100 milliards d'euros pour faire naître des champions technologiques européens

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Suite à la fuite d’un document de travail, l’idée de créer un fonds souverain pour soutenir l’innovation européenne et contrer la toute-puissance des géants américains et chinois fait son chemin.

GAFAM et BATX, deux acronymes qui font trembler l’Europe. Si les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont depuis longtemps dans le viseur de la Commission, avec l’arrivée des asiatiques BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), les instances européennes cherchent à reprendre la main et espèrent voir naître des champions européens rapidement.

Dans un document de travail publié par le Financial Times et Politico, les services de la commission proposent la création d’un fonds souverain de 100 milliards d'euros pour "soutenir l’innovation européenne". Une formulation polie pour exprimer le besoin de créer des champions de la tech européenne et contrer la domination américaine et asiatique dans le domaine. À la traîne en la matière, l’Europe serait prête à mettre la main au portefeuille pour équilibrer les échanges.

Reprendre la main

Si l’initiative a pu surprendre, elle n’a pourtant rien de novateur. Elle fait écho à une précédente idée de la Commission européenne baptisée Connecting Europe Facility (CEF)

Si la création du fonds a été nuancée par les équipes de la Commission dès la fuite de l’information, l’idée fait son chemin et pourrait voir le jour, notamment avec le soutien de la France et de l’Allemagne. L’idée derrière ce fonds est bien plus profonde qu’un simple soutien financier aux entreprises innovantes du continent. L’Europe aimerait pouvoir reprendre la main de l’agenda numérique mondial. Les géants technologiques américains et chinois disposent de tels moyens financiers qu’ils sont maîtres de la temporalité et de la gestion du marché mondial.

Si les secteurs d’activités concernés par le fonds n’ont pas été précisément nommés, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le stockage de l’énergie ont été depuis longtemps cités comme étant des secteurs prioritaires dans lesquels il fallait investir massivement au niveau européen.

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L’un des gros avantages que pourrait apporter un tel type de fonds concerne les investissements à long terme comme l’explique Siddy Jobe, gestionnaire d’un fonds technologique chez Econopolis: "Les fonds privés font très rarement des paris à long terme. Si l’Europe peut prendre ce rôle d’investir sur 15 ou 20 ans dans des sociétés à haut potentiel, ce serait une véritable plus-value pour les entreprises européennes".

Si l’initiative a pu surprendre, elle n’a pourtant rien de novateur. Elle fait écho à une précédente idée de la Commission européenne baptisée Connecting Europe Facility (CEF). Ce programme était principalement concentré sur les initiatives liées à l’innovation en matière de mobilité et a investi massivement lors de la précédente législature. Rien de neuf non plus en matière de fonds souverain, puisque, par exemple, le fonds souverain norvégien est déjà très actif dans les investissements technologiques depuis longtemps. Aux Etats-Unis, la donne est encore différente car ce sont les États qui possèdent chacun leurs propres fonds. L’investissement potentiel dépend alors de la localisation du siège de l’entreprise.

Au niveau du montant (100 milliards d’euros), il semble cohérent… avec le marché américain. En 2018, le montant total d’investissements en capital-risque aux Etats-Unis s’élevait à 138 milliards de dollars. Sur la même période, l’Europe engrangeait des investissements à hauteur de 24,4 milliards de dollars. Ces chiffres issus d’une étude réalisée par KPMG début 2019 montre le fossé qu’il reste à combler entre les deux continents.

Là où le fonds européen marquerait une vraie différence, c’est en pratiquant la sélection des entreprises et des investissements directement et sans intermédiaire financier. Les fonds souverains actuellement actifs ont tendance à investir dans les entreprises innovantes de manière indirecte, notamment via SoftBank, l’une des plus grosses structures d’investissement du secteur technologique.

Si la pertinence de l'initiative semble faire l'unanimité, les modalités de mise en oeuvre risquent de donner lieu à des négociations ardues entre les différents Etats membres.

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