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Dix signaux pour mesurer le risque de faillite de l'entreprise

©Filip Ysenbaert

En réunissant une série de données factuelles sur une entreprise, il est possible d’estimer son risque d’échec. Les signaux les plus pertinents ne sont pas les ratios financiers, selon l’expérience du bureau Graydon.

Quelles données peut-on utiliser pour déterminer si une entreprise traverse des difficultés susceptibles de la conduire au dépôt de bilan? Avec l’aide du bureau d’informations financières Graydon, nous avons retenu dix clignotants, c’est-à-dire dix critères quantifiables ou clairement définissables qui permettent de détecter les sociétés à risque. En combinant ces données entre elles, on arrive à affiner sensiblement l’analyse.

On peut en récolter la plupart en consultant les comptes annuels déposés à la Banque nationale et les actes notariés des sociétés publiés aux Annexes du Moniteur belge. Avec cette réserve qu’un nombre important de petites entreprises ne sont pas tenues de publier leurs comptes… Voici ces clignotants, classés par ordre de pertinence croissante.

1. Une rentabilité négative deux années de suite.

Cet indice de difficulté est moins pertinent pour une start-up engagée dans des secteurs à long développement, comme une biotech par exemple.

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Il n’apparaît pas non plus comme très important puisque l’an dernier en Belgique, seul 0,89% des entreprises ayant accusé des pertes nettes sur deux exercices successifs ont fait faillite, selon les calculs faits par Graydon.

2. Un taux d’endettement supérieur à 100%.

Cela signifie que les fonds propres sont négatifs et que la société doit être recapitalisée dare-dare. 1,36% des sociétés dans ce cas ont fait faillite en 2018.

3. Des dettes envers le fisc ou l’Office national de sécurité sociale (ONSS).

L’entreprise n’assume pas entièrement ses obligations sociales et fiscales. 2,04% des firmes concernées ont déposé le bilan l’an dernier.

4. Un ratio de liquidité inférieur à 0,5.

Cela veut dire que le total des dettes à court terme n’est pas couvert par le patrimoine et les revenus que l’entreprise peut mobiliser rapidement. 2,16% des entreprises impliquées ont fait la culbute en 2018.

5. Des fonds propres inférieurs à la moitié du capital social.

C’est la fameuse "sonnette d’alarme" qui doit donner lieu à une réaction appropriée des administrateurs, selon le code des sociétés.

Prévenir ou guérir

Il existe bien sûr d’autres signaux, souvent plus difficiles à collecter et à quantifier. Quelques exemples… Si l’entreprise a installé son siège social à la même adresse que des centaines d’autres, on aura des raisons de se méfier: le nombre élevé d’hôtes indiquera plutôt des sociétés fantômes que les sages pensionnaires d’un centre d’entreprises en bonne et due forme. Si la société abuse des augmentations de capital, cela pourrait montrer qu’elle cherche à diluer artificiellement ses pertes. Si elle affiche d’une année à l’autre des résultats quasi identiques, cela pourrait signifier une manipulation, peut-être pour masquer une absence d’activité…

Reste à voir quel est l’objectif poursuivi en appliquant ces critères. Si l’on veut se prémunir d’un risque de non-paiement de la part d’un fournisseur ou d’un client, cette analyse est légitime. "Si l’on veut en revanche aider les entreprises en difficulté dans l’espoir de les sauver, utiliser ces clignotants ne fonctionnera pas, souligne Eric Van den Broele, le chef du service études de Graydon. En ce cas, il faut intervenir beaucoup plus tôt." Autrement dit, si ces données permettent de prédire des maux, elles ne permettront pas de déclencher une procédure de sauvetage. "Si le but est de prévenir l’accident, il faudra privilégier d’autres critères, tels que les possibilités d’innovation de l’entreprise, le style de son management, le rythme de renouvellement de ses produits ou services…" Mais ceci est une autre histoire.

Cela montre que l’entreprise n’est pas capable de reporter des réserves et/ou des bénéfices d’un exercice à l’autre. 3,47% des sociétés concernées ont été déclarées en faillite l’an dernier.

6. Un mauvais comportement de paiement.

C’est un critère plus difficile à établir. Graydon a mis au point son propre outil de mesure sur la base d’un échantillon de 8.200 entreprises qui lui communiquent volontairement leurs expériences de paiement. Il s’agit néanmoins d’une donnée précieuse car 8,85% des sociétés payant leurs factures avec un retard sensible ont fait faillite en 2018.

7. Une assignation par l’ONSS.

Cela implique que l’Office a cessé d’attendre le paiement et a enclenché une procédure. Même s’il donne parfois lieu à contestation, le critère s’avère assez pertinent puisque 11,24% des entreprises visées ont fermé boutique l’an dernier.

8. L’entrepreneur a déjà fait faillite à la tête d’une autre société.

Il s’agit de vérifier si le chef d’entreprise a ou a eu plusieurs mandats dans d’autres sociétés et si certaines d’entre elles ont déposé le bilan au cours des cinq dernières années. 17,54% des sociétés dirigées par un tel entrepreneur ont fait faillite l’an dernier: le critère est donc très opportun.

9. La nomination d’un administrateur provisoire.

Cela signifie que le tribunal de l’entreprise considère qu’il est minuit moins une, puisqu’il confie provisoirement les commandes à un tiers, une sorte de manager de crise nommé par la Justice. 32,15% des entreprises dans ce cas se sont cassé la pipe l’an dernier.

10. Absence de publication des comptes depuis deux ans.

Un clair manquement aux obligations de base de l’entrepreneur, qui indique souvent une intention de cacher sa situation réelle. 32,47% de ces sociétés ont fait faillite en 2018. Ajoutons qu’un simple retard dans la publication des comptes est déjà un critère négatif, de même que le report d’une assemblée générale des actionnaires.

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