chronique

Dans la tech aussi, les vieux semblent les plus exposés au virus

Journaliste

SAP, le spécialiste allemand des logiciels souffre face à la pandémie. Avec la vilaine impression que ce qui se fait de mieux dans le secteur en Europe a pas mal de cheveux blancs et un peu de mal à s’adapter.

Le début de semaine fut rude pour SAP. La présentation des trimestriels de la boîte de logiciels n’a pas vraiment été appréciée par le marché. La claque a pincé la joue de l’entreprise allemande qui a vu son cours chuter de presque 20% en un jour. De mémoire allemande, une telle déculottée n’était plus arrivée au groupe depuis au moins deux décennies. Les analyses et articles en tout genre vont tous dans la même direction. Cela ne sent pas bon pour le géant de la tech européenne, parfois présenté comme un fleuron.

Les Etats-Unis ont les Gafam, la Chine a les BATX et l’Europe a SAP, Capgemini et Bechtle. Le Vieux Continent n’a jamais aussi bien porté son nom.

Ce qui se fait de mieux dans la tech en Europe, c’est donc ça. Les Etats-Unis ont les Gafam, la Chine a les BATX et l’Europe a SAP, Capgemini et Bechtle. Le Vieux Continent n’a jamais aussi bien porté son nom. Mais ne crachons pas trop dans le bon potage de bonne-maman, la machine SAP est colossale avec un chiffre d’affaires qui dépassera cette année les 28 milliards d’euros pour un bénéfice d'exploitation ajusté autour des 8 milliards d’euros.

L’entreprise rapporte, c’est indéniable. Quand le monde tourne plus ou moins rond, ça se passe d'ailleurs sans trop de souci. Mais au moment où la nouvelle normalité devient une expression à la mode et qu’il faut rapidement changer le cap, la machine se grippe. Alors que les géants américains font bien mieux que sauver les meubles, la sanction boursière de cette semaine et celle reçue en mars ne rassurent pas vraiment sur la faculté de SAP à être un leader innovant.  SAP fait de la technologie comme dans les années 2000 et ferait presque passer le vieillissant Microsoft (mais encore performant) pour une start-up révolutionnaire.

A l’ancienne

Vu le marché sur lequel SAP opère, il ne sera pas étonnant de voir l’entreprise utiliser les codes et méthodes hyper tendances des start-ups et scale-ups. Au lieu de ça, elle fait penser à ces énormes industries assises un peu trop confortablement sur les vieux acquis. Avant de faire parler d’elle pour ses résultats, l’entreprise a fait la une pour son développement de l’app Coronalert version allemande. Difficile de faire mieux en termes de vitrine en plein confinement

85%
En 2025, 85% de l’activité de SAP pourrait provenir du cloud.

Sauf que la devanture n’est pas aussi éclatante qu’aurait pu l’espérer la société. Jugée, inefficace par des médecins et un porte-parole (et médecin) du SPD, l’appli est relativement peu utilisée. Une série d’ajustements ont tardé ou tardent encore à être installés et le tout a coûté un sacré paquet d’argent. 22 millions d’euros pour la conception et des frais d’utilisation estimés à 3 millions d’euros par mois. On résume donc: peu efficace, lent à l’adaptation et horriblement cher.

On a vu mieux. En Irlande par exemple. Nearform, boîte inconnue - hormis peut -être des admirateurs de U2 et de Guinness - s’est chargée de concevoir l’application nationale. L’app, qui a coûté moins d’un million d’euros, est aujourd’hui  dans la poche d’environ 40% des habitants de l’île qui apprécient sa simplicité. Le travail de la scale-up a d’ailleurs charmé d’autres pays ainsi que plusieurs Etats américains, dont celui de New York. Efficace, adaptée à la demande et abordable, donc.

Ambitions dans les nuages

"Le fleuron" de la tech n’est pas mort pour autant. La direction a d’ailleurs vanté la progression du cloud et expliqué que le nuage numérique sera l’une des priorités du groupe. Et c’est décidé, SAP ne va pas y aller avec le dos de la cuillère. 85% de l’activité pourrait provenir du cloud pour 2025. Soit une décennie après que la technologie ait commencé à se généraliser. Bizarrement, l’annonce n’a pas vraiment rassuré le marché.

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