chronique

Désolé, les start-ups ne sont pas la réponse à tous les maux

Journaliste

Le port d’Anvers veut attirer des start-ups sur la friche industrielle d’Opel. Cela peut faire rêver sur papier, mais cela sent quand même le plan B pas très adapté.

Cette semaine au port d’Anvers, ça sentait l’envie de renouveau. Monstre exemplaire de logistique, le plus important port belge a aussi quelques stigmates d’un passé douloureux. Le plus connu se nomme Opel. Les 88 hectares d’un épisode automobile glorieux sont en friche depuis une décennie. Présentée de la sorte, la vaste plaine fait tache. Depuis lundi à "friche industrielle",  préférez donc plutôt "NextGen District", le nouveau nom imaginé par les responsables du port. C’est joli, c’est porteur et c’est censé ramener de nouveaux projets sur au moins la moitié des terrains disponibles.

A la recherche désespérément d’entreprises intéressées par le site, le port d’Anvers change de stratégie. Il se verrait bien accueillir des entreprises spécialisées dans l’économie circulaire. Priorité sera donc mise sur les projets de recyclage et d’énergie renouvelable. Et quitte à attirer, autant ratisser large. "Nous adressons cet appel tant aux grandes entreprises qu'aux start-ups", lancent les responsables.

Plus de place qu’il n’en faut, une proximité directe avec la principale ville de Flandre et une intégration au cœur du deuxième plus gros port d’Europe, les qualités du site sont indéniables.

Un nouvel écosystème pour les start-ups à Anvers? C’est le genre d’annonce qui peut vite faire saliver tout un secteur, plutôt friand de ce type de sortie. Plus de place qu’il n’en faut, une proximité directe avec la principale ville de Flandre et une intégration au cœur d'un des plus gros ports d’Europe, les qualités du site sont indéniables. Si la friche attire assez de projets, un véritable écosystème pourrait même voir le jour. Les exemples sont assez nombreux, les réussites des jeunes pousses sont plus faciles dans un environnement prévu pour les échanges entre acteurs. Après les biotechs à Charleroi, les spécialistes software à Gand, aurons-nous droit aux rois de l’économie circulaire à Anvers? Sur papier, ça en jette. Au point même de vouloir souffler l’idée à nos amis carolos à la recherche d’occupants pour le site de Caterpillar et qui hésitent encore entre des LEGO, un projet de voitures électriques bien mal embarqué ou tout autre projet capable de ramener du monde.

Le rêve industriel

Mais en y réfléchissant peu, trouver la solution miracle du jour au lendemain après une décennie de réflexion semble trop beau.  Un rapide coup d’œil dans les archives indique que les responsables du port n’ont jamais vraiment misé sur cette option. Avec une position aussi stratégique, des hectares à perte de vue et des connexions routières, ferroviaires, maritimes et même un réseau d’hydrogène, on y verrait plus des acteurs industriels qui exploiteront au mieux l’espace. Un peu moins un paquet de petites start-ups.

L’effet écosystème qui pourrait se créer en cas d’engouement est indéniable. Les exemples de réussite comme BeCentral, le Corda campus de Hasselt ou même les structures de Start-it KBC ont prouvé l’intérêt de rassembler des acteurs au même endroit.  Mais ils rappellent aussi que ces entreprises ont rarement besoin de surface pouvant accueillir un terrain de foot pour grandir. L’offre de NextGen District est d’ailleurs assez limité: un terrain  que "le futur concessionnaire pourra concrétiser selon ses propres souhaits et besoins" et une série de services partagés. De quoi refroidir les ardeurs d’un paquet de jeunes pousses qui n’ont pas l’habitude de rouler sur l’or. Enfin, en misant sur les entreprises dont le taux de viabilité est habituellement estimé sous les 30%, le port d’Anvers risque aussi et surtout de passer à côté de son premier objectif: créer un maximum d’emplois sur le long terme.

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