3 millions de Belges sur TikTok, combien sur Coronalert?

©Kristof Vadino

3 millions d'entre nous sont prêts à offrir leurs données gratuitement à une application chinoise, mais tout le monde se méfie de Coronalert. Où est la logique?

Le chiffre a surpris cette semaine. "Comment est-ce possible ?", "C’est un truc pour ado!" "Moi, je l’ai juste pour voir les vidéos de mes filles." Confinement, effet de mode, effet boule de neige, effet tout ce que vous voulez, le résultat est là. Près de 3 millions de Belges sont sur l’application chinoise TikTok. Même votre serviteur y a succombé. Pour des raisons professionnelles évidentes dans un premier temps, absorbé par l’algorithme enivrant ensuite. Happé par l’ "infinite scroll" , ce pernicieux principe inventé par l'ingénieur américain Aza Raskin, qui permet d'avoir un contenu sans fin qui, avec un simple mouvement du pouce répété, peut vous figer pendant de très longues minutes dans une léthargie corporelle et cérébrale. Pour preuve, les Belges qui ont l’application y passent en moyenne 65 minutes par jour et l’ouvrent à 13 reprises sur 24h. C’est énorme.

Dans ces 3 millions de personnes, combien se sont posé la question de la sécurité de leurs données ? Combien ont lu la politique de confidentialité ? Où sont passés les chevaliers blancs de la protection des données ?

Il y a quelques semaines, bon nombre de citoyens et de médias, L'Echo en tête, se sont préoccupés, à juste titre, d’une future application de tracing pour lutter contre la propagation du Covid-19. Le projet a plus souvent été synonyme de conflit d’intérêts, de recours devant le Conseil d’État et d’atteinte aux libertés fondamentales que de santé publique. À l’époque, les exemples nous venant d’Asie ressemblaient plus à du 'tracking' que du 'contact tracing' et n’incitaient pas à la confiance. Il faut dire qu’une application gérée par un État qui repère les contacts entre individus, c’est peu habituel quand on n'habite pas en Chine. Certains ont cru voir un épisode de BlackMirror devenir réalité, d’autres ont brandi la carte de la santé publique devant primer sur tout. La question centrale du débat portait surtout sur l’utilisation des données personnelles et la protection de la vie privée.

Le civisme doit supplanter la méfiance

Aujourd’hui, après avoir recalé sévèrement les premiers projets, l’Autorité de protection des données a remis un avis positif sur la dernière mouture de l’application belge anticovid baptisée Coronalert, qui devrait être enfin disponible le 28 septembre.  C’est tard, très tard, mais pas encore trop tard. Malheureusement, le sentiment de méfiance envers cette application est toujours là et le message sanitaire semble de plus en plus difficile à faire passer auprès de la population. Or, pour fonctionner  correctement et efficacement, cette application et son système d’alerte ont besoin d’une masse critique de participants. Le chiffre de 60% a été régulièrement évoqué, un pourcentage inférieur serait apparemment déjà acceptable. Disons qu’avec une base de 3 millions d’utilisateurs, ce serait un bon début non ?

Partant du principe que près de 3 millions de Belges sont prêts à céder gratuitement leur localisation, une heure de leur journée et ont laissé TikTok suivre leurs activités en ligne hors de l’application à leur insu, comme cela a été révélé au début de l’été, ils devraient être les premiers utilisateurs. Pourquoi ne pas vouloir d'une application qui peut sauver des vies et qui semble enfin rencontrer les exigences légitimes en matière de protection de la vie privée ? Soyons conscient du nombre de fois où nous avons sacrifié nos données en utilisant une application qui n’avait pas pour but de sauver des vies - à moins que Facebook cache vraiment bien son jeu. Pour ma part, tout en restant attentif et en vous informant de la moindre dérive potentielle, je donnerai sa chance à cette application. Car au vu des courbes peu réjouissantes, télécharger et utiliser Coronalert va devenir un geste aussi civique et altruiste que mettre son masque.

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