Au final, c’est le même business model que Facebook", ajoute le patron. Ses principaux clients se nomment Amazon et Google. Ils lui achètent des espaces publicitaires dont les montants varient automatiquement en fonction du nombre de visiteurs. Les géants du web se chargent ensuite de revendre les espaces à d’autres annonceurs.

J’aimerais, d’ici deux ans, tripler le nombre de visiteurs (...) Le mobile ne représente pour le moment que 20% du trafic. à terme, cela pourrait grimper à 50%.

Bien que largement automatisée, la plateforme a besoin d’un suivi constant. Désormais ils sont six, principalement des développeurs, à s’assurer de son bon fonctionnement. La petite équipe est actuellement hébergée au sein de l’incubateur Start It KBC, qui n’est visiblement pas pressé de les pousser vers la sortie. "En général, on peut y rester un ou deux ans. On y est déjà depuis plus longtemps. Tant qu’on ne nous met pas dehors, on ne compte pas spécialement partir", sourit Raf.

L’incubateur aime sans doute l’évolution prise par son projet. "A l’origine, il s’agit d’une idée que j’ai lancée comme un hobby avec mon frère quand j’étais encore étudiant", explique le jeune homme. Il a ensuite rapidement continué l’aventure seul, lorsque son frangin a préféré miser sur ses études. "Je faisais alors tout moi-même : le développement de la plateforme, le marketing, la comptabilité… Le premier engagement a vraiment permis de donner un sérieux coup de boost à l’entreprise."

Désormais, l’activité se porte très bien. En 2018, la marge brute affichait 2,2 millions d’euros et le bénéfice net pointait à 1,8 million. Le tout sans jamais passer par la case levée de fonds. "J’ai préféré prendre une autre voie que je considère plus sûre et efficace. Mais je ne critique pas cette façon de commencer une entreprise. Pour certains business, cela se justifie amplement. De mon côté, j’avais surtout besoin de temps."

CV en béton

Avec désormais cinq personnes à gérer, son travail a légèrement évolué, comparé à ses débuts d’étudiant. Peu à peu, le développement et les questions techniques ont fait place à la gestion d’équipe. Il n’a pourtant pas vraiment un profil de manager. Raf est diplômé en mathématique. Forcément utile lorsqu’il s’agit d’aligner les lignes de codes mais un peu moins adapté pour les ressources humaines. "Disons qu’à la base, ce n’est pas vraiment un talent naturel. Quand on est étudiant en math, c’est tout l’inverse que l’on nous apprend", se marre le jeune homme. S’il doute parfois de ses capacités en management, son parcours a de quoi rendre fier n’importe quel parent. Il n’aime pas en parler mais son CV indique un bachelier réalisé à Stanford et un master obtenu à Cambridge. Ce parcours scolaire lui avait d’ailleurs permis de rapidement trouver un emploi dans la capitale britannique.

Le développement le plus simple est d’ajouter des langues. Pour le moment, il y en a cinq disponibles.

Il finira par le lâcher seulement quelques mois après ses débuts pour se concentrer sur CrazyGames. "Mais je n’ai pas abandonné mon poste sans réfléchir. Je connaissais le potentiel du site et il était déjà rentable quand je me suis lancé à temps plein", explique-t-il.

Malgré l’avènement de Fortnite et autres jeux en ligne, le potentiel de croissance est d’ailleurs toujours aussi important, selon lui. " Nous sommes sur deux marchés différents. Les sessions de jeu sur notre plateforme sont, en général, de cinq à dix minutes. Ce ne sont donc pas les mêmes profils de joueurs", glisse-t-il. Raf compte d’ailleurs encore en attirer beaucoup plus: "J’aimerais, d’ici deux années, tripler le nombre de visiteurs. C’est ambitieux mais cela me semble possible. Nous avons encore beaucoup à faire sur le mobile qui ne représente pour le moment que 20% du trafic. à terme, cela pourrait grimper à 50%."

La croissance passera aussi par le développement international. Désormais très bien établi dans les pays anglophones, CrazyGames peut encore faire mieux dans le reste du monde. "Pour cela, le développement le plus simple est d’ajouter des langues. Pour le moment, il y en a cinq disponibles. D’ici quelques mois, nous en aurons quinze." Trois personnes devraient également être encore engagées cette année. L’ambition est tracée à moyen terme.

Pour le reste, Raf Mertens reste assez ouvert. "Je n’avais pas spécialement l’ambition de créer une entreprise. Je voulais juste être indépendant dans mon travail. Je ne sais pas encore ce que je ferai plus tard." Il pourra toujours revendre sa pépite, des investisseurs ont déjà fait part de leur intérêt.

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