chronique

Avec raisonnabilité des fonds tu lèveras

Journaliste

Kazidomi enchaîne les levées de fonds comme 2020 aligne les mauvaises nouvelles. Le cliché par excellence du monde des start-ups? Plutôt la preuve de l’intérêt d’un tel moyen de financement. Une belle occasion aussi pour rappeler que la recette n’a rien d’une étape obligatoire.

Plus de 7 millions levés en quatre ans. Si les fondateurs de Kazidomi ont bien une qualité, c’est celle de savoir vendre leur projet à des investisseurs. Un peu trop? Il ne faut pas être un expert du secteur pour arriver à la conclusion que quatre tours de table bouclés en autant d’années, c’est beaucoup. Entre toutes les démarches à remplir pour mener de telles opérations, on peut même se demander comment les patrons trouvent du temps pour mettre les mains dans le cambouis de l’activité quotidienne.

Quand on pose la question à certains investisseurs, une fois le classique "chaque entreprise est différente et à analyser au cas par cas" posé, on reconnaît qu’enchaîner les levées de fonds avec moins de 18 mois d’écart semble un rythme un peu trop effréné. Le cas de Kazidomi est d’ailleurs déjà scellé. En cas de plantage royal, à l’autopsie, on retiendra à coup sûr les millions brûlés comme cause du décès. Si la société passe dans le vert, on applaudira le risque pris.

Le moyen pour atteindre le but

En arrêtant l’analyse là, Kazidomi envoie donc cette vilaine image du monde des start-ups. Celle qui caricature le milieu en un paquet d’entrepreneurs n’ayant que les levées de fonds au bout des lèvres. Les sages du milieu sont pourtant nombreux à rappeler aux startupers qui rêvent de millions, que les tours de table ne sont pas un but, mais un moyen.

C’est justement ce que Kazidomi a parfaitement compris. L’entreprise est aujourd’hui active dans l’e-commerce. Le secteur par excellence qui pousse ceux qui s’y aventurent à allonger les billets. Préfinancer les stocks, gérer les entrepôts,  assurer le marketing coûtent un bras aussi long que ceux de Scottie Pippen. Et l’obligation d’être un acteur au moins européen pour survivre n’arrange rien. Les patrons assurent d’ailleurs n’avoir d’autres choix que d’attirer les investisseurs .

Le secteur n’est d’ailleurs pas le seul où les millions doivent couler à flots avant de pouvoir espérer récupérer sa mise à sept chiffres. On vous conseille par exemple de jeter un œil sur ce qu’a construit Daniel Ek, le cofondateur de Spotify. L’entreprise leader mondiale du streaming musical a multiplié les levées avant son entrée en bourse, mais ne parvient pas encore à enchaîner les trimestres positifs.  Personne n’oserait pourtant contester le succès du roi du streaming. Merci donc les levées de fonds.

Merci aussi de rester dans votre rôle. Vu que les belles histoires ont tendance à éclipser les gros ratés, autant rappeler l’idée de  base de ce genre de financement. Si la levée des fonds a son intérêt, elle se fait dans des cas précis, sur certains terrains de jeu bien spécifique et dans des proportions adaptées à l’objectif fixé. Elle est donc tout sauf indispensable dans beaucoup de cas. Une app bien faite ou un software qui tourne bien peuvent évidemment être rentables sans aller glaner les millions. C’est moins clinquant quand il s’agit de briller en société le samedi soir mais tout aussi remarquable.

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